A la recherche du fascisme français…

Retour sur une controverse historiographique

- Modifié le 19/04/2019 par Département Civilisation

La sortie de l’ouvrage "L'histoire refoulée : La Rocque, les Croix de feu et le fascisme français" dirigé par Zeev Sternhell, et la référence à la théorie du « grand remplacement » par l'un des responsables des attentats contre les mosquées de Christchurch, nous invite à nous repencher sur les débats autour de l’existence d’un fascisme français, de ses filiations et de son influence actuelle.

Affiche de propagande de la Révolution nationale de Vichy

En effet, la polémique est ancienne entre ceux qui se réclament de la thèse « immunitaire » et disent qu’il n’y a pas de véritable fascisme en France et ceux qui dénoncent ce « mythe de l’allergie française », évoquant l’existence d’un fascisme français et parlant même de la France comme du lieu de naissance de l’idéologie fasciste.

René Rémond, Michel Winock, Serge Berstein, Pierre Milza, Philippe Burrin, Jean Pierre Thomas… pour beaucoup rattachés à l’école de Science-Po s’opposent à des historiens notamment anglo-saxons, tels Zeev Sternhell, Robert Soucy, Robert O. Paxton, Kevin Passmore, Michel Dobry ou Didier Leschi…

Zeev Sternhell et le refoulement du fascisme en France

Après sa thèse sur Maurice Barrès, Zeev Sternhell a sorti deux ouvrages en 1978 et 1983 qui sont le résultat de ses travaux et l’expression de sa thèse sur le fascisme français : La droite révolutionnaire : 1885-1914 : les origines françaises du fascisme et Ni droite ni gauche : l’idéologie fasciste en France.

Son objectif était de montrer et d’attester de la naissance en France et de l’existence dans la durée dès la deuxième moitié du XIXe siècle d’une droite révolutionnaire, anti-Lumières, nationaliste et antisémite, qui fera entrer la France dans le concert des régimes européens pris dans la dérive fasciste du XXe siècle. Il remettait ainsi en cause une partie de l’historiographie française de la deuxième moitié du XXe siècle notamment à propos de la Deuxième guerre mondiale. Il dénonçait le refoulement de certains historiens quant à la nature du régime de Vichy, et notamment la théorie du « bon » et du « mauvais » Vichy (Pétain/Laval) et le mythe selon lequel Vichy aurait « sauvé » une partie des français. Puis, en réaction à la progressive remise en cause de cette théorie, notamment par les démonstrations du livre de Robert O. Paxton La France de Vichy, Sternhell pointait le déplacement du problème opéré par ces mêmes historiens qui affirmaient une « absence de racines [du fascisme] dans la société française ».

Zeev Sternhell a lancé ainsi une controverse qui dure encore puisqu’il vient de publier cet ouvrage collectif : L’histoire refoulée : La Rocque, les Croix de feu et le fascisme français. En effet, nous l’avons vu, il n’est pas le seul à développer cette thèse et cet autre ouvrage collectif avait déjà en son temps mis à mal ce que Michel Dobry (directeur de l’ouvrage) appelle Le mythe de l’allergie française au fascisme.

Voir dans la presse : Zeev Sternhell, l’antifasciste dans l’Express, Dans L’histoire refoulée, Zeev Sternhell rouvre les hostilités dans Le Figaro, Fascisme français : les historiens toujours en guerre dans Marianne et à la radio : Un fascisme made in France ?  sur France Culture, Les germes embusqués d’un fascisme français dans Libération

Voir aussi :

Le Fascisme français, 1924-1933 /Robert Soucy

Fascismes français ? : 1933-1939. Mouvements antidémocratiques / Robert Soucy

Naissance littéraire du fascisme / Uri Eisenzweig

René Rémond et « l’immunité française »

L’historien à l’origine des travaux dans la lignée de la thèse « immunitaire » est René Rémond, auteur de La droite en France publié en 1954 puis republié régulièrement depuis 1982 sous le titre Les droites en France. Il est le père de la thèse des trois droites issues de la Révolution française : les droites légitimiste (droite contre-révolutionnaire), orléaniste (droite libérale) et bonapartiste (droite césarienne). Dans son ouvrage, il affirme : « il n’y a pas eu de fascisme français, parce qu’il pouvait difficilement s’en établir en France. L’opinion y est, en dépit des apparences, particulièrement réfractaire aux prestiges du fascisme… » (p. 224).

