Mai-Juin 68 à Lyon

- Modifié le 03/05/2018 par Bibliothèque municipale de Lyon

Depuis quelques années, les recherches historiques ont montré la diversité du mouvement socio-politique qui a bouleversé la société française en Mai 68. L'exemple lyonnais permet de déconstruire l'idée reçue d'un mouvement culturel hédoniste d'où serait absente la violence. En effet, c'est dans cette ville de tradition modérée qu'est tombé le premier mort de Mai 68 : dans la nuit du 24 mai, le commissaire Lacroix a été écrasé par un camion chargé de pierres venu des rangs des manifestants. Cette date représente un tournant dans l'histoire de 1968, le début d'un retournement de l'opinion publique en faveur de l'ordre.

 

Les étudiants lyonnais s’étaient précocement manifestés dès le 6 mai, avec un cortège des étudiants de l’INSA depuis le campus de la Doua vers la Faculté de lettres sur les quais du Rhône : manifestation de soutien aux étudiants parisiens, mais également revendications spécifiques comme le montre l’une des affiches réalisée à l’école des Beaux-Arts, « Nous ne voulons pas être des ingénieurs-flics ». Cette affiche témoigne également du rapprochement entre étudiants et travailleurs : dès 1967, au cours de grèves à la Rhodiaceta, des étudiants avaient rejoint les ouvriers en grève et avaient même participé avec eux à un défilé jusqu’au centre-ville. Le 13 mai 1968, lors de la grève générale, plusieurs centaines d’étudiants font le chemin inverse et se retrouvent devant les portes de la Rhodia à Vaise.

C’est également près de Lyon, le 16 mai, dans la gare de Givors-Badan, qu’un mouvement en faveur de deux jeunes intérimaires licenciés inaugure la grève qui se généralise à la SNCF, puis dans les entreprises. Elle est incarnée par le mot liberté, anagramme de Berliet qui surplombe l’entrée de l’usine de Vénissieux jusqu’à la fin du mois de juin. Il convient aussi de déconstruire l’appellation habituelle « Mai 68 » et tenir compte des événements marquants qui se déroulent en juin, pour les grévistes comme pour les étudiants.

Ce dossier est réalisé dans le cadre de la journée d’étude « L’intelligence d’une ville : Mai-Juin 68 à Lyon » organisée par la Bibliothèque municipale de Lyon le 26 avril 2008 (9h à 19h).

Elle s’accompagne d’une exposition présentée à la Bibliothèque municipale de la Part-Dieu (Espace patrimoine) du 8 avril au 28 juin 2008.


Les étudiants et les lycéens

Contrairement à Paris et à d’autres villes universitaires, les Facultés lyonnaises sont toujours restées ouvertes au cours du mois de mai : débats, discussions dans les cours et dans les amphithéâtres démarrent très précocement – dès le 6 mai sur le campus de la Doua, à l’école d’ingénieurs de l’INSA – et s’étendent à la Faculté de Lettres à partir du lendemain. Seuls les étudiants en Droit et en Sciences économiques dénoncent « une grève politique » et refusent de participer aux manifestations. Le 7 mai, un cortège de 1 500 étudiants part de La Doua, rejoint les étudiants de Lettres et se dirige par la place Bellecour et la rue de la République vers la place des Terreaux, tout en lançant au passage des slogans hostiles au Progrès. À l’issue de cette journée, les enseignants de Sciences du SNE-Sup se solidarisent avec les étudiants. D’autres manifestations ont lieu le 9 mai et le 11 mai.

Les lycéens suivent le mouvement étudiant, et c’est le 13 mai que se produit l’action la plus spectaculaire : l’envahissement du lycée du Parc, où se déroulaient les épreuves du concours d’entrée à Polytechnique. Les lycéens rédigent des cahiers de doléances et revendiquent un desserrement de l’autorité des proviseurs. Lycéens et étudiants participent au cortège du 13 mai et rejoignent les ouvriers, prolongeant même la manifestation jusqu’à la Rhodiaceta. Jusqu’au 24 mai, les discussions enfiévrées se déroulent dans les Facultés occupées qui se couvrent de graffiti.

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Rue de Marseille, ca. mars 68
BML, Vermard, 320-002
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Rue de Marseille, ca. mars 68
BML, Vermard, 320-009
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Place J. Macé (?), ca. mai 68
BML, Vermard, 320-010
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Quai Jean-Moulin, ca. mai 68
BML, Vermard, 320-007

« Mon lycée à l’heure de la Révolution »
Extrait d’un article paru dans le Journal du Rhône du 7 juin 1968.

Dans une petite ville industrielle de la région lyonnaise – un lycée de moyenne importance – une section SNES et une section SGEN très médiocrement actives, mais un climat détendu entre professeurs, élèves et administrateurs [1]. Le 13 Mai : grève générale. Un piquet de grève à l’entrée n’a pas à intervenir.

Le 14 Mai, les 3/4 des professeurs décident de prolonger la grève nationale d’une demi-journée pour tenir avec les grands élèves des « Etats Généraux » sur tous les problèmes qui se posent au lycée. Pendant les cours des jours suivants se prolonge la discussion.

Le 20 Mai, le lycée décide de se mettre en grève, devançant les décisions nationales de 36 heures. Un seul non-gréviste sur une centaine de membres du personnel. Elèves de terminales et première et une bonne partie des professeurs décident de venir au lycée chaque jour pour travailler en Commissions : réforme du bac, réforme de la pédagogie et des programmes, réforme de la gestion des lycées.

Les Commissions mixtes nomment un rapporteur-élève. Les animateurs de cette « révolution culturelle » invitent les parents, les professeurs et l’administration à une réunion commune. 300 participants, dont les deux tiers d’adultes, discutent les rapports des commissions. La plupart de leurs conclusions sont ratifiées.

Chaque matin, le personnel d’administration, d’enseignement et de surveillance, tient une réunion syndicale au lycée, animée par un bureau SNES-SGEN. Ce bureau participe au comité de grève de la ville aux côtés des autres travailleurs. C’est l’occasion, rare en général, d’avoir des échos de ce qui se passe dans les usines. Des affiches sont éditées et collées pour expliquer aux parents que les enseignants ne sont pas en grève d’abord pour des questions de gros sous, mais surtout pour que l’enseignement ait les moyens de fonctionner décemment et dans des cadres rénovés.

Actuellement fonctionne une commission « cogestion » regroupant administration, professeurs, élèves. Elle étudie les propositions des élèves et essaye d’en prévoir l’application partielle dès la rentrée 68.

Les enseignants ont par ailleurs lancé un comité de réflexion et d’information politique. Trois réunions se sont déjà tenues regroupant une quarantaine de membres du personnel ; ils ont dialogué sur la situation politique actuelle et ont finalement abordé certains problèmes de fond comme celui des rapports-syndicats-partis.

Tout-cela était presqu’impensable il y a trois semaines. Quelque chose a vraiment changé. Hélas ! le gouvernement, lui, n’a pas changé !

J.B.

[1] – SNES : syndicat national des enseignements de second degré ; SGEN : syndicats généraux de l’Éducation nationale.


L’information : la presse, l’ORTF, la radio

L’information joue un rôle fondamental au cours des mois de mai-juin 1968, car elle influe sur les réactions de l’opinion publique. À Lyon, la presse écrite concentre l’action des jeunes contestataires et des grévistes. Dès les premières manifestations étudiantes (le 9 mai en particulier), l’information diffusée par la presse régionale ( Le Progrès ) est mise en cause aux cris de « Journalistes menteurs ! » : photographies du jour arrachées, estafettes du journal renversées, les premières violences s’exercent contre la presse.

La grève des ouvriers du Livre conduit à l’interruption de la presse régionale du 21 mai au 7 juin, ce qui accentue l’atmosphère pesante qui règne après la mort du commissaire Lacroix (24 mai). La CFDT (avec les étudiants de l’UNEF et le PSU) diffuse alors un quotidien tiré à 20.000 exemplaires – Le Journal du Rhône – devenu hebdomadaire du 8 au 27 juin ; il donne des nouvelles des quartiers lyonnais et, en particulier, des débats qui se déroulent dans les Maisons des Jeunes et de la Culture de l’agglomération. La CGT refuse d’y participer, ce qui divise la gauche. Une information parallèle circule par ailleurs avec les nombreux tracts et feuilles politiques des différents mouvements et partis.

La télévision, assurée à partir du 25 mai par des journalistes non grévistes, rend compte des événements lyonnais et en particulier retransmet des images des obsèques du commissaire Lacroix. Des meetings de soutien aux grévistes de l’ORTF se tiennent en juin dans différents quartiers.

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Journal du Rhône, 24 mai 68
BML, 952427
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Journal du Rhône, 7juin 68
BML, 952427
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Horizon lyonnais, n°10, 31 mai 68
BML, Chomarat,P 2444
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Horizon lyonnais, n°11, 1 juin 68
BML, Chomarat,P 2444

« Non à la presse des trusts ! »
Extrait d’un article paru dans Le Journal du Rhône du 14 juin 1968.

Grâce à la crise récente, une partie de l’opinion publique a ouvert les yeux sur le scandale de l’Information en France. La grève de l’O.R.T.F qui est un secteur dur du mouvement, oblige à prendre position. Mais un silence inquiétant persiste à propos de la presse écrite. Il y a pourtant 11 millions d’exemplaires vendus chaque jour par la presse quotidienne et son contenu est aussi scandaleux que celui des émissions de l’O.R.T.F.

L’emprise capitaliste !

Le journal vend de l’information comme Berliet vend ses camions : il faut que ce soit rentable. Le coût des investissements nécessaires pour s’adapter aux techniques modernes (offset, électronique…) est très élevé : à Chassieu le groupe Progrès – Dauphiné a investi des milliards. Il faut donc rentabiliser les investissements en augmentant la surface de vente pour augmenter les profits.