Les travaux de René Rémond ont influencé ou accompagnés ceux de Robert Aron et André Siegfried, puis ceux de Michel Winock, Serge Berstein, Pierre Milza ou encore Olivier Dard. Ils feront une réponse aux ouvrages et thèses de Zeev Sternhell dans un Fascisme français ? : la controverse (sous la direction de Serge Berstein et Michel Winock, 2014) et dans cet article dans la revue Vingtième Siècle, 1984 La France des années trente allergique au fascisme, A propos d’un livre de Zeev Sternhell,

Sur l’ouvrage Fascisme français ? : un article dans Slate (2015) Histoire du fascisme français : réponse au livre de Zeev Sternhell

Voir aussi :

Fascisme français : passé et présent / Pierre Milza (paru en 1987 puis en 1990)

Le fascisme n’est pas une invention française /Pierre Milza

Un fascisme français ?, Michel Leymarie

Charles Maurras / Olivier Dard

Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France / Michel Winock

La Rocque et les Croix-de-Feu…

Soupe populaire des Croix-de-Feu

Zeev Sternhell et René Rémond sont d’accord au moins sur un fait car ils qualifient respectivement de « pierre angulaire » ou « de pièce maitresse » de la controverse, celle qui tourne autour des Croix-de-Feu, devenu le Parti social français et de son président le colonel de La Rocque. La question peut se résumer ainsi : a-t-on affaire à un groupe fasciste, dirigé par un chef, François de La Rocque, lui-même fasciste ? Ou bien La Rocque était-il un républicain et son parti un mouvement de masse, mais de droite ?

Zeev Sternhell ainsi que ses collègues contredisent la distinction admise dans l’historiographie française entre le PSF, vu comme un parti de droite et le PPF de Jacques Doriot (Parti populaire français), parti qualifié de véritablement fasciste (notamment collaborationniste sous Vichy). Dans leur dernier ouvrage, ils font une comparaison détaillée entre les deux et tentent de démontrer en quoi les Croix de-Feu et le PSF sont fascistes, au même titre que le PPF. Par ailleurs, Robert Soucy dit que les Croix-de-Feu initialement groupe d’anciens combattants, étaient comparables aux squadristes de Mussolini et aux SA (Sturmabteilung, littéralement section d’assaut) d’Hitler, comme mouvements paramilitaires de lutte contre les communistes, devenus bras armés de régimes fascistes.

Quant au colonel Larocque, Zeev Sternhell explique que son projet politique (remise en cause du suffrage universel et de l’idée parlementaire, disparition des partis, mesures contre les juifs, déchéance de nationalité…) était clair et associé à celui de la Révolution nationale (dont la devise « Travail Famille Patrie » est issue du PSF) de Vichy et du maréchal Pétain auquel il est resté fidèle. Il affirme qu’une « France dominée par La Rocque, en temps de paix, aurait, comme il le souhaitait, pris pour le moins le chemin de la longue liste des dictatures latines et chrétiennes avec son cortège d’exclus et d’exilés ».

En réponse, Serge Berstein a publié deux ouvrages. Le premier est une édition des mémoires du colonel La Rocque Pourquoi je suis républicain : carnets de captivité (2014), dont il écrit la préface, et dans laquelle il développe l’idée que La Rocque était avant tout un républicain et non un fasciste et se défendait d’être antisémite. Il argumente notamment cela en disant qu’il n’a pas eu de responsabilité dans le gouvernement de Vichy, qu’il dénonçait le nazisme et a participé à la Résistance. Le deuxième ouvrage publié avec Jean-Paul Thomas est sur Le PSF : un parti de masse à droite (2016). Comme le titre l’indique, les auteurs refusent de classer le PSF parmi les partis d’extrême droite et encore moins fasciste, ils le voient comme un parti de masse à droite ayant permis de « contenir la menace fasciste » des années 30.