On sait d’autre part que l’une des sources essentielles de revenus pour la presse est la publicité (50 à 80% des recettes) , les 40 ou 50 centimes que l’on verse à son marchand de journaux couvrant seulement le prix du papier. La chasse à la publicité est donc la préoccupation essentielle du P.D.G. du journal. Plus le tirage du journal est fort, plus la publicité est chère, et donc « payante » pour le journal. S’il veut garder sa place, le Rédacteur en chef doit donc avoir l’oeil rivé sur son chiffre de tirage et éviter tout ce qui pourrait le faire baisser : il faut flatter les lecteurs ou, en tous cas, éviter tout ce qui pourrait déplaire à une partie d’entre eux ou à certains gros commanditaires. Ainsi les trusts de la publicité tiennent-ils en main tous les grands journaux.

Cette double nécessité fait donc du journal une grosse entreprise : seuls des groupes financiers importants peuvent l’assumer. C’est ainsi que le groupe Franpar édite France soir, Paris Presse, Elle, France Dimanche, que le groupe Prouvost produit non seulement de la laine, mais aussi le Figaro, Paris Match, et Télé 7 jours… etc. Pour les mêmes raisons, l’entreprise familiale des Bremond – Le Progrès – a du finalement traiter avec son grand rival Le Dauphiné libéré après une guerre sans merci où chacun se disputait les chiens écrasés dans tous les cantons, pour créer en commun « l’Entreprise de presse n° 1 » (1 350 000 exemplaires) avec une agence d’information commune (« A.I.G.L.E. ») et une société de publicité couvrant tout le Sud-est (second groupe de France). Cette concentration s’est accompagnée de licenciements dans le personnel. Ce dernier bien entendu, n’ avait pas été consulté sur l’opération.

La distribution n’échappe pas non plus à l’emprise capitaliste, elle dépend des NMPP, c’est à dire du trust Hachette (dont dépend aussi FRANPAR) lui même étroitement lié à la banque de Paris et des Pays-Bas.
La publicité a par ailleurs un grand avenir dans la France capitaliste : notre pays ne consacre « que » 1% de son revenu national à ce secteur – parfaitement improductif d’ailleurs pour la nation – contre 2,36% pour l’Allemagne et 2,75 pour les USA. Il y a là une source de profit encore sous exploitée ; cela explique le succès commercial d’une feuille comme Lyon hebdo . Les journaux deviennent de plus en plus de simples leviers pour faire rouler les Français dans la société de consommation justement stigmatisée actuellement.

Cette presse capitaliste subit donc les lois de toute entreprise : la concentration : en France il y avait 250 quotidiens à la fin du siècle dernier, il y en a une cinquantaine actuellement. Il y avait, en 1945, 6 quotidiens, il n’y a que 3 titres actuellement dépendant du même groupe financier, tirés sur les mêmes presses tous les 3 : ce groupe dispose dans notre région du monopole de la presse écrite.

De Dijon à Avignon, de Grenoble à Clermont-Ferrand, sur 13 départements c’est en gros la même bouillie insipide que l’on nous sert, à peine pimentée ici, d’échos des sacristies, pour plaire à la bourgeoisie d’Ainay, là quelques mots gentils pour quelques maires SFIO, histoire de ne faire de peine à personne.

 

Jean Beaupere, PSU.


Des émeutes à la mort du commissaire Lacroix

Le premier mort de Mai est lyonnais et du côté des forces de l’ordre : le commissaire René Lacroix, qui commandait les forces de l’ordre sur le pont Lafayette, est renversé par un camion chargé de pierres venu des rangs des manifestants. La soirée avait été assez violente entre construction de barricades (devant les halles des Cordeliers, devant les Galeries Lafayette et rue Vendôme) et charges des CRS. La violence des manifestations de rue n’est plus seulement parisienne. L’opinion lyonnaise bascule alors du côté de l’ordre et dépose des fleurs à l’endroit où est mort le commissaire. La tension monte dans la ville. Le Préfet invite les commerçants à baisser leurs rideaux après avoir fait effectuer des rafles dans le quartier de la Guillotière (où vivaient de nombreux Algériens) et des perquisitions dans les milieux étudiants.

Le mardi 28 mai ont lieu les funérailles du commissaire. Un cortège composé de personnalités et de nombreux Lyonnais se rend de la préfecture à l’église Saint-Bonaventure, place des Cordeliers. Ce rassemblement sur la voie publique d’une population hostile au mouvement fut le premier à Lyon : ainsi se manifestait ce que l’on a nommé plus tard « la majorité silencieuse ».

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Après les émeutes :
le camion qui heurta R. Lacroix
© Emile Rougé
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Emeutes cours Lafayette, 24 mai 68
© Emile Rougé
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Nuit du 24 au 25 mai 68
© Emile Rougé

« Appel de la C.G.T. aux travailleurs et à la population après les événements de la nuit du 24 au 25 mai ».
Tract extrait du recueil sur les Événements de Mai 1968 .

L’Union Départementale des Syndicats C.G.T. condamne formellement la provocation montée de toute pièce à Lyon par la police du Pouvoir Gaulliste en collusion avec des éléments troubles, excités et irresponsables, provocation cherchant à créer une atmosphère d’émeute dans le centre et différents quartiers de Lyon et qui a entraîné mort d’homme.

L’Union Départementale C.G.T. répète qu’elle ne confond pas la masse des étudiants avec ces éléments troubles qui veulent utiliser le juste mouvement pour une réforme profonde de l’enseignement, afin de tenter de dévoyer les luttes actuelles des forces démocratiques et ouvrières.

Renouvelant sa pleine solidarité avec les revendications étudiantes pour la réforme de l’enseignement, l’U.D.-C.G.T. rappelle ses mises en garde successives contre l’organisation de manifestations irréfléchies par certains dirigeants peu soucieux de leurs responsabilités ces manifestations décidées en dehors de la C.G.T. et de la classe ouvrière, favorisent par là-même, l’activité de ces éléments troubles qui créent un terrain propre à la provocation policière, et font le jeu du Pouvoir Gaulliste, risquant de diviser et d’affaiblir le large et puissant courant populaire en voie de développement.

La provocation de cette nuit vise tout simplement à créer une situation qui donne prétexte au Pouvoir Gaulliste au lendemain du discours du Général De Gaulle à intensifier la répression, à créer comme en 1958 une atmosphère favorable au succès d’un nouveau plébiscite, à accentuer la dictature des monopoles sur la classe ouvrière et l’ensemble du pays.

La Classe Ouvrière fait actuellement la démonstration de sa force immense, calme et tranquille qu’elle montre dans la grève, les occupations d’entreprises et encore hier dans les multiples rassemblements organisés par la C.G.T. sans aucun incident.

La Classe Ouvrière ne se laissera pas détourner de ses objectifs par les provocations et les ruses du pouvoir.

Elle poursuivra et intensifiera les luttes pour la satisfaction de ses grandes revendications immédiates.

Au moment où vont s’ouvrir les négociations entre les syndicats et le Gouvernement, les travailleurs avec la C.G.T. renforceront encore la grève et les occupations d’entreprises.

En liaison avec les autres couches sociales victimes comme elle de la politique du Gouvernement des grands monopoles : enseignants, étudiants, paysans, travailleurs, elle déjouera toutes les manœuvres de division, empêchera la dictature de s’établir, travaillera à l’avènement d’un véritable gouvernement populaire au service de la Classe Ouvrière et de la Nation.

Déclaration de l’Union Départementale des syndicats C.G.T., 25 mai 1968, 2h du matin.

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Après les émeutes :
vitrines du Grand Bazar
© Emile Rougé
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Après les émeutes :
quartier des Cordeliers
© Emile Rougé

« Après la nuit tragique du cours Lafayette, la Fédération du Rhône du Parti Communiste français s’adresse à la population », samedi 25 mai 1968.
Tract extrait du fonds Guy Fossat (BM Lyon, s.c.).

De graves événements se sont déroulés la nuit dernière à Lyon, dans le quartier du pont Lafayette. Du sang a été versé. Un mort et on dénombre des blessés par dizaines. A la suite de quoi ? Le pouvoir gaulliste a profité d’une manifestation provocatrice, désavouée à l’avance par nous, lancée par des aventuriers qui ont réussi à tromper un certain nombre d’étudiants pour intervenir avec une rare violence.

La Fédération du Rhône du Parti Communiste Français élève une vive protestation contre la répression policière. Elle désavoue et condamne aussi cette provocation, sans confondre la totalité des manifestants avec certains groupes, d’aucuns venus de Paris, qui ont utilisé le légitime mécontentement et les justes aspirations des étudiants pour en entraîner certains sur les mauvais chemins et les détourner des luttes communes avec la classe ouvrière.

Cette provocation ouverte, en effet, est le fait de quelques individus appartenant à des groupes gauchistes (trotskistes, pro-chinois, anarchistes). On ne peut passer sous silence la lourde faute de certaines organisations dont les dirigeants qui se disent responsables ont approuvé et participé à cette manifestation.

De premières questions, d’ores et déjà, sont posées qui a invité certaines bandes de voyous qui se sont livrés à des déprédations et à des pillages ? qui avait intérêt, quelques minutes seulement après le discours du général de Gaulle à ce déchaînement de violence, dont aujourd’hui le pouvoir tirera prétexte pour affirmer que, sans le gaullisme il ne peut y avoir que chaos, pour combattre 1e mouvement de la classe ouvrière, pour tenter de détourner les classes moyennes de leur solidarité grandissante avec les travailleurs ?

Ces provocations ne servent pas les intérêts des étudiants, bien au contraire. Soutenir les grandes luttes actuelles pour le renouveau, c’est d’abord ne pas tomber dans les provocations qui font le jeu du pouvoir.