Voir aussi  :

Retour sur le fascisme français La Rocque et les Croix-de-Feu /Michel Winock, article dans la revue Vingtième Siècle

Les Croix-de-Feu à l’âge des fascismes : travail, famille, patrie / Albert Kéchichian

La Rocque et le fascisme français, Réponse à Michel Winock / Robert Soucy

Programme du Parti social français

Six ans chez les Croix-de-feu  / Paul Chopine

… et la violence des années 30

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/83/Je_ne_suis_pas_d%C3%A9put%C3%A9.jpg

Insigne des ligues du 6 février 1934

Zeev Sternhell dénonce aussi la relativisation par certains historiens de la violence politique liée aux ligues d’extrême-droite dans les années 30. En effet la violence étant une des caractéristiques de l’idéologie fasciste, Zeev Sternhell explique cette minimisation de la confrontation politique physique de ces années comme une façon de nier l’aspect fasciste de ces mouvements.

Monarchistes comme l’Action française ou les Camelots du roi, paramilitaires comme La légion et les Jeunesses patriotes, se réclamant du fascisme italien comme le Faisceau ou Solidarité française et collaborationniste comme le parti Franciste, ces ligues sont connues essentiellement par les violentes manifestations du 6 février 34 et furent pour certaines dissoutes en janvier 1936. Elles étaient nombreuses et de natures diverses, mais témoignaient d’un climat antiparlementaire très fort, d’une remise en cause de la IIIe République et des Cartels des gauches et d’une très grande tension entre mouvements de droite et de gauche.

Pour aller plus loin :

Le 6 février 1934 / choix de textes réunis et présentés par Serge Berstein

La conversion politique, Doriot, le PPF et la question du fascisme français, Laurent Kestel

L’Action française  / Ernst Nolte

La Dérive fasciste : Doriot, Déat, Bergery : 1933-1945 / Philippe Burrin

Le temps des chemises vertes : révoltes paysannes et fascisme rural, 1929-1939 / Robert O. Paxton

La Cagoule : histoire d’une société secrète du Front populaire à la Ve République / Philippe Bourdrel

Les cagoulards dans la guerre / Philippe Bourdrel

Sortir de la controverse ?

Cette controverse est largement médiatisée, instrumentalisée politiquement, « caricaturale » dans le figement des positions de chacun, et s’apparente parfois à du règlement de compte interpersonnel (voir la dernière réponse de Sternhell à Winock à la fin de son ouvrage). Si aujourd’hui peu d’historiens remettent en doute les apports des ouvrages de Zeev Sternhell et de ses confrères, il n’en reste pas moins de nombreuses divergences qui révèlent la grande complexité de la question et montre la fragilité des mots et des classements que l’on utilise, chacun semblant mettre le sens qu’il veut aux termes tels que nationaliste, fasciste, raciste, populiste ou républicain. La question est donc celle de la définition et de l’origine : le fascisme ne se définit-il que dans les traits d’un fascisme historique, émanant de régimes officiellement reconnus comme tels (Italie, Allemagne, Espagne…) ? Cela signifie-t-il que les idées, mouvements et personnes qui en ont influencé la venue ne l’était pas ?

Cet article très intéressant de Marc Angenot L’immunité de la France envers le fascisme : un demi-siècle de polémiques historiennes (2011) reprend l’historique et les enjeux de ce débat, et sa conclusion est intéressante : « Le régime de Mussolini et celui d’Hitler ne sont pas dans Maurice Barrès, chantre de la Terre et des morts ; si on peut s’amuser (?) un instant à un raisonnement par fiction, il n’y a aucun doute que le nazisme aurait fait horreur à cet « esprit délicat » — ici n’est pas la question et ceci devrait être évident. Sans doute ce constat n’interdit-il aucunement à l’historien des idées de remonter de proche en proche à des origines et de suivre des enchaînements d’influences et apercevoir des proximités — c’est ce qu’on attend de lui — s’il ne s’agit ni de porter un jugement moral rétroactif ni surtout d’insinuer en un platonisme sommaire que l’aboutissement « final » était déjà dans l’œuf, dans l’Idée, le nazisme chez Fichte et le Goulag chez Marx. »

Notons que cette question avait déjà été posée par Raoul Giraudet dans son article Notes sur l’esprit d’un fascisme français, 1934-1939, daté de 1955 et dont voici aussi la conclusion  : « Ainsi l’histoire du fascisme français finit-elle par être bien plus que l’histoire d’une poignée d’hommes. Ses rêves avortés, ses mythes sommaires, ses passions brûlantes, ont fini par jouer un rôle qui n’est pas négligeable dans l’histoire morale de notre temps. L’héritage du fascisme français risque de se trouver inclus dans tous les grands romantismes politiques de la France contemporaine. »

Voir aussi :

l’article Wikipédia Fascisme en France

Fascisme français ? dans Sciences humaines

La France, berceau du fascisme ? Des historiens répondent à Zeev Sternhell dans les Inrocks

Sur un fascisme imaginaire : à propos d’un livre de Zeev Sternhell, Jacques Juillard

De l’Action française au Rassemblement national : quelle histoire de l’extrême droite ?

Ce refoulement dont parle Zeev Sternhell fait d’autant plus débat qu’il pourrait s’apparenter à un refus de voir la présence d’une idéologie fasciste en France actuellement, et la généalogie entre les « fascistes d’hier » et ceux « d’aujourd’hui ». Comme pour le fascisme du XXe siècle, il semble difficile aujourd’hui de qualifier les multiples mouvements et partis qui se situent dans sa filiation : doit-on parler d’extrême droite, de populisme, de néo-fascisme… Les différentes études sur l’extrême droite s’accordent pour dire qu’il n’y a pas une extrême droite mais de multiples, mais retiennent « quelques dénominateurs communs : l’anticommunisme, l’ordre, la mise en place d’un état fort, la méfiance à l’égard de la démocratie parlementaire, la haine du cosmopolitisme et le rejet de la politique d’immigration soit par racisme, soit pour des raisons religieuses, culturelles et identitaires, l’alliance avec le « peuple » contre « les féodalités » ». (source : Les extrêmes droites en France de 1945 à nos jours/Jean Paul Gautier) ». Jean-Christian Petitfils dans son ouvrage consacré à l’Extrême droite en France distinguait trois courants : le traditionalisme, le nationalisme et le fascisme, en précisant que ces catégories n’étaient pas exclusives l’une de l’autre.

Voir aussi :

L’extrême droite en France de Maurras à Le Pen, A. Chebel d’Appollonia

Qu’est-ce que le populisme ?, Jan-Werner Müller

On évoque souvent un retour des années 30, tant des crises, des peurs, des idéologies, des événements semblent se faire écho. Mais plus qu’aux années 30 ne serait-on pas revenu plus en amont, à cette fin du XIXe siècle où selon Zeev Sternhell s’est forgé cette idéologie fasciste ? En effet, c’est l’écrivain antisémite Édouard Marchand qui est le premier auteur à populariser la notion de « Français de souche » dans un livre au titre évocateur La France aux Français ! paru en 1892. Le slogan « La France aux français » sera réutilisé par la ligue des patriotes (1906) (source : Vous avez dit « Français de souche » oui, mais de quelle(s) souche(s) ?) puis par le Front National. Ainsi, comme le dit Grégoire Kauffmann dans son ouvrage sur Le nouveau FN : les vieux habits du populisme : « Par rapport au père, la fille a renoué avec un nationalisme à prétention socialisante, un « ni droite ni gauche » qui remonte au XIXe siècle » (p. 9).