La victoire sera le fruit des luttes convergentes des travailleurs, de la masse des étudiants, des enseignants, avec le souci d’entraîner la majorité de notre peuple sans qui rien ne peut être fait. Cette nécessité est d’autant plus évidente au lendemain de l’annonce par de Gaulle d’un référendum.

La classe ouvrière avec ses alliés et soutiens naturels – les paysans travailleurs, les commerçants et artisans, l’ensemble des couches moyennes – ne se laissera pas détourner de sa route pour le succès de ses revendications et pour le renouveau national, par les provocations d’où qu’elles viennent.

Les rêves dictatoriaux faits par ceux qui misent sur elles, sont réprouvés par les travailleurs unis et tout le peuple laborieux.

Ceux-ci poursuivront leur chemin. Ils renforceront leur grève dans les entreprises occupées où ils donnent un exemple de maturité d’ordre et de force. Les étudiants, les enseignants poursuivront leur lutte dans la dignité pour la réforme démocratique de l’enseignement.

Soutenez les luttes des travailleurs pour leurs légitimes revendications !

Vive la lutte commune des ouvriers, des étudiants, des enseignants contre le pouvoir des monopoles et Pour la démocratie !

Vive l’union des forces de gauche sur un programme commun !

Formez vos comités d’action pour un gouvernement populaire et d’union démocratique !
Dix ans de pouvoir personnel, ça suffit. Qu’il s’en aille !

Fédération du Rhône du Parti communiste français, samedi 25 mai, 2 heures du matin.

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Après les émeutes :
quartier des Cordeliers
© Emile Rougé
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Après les émeutes :
quartier des Cordeliers
© Emile Rougé

« Monsieur Max Moulins, Préfet de la Région Rhône-Alpes / Préfet du Rhône », déclaration du 27 mai 1968.
Tract, Archives départementales du Rhône.

Lyon a connu dans la nuit du 24 au 25 Mai des évènements d’une certaine gravité. Il apparaît clairement, d’après tous les témoignages recueillis, que la population a condamné tous les excès commis par une minorité d’égarés.

Or, il se trouve que cette nuit une perquisition effectuée par la Police a amené la découverte d’un stock d’engins meurtriers – fabriqués le jour même – tels que cocktail Molotof (sic), bombes garnies de billes d’acier, explosifs divers. D’autres dépôts de même nature peuvent exister et la police s’emploie à les déceler.

En présence de telles réalités il est de mon devoir d’appeler solennellement tous les citoyens à se désolidariser du groupe d’enragés qui estiment qu’une violence meurtrière serait de nature à régler les problèmes. Les organisations syndicales ouvrières et étudiantes se sont, de leur côté, refusé à toute manifestation et certaines ont appelé leurs adhérents à la vigilance.

Ceux qui prétendraient aujourd’hui agir dans la rue ne sauraient donc avoir pour objectif la défense de leurs revendications mais seulement une subversion criminelle.

J’ajoute que je démens formellement qu’aucun manifestant de la nuit du 24 au 25 soit mort dans aucun hôpital de Lyon ou du département ni.sur le lieu des opérations et que des poursuites seront engagées contre tous ceux qui propageraient des nouvelles de cette nature.


La manifestation gaulliste du 31 mai

Après le discours du Général de Gaulle annonçant des élections et après la grande manifestation parisienne à l’Arc de Triomphe de la veille, la manifestation lyonnaise rassemble le 31 mai, à l’appel du Comité d’Action civique du Rhône, 70 000 personnes qui défilent dans une forêt de drapeaux tricolores, de la place Bellecour en passant par la place des Terreaux jusqu’au pont Lafayette. Les slogans sont « Vive de Gaulle », « Mitterrand, c’est raté », « Waldeck à Moscou » (de Gaulle avait dénoncé le PCF comme parti totalitaire, et c’est son secrétaire général, Waldeck-Rochet, qui était conspué), « Cohn-Bendit à Pékin » ; on réclame la « Liberté du travail ». Du balcon de l’Hôtel de Ville, le maire, Louis Pradel, salue les manifestants. En tête du défilé, les députés UNR, ceints de leur écharpe tricolore, entourent le ministre et député du Rhône Louis Joxe. Au moment de la dispersion quelques centaines d’étudiants tentent de contre-manifester avec des drapeaux rouges. Des heurts se produisent et les drapeaux sont confisqués.

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« Plus jamais ça »
autocollant illustré
BML, 163440
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Non aux drapeaux rouges.
Non aux drapeaux noirs
BML, Fonds G.Fossat, s.c.
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Alerte !
tract des CDR
BML, HB 59442
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Agissez !
tract des CDR
BML, Fonds G.Fossat, s.c.

Les Facultés prises d’assaut (nuit du 3 au 4 juin)

Début juin, la tension qui régnait à Lyon atteint aussi les Facultés. L’ensemble des examens avait été reporté, sauf en Droit. Au cours de la nuit du 3 au 4 juin, des étudiants d’extrême-gauche occupent les locaux de la Faculté de Droit (jusqu’à 13h) pour empêcher les étudiants d’accéder aux salles d’examens le lendemain. Des affrontements ont alors lieu entre les étudiants désireux de passer leurs examens et les occupants. Le doyen de la Faculté de Droit doit reporter les examens en septembre.

Le soir, des étudiants en Droit, aidés de membres du groupuscule d’extrême-droite Occident et des comités d’action civique, essayent d’occuper la Faculté de Lettres. Des barricades de défense avaient été dressées à l’aide de portes, de tables et de chaises. L’affrontement tourne à la bataille rangée avec pierres et cocktails Molotov ; mais les assaillants sont repoussés. Vers 21 heures, les forces de l’ordre interviennent pour séparer les combattants.

C’est alors que se produit le maximum des dégradations qui ont été constatées dans la Faculté malgré la vigilance des professeurs et de l’ensemble du personnel venus sauvegarder les moyens de travail, en particulier la bibliothèque. Sont mis en cause des « éléments troubles », « la pègre », selon les déclarations officielles, des « trimards », des jeunes qui occupaient la Faculté depuis le début des événements.

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Barricades à la fac des Lettres
ca. juin 68
© Emile Rougé
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Attaques des Facultés,
3-4 juin 68
© Emile Rougé
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Rassemblement devant
la fac des Lettres,
ca. mai 68
© Emile Rougé
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Tribune provisoire sous la statue
de Claude-Bernard
Fac des Lettre, ca. mai 68
© Emile Rougé

« Faculté de droit : la réponse à la provocation de l’administration »
Communiqué de l’UNEF paru dans Le Journal du Rhône du 5 juin.

Le Doyen de la Faculté, malgré les évènements et les votes des Commissions de travail étudiantes, avait décidé de maintenir les examens à la date du 4 juin. Les étudiants progressistes de la Faculté ont su répondre à cette provocation : dans la nuit de lundi à mardi, ils occupaient les bâtiments de la Faculté. Le Mardi matin, les membres des Commissions expliquaient aux éventuels candidats comment ils envisageaient la poursuite de leur travail ; un tract distribué par les occupants et les piquets de grève expliquait pourquoi les examens organisés par le Doyen ne pouvaient pas avoir lieu (cf. notre Journal des 1 et 2 juin) :

- le caractère discriminatoire de la Session était en effet très net ;
- vu l’état des transports, tous les étudiants ne pouvaient participer aux épreuves ;
- c’était un moyen direct pour saboter le travail des Commissions et, par là, remettre en cause leur existence ;
- dans le contexte des luttes sociales, les examens étaient une provocation à l’ensemble du mouvement des travailleurs et des étudiants.

Pour la première fois, le drapeau rouge flottait au balcon de la Faculté au côté du drapeau tricolore. Par ailleurs, on pouvait admirer aux fenêtres du premier les robes, herminettes et autres fanfreluches qui sont la parure des professeurs de la Faculté.
Les occupants ont également jeté par les fenêtres les copies et feuilles préparées pour les examens. D’aucuns conseillaient d’ailleurs aux « polars » de rechercher les sujets sous les tas de feuilles éparpillées Place Ollier.

Toute la matinée, des provocations venant d’éléments qui ne venaient certainement pas pour passer leur examen ont obligé le service d’ordre étudiant à se barricader dans les locaux de la Faculté et la cour du rectorat. Malgré de multiples appels venant des éléments fascistes ou de provocateurs, la police n’est pas intervenue. Vers 12 h, un calme relatif revenait aux alentours de la Faculté tandis que le Doyen Nerson signait la déclaration suivante :

« J’ai pris la décision, devant la constatation de l’occupation de la Faculté, réalisée la nuit dernière par un groupe d’étudiants, de reporter les examens à la rentrée universitaire d’octobre prochain : il y aura deux sessions et les matières sur lesquelles les candidats composeront à l’écrit seront connues deux jours à l’avance.
Je maintiens l’engagement précédemment pris (délibération de l’Assemblée adoptée à l’unanimité le 13 mai 1968) de faire fonctionner les Commissions mixtes enseignants-étudiants, dès que la Faculté aura été libérée des éléments qui l’occupent. Il est précisé que la Faculté sera fermée tous les soirs à 20 h et en fin de semaine, le samedi après-midi et le dimanche.
Le projet de création d’un département économique sera présenté par moi et défendu devant une Assemblée de Faculté qui se tiendra immédiatement après l’évacuation. » (R. Nerson).

A 14 h 30, la Faculté était libérée et ouverte à toute la population ; les premiers visiteurs pouvaient apprécier les slogans insolites sur les murs de l’établissement universitaire lyonnais réputé pour être le plus jeune et le plus moderne du genre. Les étudiants ont décidé de reprendre le travail en Commissions immédiatement tandis que se tenait à 16 h l’Assemblée de Faculté.