De la même façon, la théorie du Grand remplacement revendiquée récemment par l’un des auteurs des attentats contre des mosquées en Nouvelle Zélande, et largement diffusée sur les réseaux sociaux et sur le Net par les groupes identitaires, est la reprise par Renaud Camus de thèses développées par Edouard Drumont et Maurice Barrès au XIXe siècle. Et si Marine le Pen « refuse officiellement de souscrire à la théorie du Grand remplacement, les fantasmes qui en sont issus inspirent profondément ses propos« , et son champ lexical en est très proche (submersion, substitution). Elle affirmait en 2015 que « le multiculturalisme a tenté de remplacer ce que nous sommes« . Voir cet article du Monde : La théorie du « grand remplacement », de l’écrivain Renaud Camus aux attentats en Nouvelle-Zélande

La boucle serait-elle bouclée ? L’histoire se répéterait-elle ? Ce serait trop simple et ce serait oublier l’évolution profonde de notre société…

Voir aussi :

Les plastiqueurs : une histoire secrète de l’extrême droite violente / Frédéric Charpier, 2018

La tentation du pire : l’extrême droite en France : de 1880 à nos jours / Pierre-Louis Basse, Caroline Kalmy

Histoire de l’extrême-droite en France / sous la direction de Michel Winock

Tricolores : une histoire visuelle de la droite et de l’extrême droite / Zvonimir Novak

La guerre des droites : de l’affaire Dreyfus à nos jours / Mathias Bernard

Nouvelle terminologie pour une nouvelle droite extrême  ?

Enzo Traverso dans son ouvrage Les nouveaux visages du fascisme est très sceptique quant à l’usage des mots « fascime » « mobilisé à tort et à travers » qu’il préfère réservé au fascisme « historique », et « populisme » qu’il juge réducteur et prêtant à confusion. Selon lui, le populisme est davantage un « style » qu’un concept. Aussi il propose l’utilisation d’un nouveau terme pour désigner les nouvelles droites extrêmes qui se développent aujourd’hui en Europe : le postfascisme. Il le distingue du néofascisme qui lui, a comme objectif de prolonger ou de régénérer le vieux fascisme. « Le postfascisme, c’est différent, sa matrice reste, dans la plupart des cas, le fascisme classique, mais il s’en est émancipé. Or la plupart de ces mouvements ne se revendiquent plus de cette filiation, en se distinguant clairement des néofascismes. Et par ailleurs, ils ne présentent plus de continuité visible, sur le plan idéologique, par rapport au fascisme classique. Si nous essayons de les définir, nous ne pouvons pas faire l’impasse sur cette expérience matricielle fasciste, sans laquelle ils n’existeraient pas, mais nous devons aussi prendre en compte leur évolution, car ils se sont transformés et s’acheminent aujourd’hui dans une direction dont on ne connaît pas l’issue ». Traverso dégage les traits communs de ces nouvelles droites radicales : xénophobie et islamophobie, nationalisme contre globalisation, protectionnisme et repli national, autoritarisme et sécurité. On le voit la rhétorique militariste et impérialiste des fascismes historiques a disparu.

Voir aussi : Les nouvelles droites extrêmes / numéro de la revue Lignes

Ainsi, le contexte actuel est très différent de la France du XIXe ou des années 30 et les partis d’extrême-droite ont compris qu’ils devaient  prendre en compte ces mutations s’ils ne voulaient pas se marginaliser. Ils profitent du flou idéologique général à l’œuvre dans tous les partis, pour « camoufler » leur contradiction « entre l’héritage du fascisme ancien et la greffe d’éléments nouveaux. »

Enzo Traverso dit qu’« aujourd’hui très nombreux sont les chercheurs qui reconnaissent le caractère illusoire de la vision d’une France « immune » de toute contamination fasciste dans l’Europe des années 1930 et 1940. » Mais, « devant de nouveaux scénarios inconnus, nous ne disposons que d’un vocabulaire ancien, légué du siècle achevé. Ses mots sont usés, mais nous n’en avons pas encore forgés de nouveaux. Nous faisons avec. Tout le débat autour du fascisme s’inscrit dans cette situation transitoire. » (p.149)

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