Cette dernière a réaffirmé son accord sur les principes généraux dégagés des Commissions mixtes, notamment la création du département économique et la participation des étudiants à la gestion de la Faculté : 35 oui, 1 non, 1 bulletin blanc. Elle a souhaité que les Commissions puissent continuer les travaux dans le calme avec la large participation de tous, enseignants et étudiants : 29 oui, 4 non, 6 bulletins blancs.

Elle a regretté que l’occupation des bâtiments n’ait pas permis le déroulement normal des examens : 31 oui, 2 non, 7 blancs.

Par ailleurs, les mêmes étudiants et provocateurs qui avaient soutenu les manœuvres du Doyen depuis trois semaines, décidaient, dans le même temps, d’exiger :
- la démission du Doyen qui n’avait pas employé les forces de police ;
- la suppression des Commissions, c’est-à-dire, de toute possibilité de réforme, même très partielle
- l’envahissement de la Faculté de lettres.

Ces trois prises de positions sont significatives de l’atmosphère qui règne à la Faculté. Le Doyen qui avait refusé une session spéciale en juin pour les cas spéciaux, a supprimé tout examen ; toutefois le problème des examens des Instituts de la Faculté n’a pas été abordé. Le Doyen par contre reste très ambigu sur les Commissions alors que l’Assemblée de Faculté reconnait le rôle délibératif des étudiants au niveau de la gestion. Ce qui est certain, c’est qu’il a fallu à nouveau que les étudiants emploient la force pour obtenir la reconnaissance de droits minima. L’emploi de la violence a été décidé toute autre voie ayant vainement été utilisée. Maintenant, les étudiants de la Faculté et, en particulier, les syndicalistes estiment que la poursuite du travail engagé en Commission est une condition essentielle de réussite du mouvement. Les agitateurs fascisants qui remettent en cause les choix de la majorité des étudiants doivent être dénoncés à l’ensemble des travailleurs lyonnais, d’autant qu’ils sont l’expression de la bourgeoisie locale.


Les grèves dans les usines de la région lyonnaise

Les grévistes de la Rhodiaceta en décembre 1967 avaient avancé des revendications et des modes d’action, repris ensuite en 1968 et au-delà : les OS avaient revendiqué la baisse des cadences – « des hommes pas des robots ». Des étudiants s’étaient joints aux ouvriers. En mai 68, la grève de la SNCF démarre le 16, du poste de triage de Givors-Badan, au sud de Lyon, en riposte au licenciement de deux jeunes intérimaires. Dès le 20 mai, les usines Berliet, Rhodiaceta, Richard-Continental, Brandt, Paris-Rhône sont occupées par les ouvriers. L’anagramme de LIBERTÉ surplombant la porte E de l’usine Berliet-Vénissieux est devenu emblématique du mouvement gréviste, en oubliant qu’il s’agissait d’une réminiscence de la Libération en 1944.

Les théâtres, les banques, les grands magasins sont occupés par leurs salariés.

Des incidents graves ont lieu début juin après le discours du Général de Gaulle : une déléguée CGT de l’usine Scandale de la Croix-Rousse a le bassin fracturé par la voiture du patron qui a forcé le piquet de grève ; grévistes et non grévistes de Berliet – des cadres essentiellement – s’affrontent devant l’usine de la rue Feuillat. La situation est tendue dans la métallurgie où la grève perdure jusqu’à la mi-juin.

2A paris-Rhône2
La Compagnie industrielle de Paris et du Rhône, future Paris-Rhône, naît en 1915 et devient le
premier producteur français de démarreurs, dynamos, alternateurs et accessoires électriques.
Dans les années 1950, le groupe s’intéresse à l’électroménager en devenant le premier producteur
français d’aspirateurs, cireuses et moulins à café. A la fin de 1975, Paris-Rhône, seconde entreprise
du Rhône, compte environ 3 800 salariés dont 1 500 femmes.

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les femmes aussi…,
devant l’usine Paris-Rhône
BML, Vermard, 323-012
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Usine Paris-Rhône,
avenue Jean-Mermoz
BML, Vermard, 323-019

2A la Rhodiaceta2
Fondée en 1922 par les Usines du Rhône, la société Rhodiaceta, spécialisée dans la filature
d’acétate de cellulose et de polyamide (nylon), est répartie sur quatre lieux de production : au
Péage-de-Roussillon (Isère), à Saint-Fons (Belle-Etoile), à Lyon-Vaise et à Besançon. En 1966, elle emploie au total 14 000 personnes dont 30% de femmes.
En février et mars 1967, par solidarité avec la Rhodiaceta de Besançon, les usines de la région
lyonnaise se mettent en grève. Les manifestations se succèdent tout au long du mois de décembre.
Le 17 mai 1968, la Rhodia est occupée par les ouvriers qui ne reprendront le travail que le 11 juin.

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Cortège de la Rhodia
dans une manifestation
ca. mars-avril 67
BML, Vermard, 322-001
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La Rhodiaceta de Vaise occupée
Photographie par R. Basset
ca. mai 68
BML, P016309172 © Réné Basset

2Les usines de Villeurbanne2
Partie le 17 mai de l’entreprise Richard-Continental à Villeurbanne (1 700 ouvriers), le mouvement
de grève va progressivement s’étendre à de nombreuses entreprises de cette commune. Gendron,
Delle, Gervais-Schindler, Gallet & Cie, etc. suivent ce mouvement.

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Société RGA occupée
Villeurbanne, ca. mai 68
BML, P016309149 © R. Basset
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Société des encollages Gamma
Villeurbanne, ca. mai 68
BML, P016309173 © R. Basset
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« Tous unis dans la lutte »
Villeurbanne, ca. mai 68
BML, P016309189 © R. Basset
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« Les patrons à la mine »
Villeurbanne, ca. mai 68
BML, P016309171 © R. Basset

Les théâtres et la déclaration de Villeurbanne

Pour les théâtres lyonnais, la chronologie nationale est décalée : le 13 mai est la date, prévue depuis longtemps, de l’inauguration du Théâtre du Huitième, et le 24 mai, celle de l’adoption d’un manifeste sur l’organisation du théâtre en France. Les États généraux de la Culture réunissent au Théâtre de la Cité de Villeurbanne, du 21 mai au 11 juin, autour de Roger Planchon et de Francis Jeanson, les directeurs des Centres dramatiques et des Maisons de la culture.

Le « Manifeste de Villeurbanne », adopté le 24 mai, est un texte autocritique et de prise de conscience qui met au centre de la réflexion le concept du « non-public » – les exclus de la culture -, qui signale un déficit démocratique de l’action culturelle. La déclaration contient aussi une plate-forme revendicatrice et réformiste sur le statut des établissements culturels, qui doivent être dégagés de la double tutelle de l’État et des municipalités et qui demandent, classiquement, des moyens supplémentaires.

À Villeurbanne, Roger Planchon organise, après le 1er juin, « le retour au réalisme » en proposant une négociation collective avec le ministère qui a lieu, avec André Malraux lui-même, le 22 juin : Planchon défend vigoureusement les intérêts de la profession contre les pouvoirs locaux.

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Hubert Gignoux et Patrice Chéreau
sortant du Théatre de la Cité occupé
(actuel TNP), mai 1968
BML, P016309192 © René Basset

« La déclaration de Villeurbanne »
Extrait d’un document tapuscrit produit par la commission Art et révolution, ca. 25 mai 1968 (BM Lyon, collection Jacques Baur, Ms 7053).

Les directeurs des théâtres populaires et des maisons de la culture réunis en comité permanent à Villeurbanne le 25 mai 1968 déclarent :

Jusqu’à ces derniers temps, la culture en France n’était guère mise en cause par les non-cultivés que sous la forme d’une indifférence dont les cultivés, à leur tour, se souciaient peu. Çà et là, toutefois, certaines inquiétudes se faisaient jour, certains efforts étaient entrepris avec le désir de s’arracher à l’ornière, de rompre avec le rassurant souci d’une plus équitable répartition du patrimoine culturel. Car la simple « diffusion » des oeuvres d’art, même agrémentée d’un peu d’animation, apparaissait déjà de plus en plus incapable de provoquer une rencontre effective entre ces oeuvres et d’énormes quantités d’hommes et de femmes qui s’acharnaient à survivre au sein de notre société mais qui, à bien des égards, en demeuraient exclus : contraints d’y participer à la production des biens matériels mais privés des moyens de contribuer à l’orientation même de sa démarche générale. En fait, la coupure ne cessait de s’aggraver entre les uns et les autres, entre ces exclus et nous tous, qui, bon gré mal gré, devenions de jour en jour davantage complices de leur exclusion.

D’un seul coup la révolte des étudiants et la grève des ouvriers sont venues projeter sur cette situation familière et plus ou moins admise, un éclairage particulièrement brutal. Ce que nous étions quelques-uns à entrevoir, et sans trop vouloir nous y attarder, est devenu pour tous une évidence : le viol de l’événement a mis fin aux incertitudes de nos fragiles réflexions. Nous le savons désormais, et nul ne peut plus l’ignorer : la coupure culturelle est profonde, elle recouvre à la fois une coupure économico-sociale et une coupure entre générations. Et dans les deux cas, c’est – au plan qui nous concerne – notre attitude même à l’égard de la culture qui se trouve mise en question de la façon la plus radicale. Quelle que soit la pureté de nos intentions, cette attitude apparaît en effet à une quantité considérable de nos concitoyens comme une option faite par des privilégiés en faveur d’une culture héréditaire, particulariste, c’est-à-dire tout simplement bourgeoise.

Il y a d’un côté le public, notre public, et peu importe qu’il soit, selon les cas, actuel ou potentiel (c’est-à-dire susceptible d’être actualisé au prix de quelques efforts supplémentaires sur le prix des places ou sur le volume du budget publicitaire) ; et il y a, de l’autre, un « non ?public » : une immensité humaine composée de tous ceux qui n’ont encore aucun accès ni aucune chance d’accéder prochainement au phénomène culturel sous les formes qu’il persiste à revêtir dans la presque totalité des cas.

Parallèlement, il y a un enseignement officiel de plus en plus sclérosé, qui n’ouvre plus aucune perspective de culture, en quelque sens que ce soit ; et il y a une quantité croissante de jeunes qui refusent de s’intégrer à une société aussi peu apte à leur fournir la moindre chance de devenir, en son sein, de véritables adultes.

La fonction même qui nous a été assignée nous impose, sur ces deux plans, de nous considérer comme responsables à l’égard d’une situation que nous n’avons certes pas voulue, et que nous avons souvent dénoncée, mais dont il nous incombe en tout cas d’entreprendre au plus tôt la transformation en usant de tous les moyens compatibles avec notre mission.

Or le premier de ces moyens, celui qui commande l’usage de tous les autres, ne dépend que de nous : à cette impasse radicale dans laquelle se trouve aujourd’hui la culture, seule une attitude radicale peut en effet s’opposer avec quelque chance de succès. A la conception traditionnelle dont nous avons été jusqu’ici plus ou moins victimes, il convient de substituer sans réserve et sans nuance, tout au moins dans un premier temps, une conception entièrement différente qui ne se réfère pas a priori à tel contenu préexistant mais qui attend de la seule rencontre des hommes la définition progressive d’un contenu qu’ils puissent reconnaître. Car il est maintenant tout à fait clair qu’aucune définition de la culture ne sera valable, n’aura de sens, qu’au prix d’apparaître utile aux intéressés eux-mêmes, c’est-à-dire dans l’exacte mesure où le « non-public » y pourra trouver l’instrument dont il a besoin, et ce que nous pouvons déjà tenir pour assuré, c’est qu’elle devra par conséquent lui fournir – entre autres choses – un moyen de rompre son actuel isolement, de sortir du ghetto, en se situant de plus en plus consciemment dans le contexte social et historique, en se libérant toujours mieux des mystifications de tous ordres qui tendent à le rendre en lui-même complice des situations réelles qui lui sont infligées.

C’est pourquoi tout effort d’ordre culturel ne pourra plus que nous apparaître vain aussi longtemps qu’il ne se proposera pas expressément d’être une entreprise de politisation c’est-à-dire d’inventer sans relâche, à l’intention de ce « non-public », des occasions de se politiser, de se choisir librement, par-delà le sentiment d’impuissance et d’absurdité que ne cesse de susciter en lui un système social où les hommes ne sont pratiquement jamais en mesure d’inventer ensemble leur propre humanité.

C’est pourquoi nous refusons délibérément toute conception de la culture qui ferait de celle-ci l’objet d’une simple transmission. Non point que nous tenions pour nul, ou contestable en soi, cet héritage sans lequel nous ne serions peut-être pas en mesure d’opérer sur nous-mêmes, aujourd’hui, cette contestation radicale : mais parce que nous ne pouvons plus ignorer que, pour la très grande majorité de nos contemporains, l’accès à cet héritage passe par une entreprise de ressaisissement qui doit avant tout les mettre en mesure d’affronter et de pratiquer de façon de plus en plus efficace un monde qui, de toute façon, n’a pas la moindre chance de s’humaniser sans eux.

C’est avec eux, au-delà du public que nous avons déjà réuni, que nos diverses entreprises doivent nous permettre d’établir des rapports, et cette urgence-là doit infléchir de façon décisive l’ensemble de notre action. Si le mot de culture peut encore être pris au sérieux, c’est dans la mesure où il implique l’exigence d’une intervention effective tendant à modifier les rapports actuels entre les hommes, et, par conséquent, d’une enquête active entreprise de proche en proche en direction de tous : c’est-à-dire, enfin, une authentique action culturelle.

Nous ne sommes ni des étudiants ni des ouvriers, et nous ne disposons d’aucun pouvoir de pression qui soit d’ordre numérique : la seule justification concevable de notre existence publique et de nos exigences réside dans la spécificité même de cette fonction de mise en rapport et dans l’actuelle mise en lumière du contexte social où nous avons à l’exercer. Mais une telle fonction se condamnerait d’emblée à demeurer impraticable si les moyens lui étaient refusés de s’affirmer créatrice dans tous les domaines qui sont de son ressort. Parler de culture active, c’est parler de création permanente, c’est invoquer les ressources mêmes d’un art qui est sans cesse en train de se faire. Et le théâtre, à cet égard, apparaît aussitôt comme une forme d’expression privilégiée parmi toutes les formes d’expression possibles, en tant qu’il est une oeuvre humaine collective proposée à la collectivité des hommes.

C’est pourquoi nous tenons à affirmer, au principe même de nos diverses entreprises, la nécessité d’une étroite corrélation entre la création théâtrale et l’action culturelle. Car la première a sans doute besoin de la seconde pour pouvoir s’adresser de plus en plus réellement à cette collectivité humaine qu’elle vise ; mais la seconde a pareillement besoin de la première, dans la mesure où une certaine dramatisation ou théâtralisation, non mystifiante, des contradictions qui hantent l’homme peut considérablement favoriser la conscience qui en est prise au sein d’une société donnée.

Nous nous engageons donc à maintenir en toute circonstance ce lien dialectique entre l’action théâtrale (ou plus généralement artistique) et l’action culturelle, afin que leurs exigences respectives ne cessent pas de s’enrichir mutuellement, jusque dans les contradictions mêmes qui ne manqueront pas de surgir entre elles.

Telle est la seule base sur laquelle nous pouvons désormais envisager la poursuite de nos efforts. Mais il reste que les modalités d’application de cette orientation fondamentale devront être définies en liaison étroite avec les intéressés eux-mêmes, c’est-à-dire : d’une part avec les personnels de nos entreprises respectives et d’autre part avec les différents secteurs de la population, le « non-public » (à travers les relais de tous ordres qui, de proche en proche, nous permettent d’accéder à lui), les étudiants et le public déjà constitué.

A ce degré de lucidité où nous voici contraints, sous la pression des secteurs les plus dynamiques de la collectivité, qui ne tiendrait pour scandaleux qu’au niveau même de nos activités dites « culturelles » la culture, précisément, ne retrouve pas le pouvoir de contestation positive qui a toujours été le signe de sa vitalité ?

Ce sont les moyens de ce pouvoir qu’au nom de tous il nous faut maintenant exiger, si nous ne voulons pas être contraints de trahir, ou d’abandonner, la cause même qui nous a été officiellement confiée.

§en conséquence et pratiquement, les directeurs des théâtres populaires et des maisons de la culture :§

– contestent la conception actuelle des maisons de la culture, jugent impraticables leurs statuts et demandent qu’il soit sursis à toute construction nouvelle jusqu’à ce qu’une définition claire et cohérente de ces établissements soit élaborée
- affirment qu’une véritable politique culturelle ne peut pas être réalisée avec des crédits qui correspondent à 0,43% du budget national alors que le rapport minimum devrait être de l’ordre de 3%, aucune collectivité locale ou régionale ne devant, pour sa part, échapper à cette règle
- protestent contre la disparité injustifiable qui sévit, d’une part entre les subventions des divers établissements nationaux de Paris, et d’autre part entre lesdites subventions et celles des établissements homologues de banlieue ou de province, une telle disparité mettant en cause l’idée même de décentralisation
- jugent nécessaire l’établissement de schémas financiers minima adaptés aux différentes catégories d’activités culturelles subventionnées par l’Etat
- s’inquiètent de l’actuel éparpillement des compétences administratives et des moyens financiers dans la politique culturelle de l’Etat et des collectivités locales
- revendiquent d’être représentés à toute délibération concernant la réforme de l’enseignement, l’aménagement du territoire et le plan, réclament une refonte du Conseil économique et social et un élargissement de sa compétence au domaine culturel ;
- estiment indispensable au développement complet de leur action que l’intérêt porté aux problèmes culturels soit considérablement élargi dans les divers organes d’information : presse nationale et régionale, ORTF, postes périphériques… D’une façon générale, souhaitent établir avec l’ORTF rénové des liens plus étroits et plus constants
- préconisent une réforme radicale des divers enseignements artistiques, se réjouissent des remises en cause spontanées qui s’opèrent actuellement dans ce domaine et dénoncent l’irresponsabilité des cours artistiques privés
- soulignent l’urgence d’inclure l’étude du théâtre pour l’enfance dans toute réflexion sur la culture et de prévoir son financement dans le cadre du budget des Affaires culturelles
- provoqueront dans le meilleur délai possible une assemblée générale de l’ATAC [1], afin de reconsidérer la fonction de cette association, ses statuts, son avenir et son mode de représentation auprès des pouvoirs publics
- décident de maintenir entre eux un lien permanent et mettent dès maintenant à l’étude outre les problèmes esquissés ci-dessus, les points suivants : cogestion de leurs entreprises, développement des troupes permanentes, statuts des troupes permanentes, des centres dramatiques, des théâtres nationaux et des tournées non commerciales, conception des lieux de spectacle, fiscalité, aide aux auteurs, création d’un secteur expérimental, monopole de la Société des auteurs, etc.

[1] Association technique pour l’action culturelle.


L’école des Beaux-Arts de Lyon

Dès le 10 mai, l’école des Beaux-Arts est occupée par les étudiants de la section Architecture à laquelle se joignent dans la journée les autres sections. L’entrée des bâtiments est décorée de banderoles monumentales évoquant les revendications. Les plâtres antiques sont peints, comme ils l’étaient autrefois. Le comité de grève assure la gestion de l’école. Il met en place des commissions de réflexion sur l’art, l’architecture et la pédagogie. Est organisé un atelier reproduisant les affiches parisiennes, en inventant d’autres, notamment pour Berliet et Rhône-Poulenc. Sont invités des artistes contemporains, lesquels n’avaient jamais été reçus par l’école. Une Assemblée générale permanente siège dans l’amphithéâtre où des architectes de la France entière viennent fonder l’association pour la Démocratisation de l’architecture et de l’urbanisme. L’école des Beaux-Arts est la première occupée par les CRS. Les étudiants architectes du comité de grève suivis par le directeur de la section Architecture se retrouvent en un lieu secret pour continuer la réflexion et préparer la fondation de la nouvelle école d’architecture.

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Atelier populaire,
ex-Beaux-Arts Lyon
photo. René Basset
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Galerie des Moulages
Ecole des Beaux-Arts
photo. René Basset
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Facade de l’Ecole
en Mai-Juin 1968
photo. René Basset
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Porche de l’Ecole
en Mai-Juin 1968
photo. René Basset
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Galerie des Moulages
Ecole des Beaux-Arts
photo. René Basset
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Galerie des Moulages
Ecole des Beaux-Arts
photo. René Basset
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* A l’occasion de l’exposition Mai-Juin 68 à Lyon présentée à l’Espace Patrimoine jusqu’au 28 juin 2008, René Basset a fait don à la Bibliothèque de Lyon d’une vingtaine de photographies prises pendant les événements, à Lyon et à Villeurbanne.


La reprise du travail (mi-juin à début juillet)

La reprise s’est faite avec difficulté dans un certain nombre d’entreprises. Les conflits et incidents entre grévistes et non-grévistes se multiplient en juin. Aux usines Berliet, le 7 juin, les négociations sont rompues sur décision de la direction. Cependant, à la Rhodiaceta, les ouvriers reprennent le travail le 10 juin, date du début de la campagne électorale pour les législatives. Les travailleurs ont obtenu des augmentations significatives et le paiement à 50% des jours de grève ; les syndicats bénéficient d’un réel statut au sein de l’entreprise, avec des heures attribuées aux délégués syndicaux et un statut protégé. C’est seulement le 19 juin que les ouvriers de Berliet, fortement divisés, votent à une courte majorité la reprise.


« Visitez le musée du graffiti, il va bientôt fermer »

Si l’on connaît bien les mots, les phrases ou les slogans parisiens qui ont pu apparaître sur les murs de Nanterre, de la Sorbonne, de Censier ou de l’Odéon, on ignore souvent ceux de Province. Publiées en de petits fascicules dès juin 1968, ces traces éphémères, rapidement recouvertes ou effacées, témoignent d’une liberté d’expression qui régna dans la capitale durant quelques semaines.
Lyon n’échappe pas à cette explosion de la parole. En 2002, la Bibliothèque recevait en effet en don du docteur Jacques Baur un album photographique réunissant une soixantaine de clichés des graffiti et affiches qui couvraient les murs de la Faculté des Lettres de Lyon. Cet album constitue donc à ce jour l’un des rares exemples originaux de la prise de parole lyonnaise et de ce flot de mots qui caractérise l’esprit de Mai.

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Pour allez plus loin :

- Ayache (Alain). Les citations de la révolution de Mai. Montreuil : Jean-Jacques Pauvert, 1968, 106 p. (indisponible à la BM de Lyon).
Paru fin juin 1968, cet ouvrage renferme les bon mots et petites phrases des acteurs de Mai 68 : politiques, journalistes, responsables syndicaux ou orateurs anonymes.
- Besançon (Julien). Journal mural, mai 68 : Sorbonne, Odéon, Nanterre, etc… Paris : Tchou, 2007, 186 p. (1ère éd. : 1968)
- Interdit d’interdire : slogans et affiches de la révolution. Paris : l’Esprit frappeur, 2005, 233 p.
- Legois (Jean-Philippe). Les slogans de 68. Paris : Editions First, 2008, 160 p. (indisponible à la BM de Lyon)
- Sorbonne 68 : graffiti.
Editions Verticales, 1998, 110 p.
En 1998, pour le trentième anniversaire de Mai 68, un mince dossier intitulé Les murs de la sorbonne, relevé des inscriptions, mai-juin 68, est retrouvé dans un ancien local universitaire du Quartier Latin. Ils sont immédiatement réunis dans cet ouvrage qui vient d’être réédité chez le même éditeur.
- Tournier (Maurice). Les mots de 1968. Toulouse : Presse universitaire du Mirail, 2008, 125 p.


Mai-Juin 68 en région lyonnaise : chronologie détaillée

En 1967, la situation sociale à Lyon est tendue. Si l’on excepte la période estivale, plusieurs usines se mettent en grève dès cette année-là avec des revendications portant sur la sécurité de l’emploi, les salaires, les conditions de travail : chez Berliet en mars, à la Rhodiaceta – à Lyon comme à Besançon – en février, mars et décembre.

La situation est similaire du côté des Facultés. Dès le 16 novembre 1967, plusieurs dizaines d’étudiants sont arrêtés lors d’une manifestation interdite, organisée dans le centre de la ville par les organisations politiques et syndicales (CFDT, PSU, AGEL) qui tentent de dénoncer l’intervention américaine au Vietnam. Quelques mois plus tard, le 8 février 1968, une autre manifestation se tient devant le Rectorat au moment même où Jacques Chirac, ministre d’Etat à l’Emploi, en visite à Lyon, vient confirmer des aides spécifiques de l’Etat aux industries de pointe et la création d’une Agence nationale pour l’Emploi dans le Rhône, la Loire, l’Ain et l’Isère. Enfin le 14 mars, une manifestation qui réunit 500 personnes est organisée par la Fédération des résidences universitaires de l’UNEF et de l’AGEL. Elle aboutit à la fin du mois à plusieurs protestations contre la « ségrégation sexuelle » et la distinction entre « majeur » et « mineur » (la majorité civile est alors de 21 ans) au sein des résidences universitaires.

1er mai

Importante manifestation à l’appel de la CGT, de la FEN et de l’AGEL. Depuis 14 ans, défiler le 1er mai était interdit dans la capitale.

6 mai

Un appel à la grève lancé la veille est suivi à 80% à l’INSA, à la Faculté des Sciences et à la Faculté des Lettres de Lyon.
Grève des techniciens aux PTT.

7 mai

Par solidarité avec le « Mouvement de Nanterre », environ 3.000 étudiants lyonnais manifestent entre 16 et 19 heures de l’INSA au centre-ville.

8 mai

Nouvelle journée de grève aux PTT (préposés, tri et bureaux de poste). La grève étudiante se poursuit, sauf à la Faculté de Droit. Le SNE-Sup appelle les enseignants à la grève.

8 au 10 mai

Série de manifestations étudiantes. On commence à voir apparaître de jeunes lycéens. Le 9 mai, des groupes isolés s’en prennent au hall du journal Le Progrès. Le 10, la Faculté des Lettres est occupée.

11 mai

Une manifestation étudiante d’un millier de personnes passe pour la première fois aux abords de la préfecture. Le soir même, la Faculté de Lettres est occupée de manière définitive.
De nombreux lieux à Lyon commencent à être rebaptisés : le lycée national du Parc devient le « lycée national de la révolte » et le quai Claude-Bernard se transforme en quai « Cohn-Bendit ». A la Faculté des Lettres, l’amphithéâtre Edgar-Quinet prend le nom de « Che Guevara ». D’autres amphithéâtres sont également renommés des noms de Fidel Castro, Mao Tsé-toung ou Rudi Dutschke.

12 mai

Vers 22h, un groupe d’étudiants ayant la volonté de diffuser un communiqué en Une du Progrès et du Dauphiné-Libéré réussit à perturber les imprimeries de Chassieu et la parution des quotidiens.

13 mai

Grève nationale et générale. Entre 35.000 et 60.000 personnes (étudiants, enseignants, travailleurs) défilent de la Bourse du Travail à la place des Terreaux. C’est la plus importante démonstration de l’après-guerre.
Début de la grève aux verreries BSN de Givors ; le travail ne reprendra que le 1er juin.

14 mai

2 000 jeunes des collèges techniques et lycées lyonnais manifestent à leur tour de la place Gabriel-Péri à la rue de la République. Ils poursuivent jusqu’au lycée Ampère et à l’Inspection académique.
Inauguration du Théâtre du Huitième par Louis Pradel.

15 mai

Les premiers examens universitaires devant avoir lieu à partir du 20 mai, les étudiants de la Faculté des Lettres décident de ne pas les passer. En Psychologie, le boycott est adopté, en Histoire, le report est accepté à l’unanimité, tout comme en Géographie, en Anglais, Philosophie, Allemand et Espagnol. Le lendemain, les étudiants en Médecine votent également un report de la date des examens.

15 mai

Les cheminots de la gare de Givors-Badan manifestent contre le licenciement de deux des leurs. C’est la première grève à toucher la SNCF (reprise du travail le 6 juin).

19 mai

Les TCL – Transports en Commun Lyonnais – s’associent à la grève illimitée qui touche de nombreuses entreprises de la région. La grève est suivie à partir du 21 mai par les cars Citroën et partiellement par les cars Philibert.
Occupation de la Faculté de Médecine.
Dans la nuit, les locaux des Câbles de Lyon (1700 personnes) sont occupés par les travailleurs.

20 mai

Plus de 30.000 salariés sont en grève dans l’agglomération lyonnaise. Berliet, Rhodiaceta, Richard-Continental, SNAV, SNCF, Teppaz, Pelle, Brandt, Paris-Rhône, Seguin, Durschmitd, Uginor, Camping-Gaz, Rhône-Poulenc (Saint-Fons), Fives-Lille (Givors), SIGMA (Villeurbanne) sont les principales entreprises occupées par les ouvriers. Les services municipaux – égouts, service des eaux, Bureau d’hygiène, buanderie, etc. – sont également en grève.

21 mai

Les ouvriers du Livre de l’Entreprise de presse « numéro 1 » (E.P.1) sont en grève. Ils occupent les trois imprimeries du groupe à Lyon, Grenoble et Saint-Etienne. Jusqu’au 7 juin, la grève rend impossible la publication de nombreux quotidiens, notamment du Progrès de Lyon, du Dauphiné Libéré, de L’Echo-La Liberté et de Dernière Heure lyonnaise. Seule La Voix du Lyonnais, supplément régional de l’Humanité, paraît encore quotidiennement sous le titre provisoire de La Voix du Rhône. Ce dernier titre est bientôt suivi, à partir du 24 mai, par un nouveau quotidien, Le Journal du Rhône , feuille d’informations éditée par des militants de la CFDT, de l’AGEL et du PSU (Parti Socialiste Unifié) et diffusée au prix de 50 centimes auprès des kiosques, des marchés, devant les entreprises et les facultés en grève.

« Pourquoi ce journal ? », éditorial du premier numéro du Journal du Rhône , 24 mai 1968 :
La presse lyonnaise a cessé de paraître, les travailleurs du livre sont, comme tous leurs camarades, en lutte contre leurs patrons et le pouvoir.
Ainsi, la population n’a plus d’information écrite ; de plus, les organisations qui sont à la pointe du combat, les jeunes, les militants syndicaux et politiques, les étudiants, n’ont pas le moyen de s’exprimer.
Devant cette situation, une équipe de militants de la région lyonnaise a décidé de publier Le Journal du Rhône.
Les informations que nous publierons répondront à ce qu’attendent, pour l’essentiel, nos lecteurs : nous ferons chaque jour le point des luttes engagées dans nos usines, nos chantiers, nos bureaux, nos facultés, nos quartiers ; nous éclairerons ces luttes à partir d’un effort de réflexion politique.
Le Journal du Rhône sera ainsi quelque chose de nouveau : c’est la première fois qu’un journal lyonnais sera rédigé par une équipe d’homme et de femmes ayant un objectif commun ; ils veulent avec vous bâtir une société socialiste, respectueuse de la pensée des différents courants existants.
Le journal imprimé jusque là dans notre région avait la partie belle : seul à être diffusé massivement, il pouvait refuser l’insertion de communiqués gênants pour le gouvernement ou les patrons. Il pouvait présenter les faits à sa manière.
La diffusion d’informations vraies, le soutien à tous les travailleurs, la libre expression pour l’aile montante et dynamique du mouvement ouvrier, tels sont les objectifs que nous atteindrons avec vous tous
.

Même situation dans les studios et les émetteurs-radio et TV de l’ORTF qui ne diffusent plus que trois journaux parlés et un journal télévisé régional chaque jour, à l’exclusion de tout autre programme.
Etats généraux de la Culture au Théâtre de la Cité à Villeurbanne (jusqu’au 11 juin).
La raffinerie de Feyzin cesse ses activités.
Le port Edouard-Hérriot est bloqué.
La Sécurité sociale et les PTT sont en grève.

22 mai

Les Hospices civils de Lyon et le Centre de Chèques postaux sont à leur tour touchés.
Fermeture des grands magasins : Galeries Lafayette, Grand Bazar, Carrefour (Vénissieux), Nouvelles Galeries (Bron), Prisunic, etc.
Le syndicat de l’enseignement privé du Rhône CFDT décide une grève illimitée dans toutes les écoles du département.

23 mai

400 étudiants manifestent dans le quartier de Vaise et se rendent devant les portes de l’usine occupée de la Rhodiaceta.
Vers 23 heures, un demi-millier de jeunes gens, parmi lesquels de nombreux étudiants venus des Facultés qu’ils occupent, se dirigent vers la préfecture. La manifestation se termine dans le calme vers 2 heures du matin.
Le Théâtre de la Cité est occupé par le personnel.

24 mai

Plus de trente directeurs de Centres dramatiques réunis à Villeurbanne sous la présidence de Roger Planchon rédigent un manifeste pour remettre en cause leur fonction et leur rôle.
Parallèlement, vers 15 heures, le personnel de l’Opéra de Lyon et celui du Théâtre des Célestins décident une grève immédiate avec occupation des lieux de travail pour une durée illimitée.
Dans l’après-midi, l’UNEF organise une grande manifestation de Bellecour aux Terreaux qui se déroule dans un premier temps sans incidents. En fin de parcours, place des Terreaux, quelques groupes débordent le service d’ordre. Une lutte s’engage, d’abord sur la rive gauche du Rhône, dans le quartier de la préfecture, rue Vendôme et cours Lafayette, puis dans le quartier des Cordeliers où les émeutiers se livrent à des pillages de magasins. Les affrontements se poursuivent jusque tard dans la nuit.
Vers 23h40, un camion chargé de pierres est lancé par les émeutiers contre les forces de l’ordre. Un commissaire de police, René Lacroix, est mortellement blessé sur le pont Lafayette.
Les affrontements avec les forces de l’ordre dans la nuit du 24 au 25 mai donnent lieu à près de 200 arrestations. Une quarantaine de personnes est hospitalisée.
Les émeutes connaîtront également des suites judiciaires : deux jeunes gens, Michel Raton, ouvrier agricole de 19 ans, et Marcel Munch sont inculpés d’homicide volontaire sur la personne du commissaire René Lacroix (ils ne seront jugés qu’en septembre 1970, puis acquittés). Douze autres personnes sont déférées au Parquet.

28 mai

En l’absence de presse, En Bref Lyon, journal du Cercle Tocqueville de Lyon, passe, le temps de cinq numéros, d’une parution bimensuelle à une parution bi-hebdomadaire. Le journal modifie également son format pour devenir une grande feuille recto-verso vendue sur la voie publique au prix de 50 centimes.
Le commissaire René Lacroix est cité à l’Ordre de la Nation et une cérémonie officielle a lieu à la préfecture du Rhône. Ses obsèques se déroulent en début d’après-midi à l’église Saint-Bonaventure dans le quartier des Cordeliers.
Un appel au calme est lancé par Louis Pradel, maire de Lyon.

29 mai

Une grande manifestation unitaire, organisée par l’ensemble des syndicats ouvriers et l’UNEF, rassemble 80.000 personnes. Elles défilent de la place Bellecour à la place Jules-Ferry dans le quartier des Brotteaux sous les slogans : « De Gaulle démission », « Dix ans cela suffit », « Gouvernement populaire », etc.
Le journal télévisé régional est supprimé par décision de l’intersyndicale de l’ORTF.

30 mai

A 15 heures, une manifestation organisée à l’appel de l’AGEL, et à laquelle devait prendre part Jacques Sauvageot (vice-président de l’UNEF), s’achève vers 17 heures par un meeting-débat présidé par Pierre Baudy, président de l’AGEL, sur la place Lazare-Goujon à Villeurbanne. Au nom des artistes et du Comité de grève du Théâtre de la Cité, le comédien Jean Bouise demande aux manifestants de ne pas occuper le théâtre.

31 mai

A l’appel des comités d’Action civique du Rhône, une contre-manifestation gaulliste est organisée de Bellecour aux Terreaux. Elle réunit entre 70 et 100.000 personnes. En signe de soutien, Louis Pradel apparaît au balcon de l’Hôtel de Ville.
Dans la nuit, deux grenades offensives sont lancées dans une librairie au service des idées de la gauche.

1er juin

Une jeune syndicaliste de la CGT, Michèle Sarola, est grièvement blessée par le directeur de l’usine des gaines Scandale à la Croix-Rousse alors que ce dernier tente de forcer le passage à la porte de son établissement.

3-4 juin

Après l’annonce du report des examens universitaires en septembre, la Faculté de Droit décide de maintenir la date initialement prévue pour les étudiants en licence, en la reportant simplement de quatre jours, entre le 4 et le 8 juin. Dans la nuit du 3 au 4 juin, et jusqu’à 13 heures, la Faculté de Droit est réoccupée par les étudiants en Lettres désireux d’empêcher le bon déroulement des épreuves.
Parallèlement, vers 19 heures 30, la Faculté des Lettres est attaquée par des étudiants en Droit et des groupes d’extrême-droite. Intervention des forces de l’ordre vers 22 heures.
Dans les jours qui suivent les facultés connaissent de nombreux vols, saccages et dégradations.

6 juin

Les postiers, les cheminots et les agents d’EDF reprennent le travail, suivis le lendemain par les traminots des TCL. On compte encore 40.000 ouvriers en grève dans le secteur de la métallurgie et 10.000 dans celui de l’industrie chimique lyonnaise.

11 juin

La reprise du travail s’amorce doucement dans les principales usines de la région : le 11 juin à la Rhodiaceta, le 19 à Berliet, le 25 à Paris-Rhône (3400 salariés) et à la SIGMA de Vénissieux et Villeurbanne (1700 salariés), le 26 à la SNAV (Société Nouvelle des Ateliers de Vénissieux, 900 salariés).
Le 1er juillet, la CIFTE (Compagnie industrielle des Tubes électroniques, 625 salariés), sur la route d’Heyrieux, est l’une des dernières usines du département à reprendre le travail après 42 jours de grève.

Mi-juin

Les examens universitaires sont dans la plupart des cas repoussés au début de l’automne : en septembre pour la licence de Droit, le 16 septembre pour les étudiants en Lettres, en septembre et octobre pour les étudiants en Sciences.

23 au 30 juin

Elections législatives et déferlante gaulliste.

29 juin

Fin de l’occupation de l’école des Beaux-Arts de Lyon après intervention des forces de l’ordre.

11 juillet

La Faculté des Lettres du quai Claude-Bernard est fermée après évacuation des derniers occupants.


Témoignage : Dominique Dubreuil (1968)

Historien de formation, Dominique Dubreuil entre comme journaliste à La Vie lyonnaise en 1964, puis à l’hebdomadaire Objectif , tout en menant parallèlement une expérience de dramaturge à la comédie de Saint-Etienne (1969-1973).
Auteur de divers ouvrages consacrés au Rhône et à l’Isère, puis professeur au Conservatoire de Lyon, il collabore en juillet 1968 à la revue Esprit , elle-même historiquement liée à Lyon [1], en donnant pour la rubrique du « Journal à plusieurs voix » l’un des rares témoignages lyonnais paru immédiatement après les événements…

2« La révolution à Lyon »2

Etrange destin des commotions et des jacqueries dans le désert français : on a tant invoqué, en ces jours de mai, la malédiction du retard provincial sur Paris… Lyon n’a même pas eu les prémonitions, et son Vizille-1788 ; mais le seul mort qu’eurent les services officiels fut lyonnais, et policier. La rupture fut brutale, le traumatisme demeure, et avec lui la désespérante impression de l’à quoi bon ?

Lyon n’a pas de Quartier Latin, et de son Nanterre (le campus de la Doua), les premiers coups n’ébranlaient pas vraiment l’ordre moral. La nuit du 10 mai parisien déclencha la solidarité ouvriers-étudiants, mais la manifestation commune du 13 demeurait imposante et sage ; les cinquante mille participants se contentèrent de crier : « Progrès menteur » sous les fenêtres du quotidien unique, imitant le premier cortège étudiant de la semaine précédente. Au reste, la bastille était bien choisie, puisque l’entreprise de presse n°1 a transformé le juste milieu radicalisant en un conservatisme à la Casimir Périer, hargneux et hypocrite, et mis les journalistes honnêtes dans le tourment de conscience perpétuel. A la dislocation, place des Terreaux, deux mille « enragés », diviseurs de la classe ouvrière et vils provocateurs déguisés en chômeurs et licenciés (ainsi que le pensaient les élites patronales et communistes) partirent vers la Rhodiacéta l’idée de paralysie progressive de l’économie gagnait.

Nous allâmes surtout en milieu étudiant. Au campus, les inscriptions iconoclastes (« humanistes = chiens de garde de la bourgeoisie ») fleurissaient ; on votait dans la fièvre. La démocratie spontanée délibérait dans un agréable désordre ; sur les pelouses profanées, quelques assistants tentaient une récupération diversement paternaliste ; on balbutiait en nanterrien, mais il manquait un Cohn-Bendit. Aux vieilles Facultés, le drapeau rouge flottait. Le Doyen de Droit, haranguant sa foule grondante, s’était juché sur le socle d’une statue autrefois plastiquée par les ultras ; le cavalier semblait terrorisé par une bête vicieuse et inconnue. Au dernier étage du Droit, le musée des moulages grecs, aire immense d’un immonde plâtre copieur, voyait défiler ses premiers visiteurs depuis des années ; on se scandalisait devant les privilèges des singeries culturelles bourgeoises. En Lettres, un Doyen dépassé racontait à qui voulait entendre, d’un ton angoissé : « Heureusement, le sang n’a pas encore coulé. » Maoïstes, trotskystes et marxistes maximalistes avaient pris sans effort possession des amphis et des salles ; ils s’enterraient dans les sous-sols, ou sortaient pour rebaptiser « Waldeck-Rochet » les lieux d’aisance, inscrire d’irrévérencieux « Juquin, petit lapin », barbouiller de rouge le Claude Bernard oxydé de la Cour d’honneur, et lui faire don d’un bidule matraqueur.

Quelques professeurs avaient donné un coup d’oeil à cette chienlit autrefois soumise, et s’enfermaient chez eux. Mais les maîtres omni, semi et pseudo libéraux restaient fascinés devant ces canards que leur sagesse croyait avoir couvés pour l’exercice d’un éclectisme distingué. Un professeur de français, romantique, persécuté en 1956 par la droite imbécile, admirable conducteur vers l’analyse lyrique, vivait dans l’exaltation : ce drapeau hissé sur la Bibliothèque Universitaire, c’était celui de ses fils littéraires, 1968 c’était 1848, Flaubert annulant Guizot et Morny. Un helléniste, enseignant plein de finesse, de présence à l’histoire et de sincérité, guidait la ronde de nuit aux brassards rouges vers les points stratégiques de la Faculté ; le naturel éclatait dans cette passation des pouvoirs, et l’on pouvait envier cet accord de l’instant spectaculaire avec la durée du comportement. Un historien d’économie me disait, avec de grands gestes impuissants « Ah Monsieur, où allons-nous, comment tout cela va-t-il finir, qu’en savons-nous ? » Un autre historien, despote et vaniteux ornement social-chrétien de bourgeoisie et de chronique officielle parisienne, jouait la valse-hésitation entre le téléphone rectoral et des étudiants qui l’ignoraient, et tournait autour de lui un fou notoire vaguement provocateur, dont les études avaient été couronnées d’un licence d’enseignement. Cet abandon touchait au pathétique, et symbolisait l’arrachement des masques : verbe qui n’introduit plus le miracle, autorité portée disparue, indifférence plus terrible que l’injure.

Dans la grève généralisée, on savait que P.C.F. et C.G.T. suivaient des troupes impatientes, et c’était dans l’ordre. Le drame survint quand des étudiants voulurent défiler pour protester contre l’interdiction de séjour infligée à Cohn-Bendit. Un cortège, mal encadré, se disloqua, certains éléments marchèrent sur la Préfecture, l’émeute se déclencha : une violence extraordinaire de part et d’autre, l’énergie du désespoir chez des chômeurs qui s’étaient joints à la bataille, la provocation, la mort à l’hôpital d’un commissaire qui s’était élancé pour arrêter un camion envoyé contre le service d’ordre, la stupeur des Lyonnais, au petit matin baigné de pluie, les images de l’émeute et d’un pillage accompagnateur. « Ah, Monsieur, vous habitez avenue Foch, me disait un commerçant de la presqu’île : oui, c’est bien un homme comme lui qu’il nous faudrait aujourd’hui ; ou alors Clémenceau. Ils peuvent défiler ou occuper les usines si ça leur chante ; mais s’ils se mettent à casser tout, halte à la plaisanterie ! » Pour le Lyonnais moyen, un monde s’était écroulé dans le fracas des combats, la rumeur des arrachages d’arbres, les incendies de palissades, la scansion des barres de fer sur la rambarde du pont Lafayette. L’angoisse n’allait plus quitter la ville.

Dans l’aube de l’émeute finissante, les policiers faisaient payer aux Algériens la mort du commissaire Lacroix, et l’on allait commencer le pélerinage devant le poteau qu’avait tordu le camion fou. Deux soirs plus tard, le Préfet ordonnait aux hélicoptères de survoler la cité, faisait fermer les portes cochères et renvoyer les employés de la presqu’île dès 16 h 30, prétextant des manifestations que le simple bon sens interdisait aux plus téméraires. La nuit du couvre-feu s’étendit sur une ville débarrassée de ses voitures, fantastique dans le triomphe d’une panique insensée, avec ses milliers de personnes observant derrière jalousies et rideaux son miroir peuplé d’obsessions et vidé d’humanité. Et nous avions peur, en allant aux réunions. Abolis les ouvriers jouant au ballon dans la cour des usines occupées, effacés les rires que nous causait la sottise avaricieuse des possédants (hommes abdiquant toute dignité pour dix litres d’essence, femmes entassant les morceaux de sucre par dizaines de milliers dans les réserves du grand soir). Mise entre parenthèses cette épouse d’indusriel de choc : « Oh, ce Mitterrand, quelle sale tête il a, je ne peux pas le voir, avec son air de voyou, de bandit, je préférerais Waldeck-Rochet. Heureusement, les ouvriers de mon mari ont été très bien, ils lui ont dit « On a confiance en vous, seulement, on nous oblige à la grève. » Lui leur a proposé « Si les meneurs d’en face vous font peur, je m’enferme avec vous, et ils peuvent toujours venir. » Depuis ce jour-là, ils sont en grève quand même, mais ils viennent le voir tous les matins, et il discute une heure avec eux. » (Elle expliquait cela dans l’étonnement d’un explorateur qui découvre les fondements de l’intelligence chez les chimpanzés.) » Et oubliée aussi l’inscription anagrammée du fronton BERLIET devenu LIBERTÉ.

Et puis, comme partout, les bons se rassurèrent un après-midi de jeudi, les méchants tremblèrent à nouveau : le général des propriétaires avait raffermi son armée en déroute. Je ne pus voir le cortège des bérets français déferlant dans le centre ; notre directeur de revue, tout ragaillardi, était en train de nous mettre à la porte, pour offense à l’ordre moral en une série d’articles trop solidaires ; ce geste de héros patronal allait fondre notre destin modeste dans le malheur des temps, et nous distraire quelque peu. Dans le VIe arrondissement (ce XVIe parisien), je vis seulement revenir minettes et minets bien-pensants, drapeaux tricolores au vent, tandis que les voitures du S.A.C. régional promenaient des patriotes d’un insolite gabarit. Un sous-directeur d’usine avait foncé avec sa voiture sur le portail gardé par les grévistes, et blessé grièvement une ouvrière. Quant au maire Pradel, qui avait prudemment fait voter une subvention aux grévistes méritants, il se mit au balcon vénitien de l’hôtel de ville ; menton martial, calvitie et bras levé mussoliniens, il salua le passage des défenseurs de la liberté retrouvée. La grève pouvait agoniser ; le Progrès, paralysé par les ouvriers du Livre, allait pouvoir confesser son « douloureux étonnement » devant un arrêt de travail aussi prolongé qu’incompréhensible et repasser sa fiole de tranquillisants à une petite et moyenne bourgeoisie encore inquiète.

Avant hier, près de l’Opéra, qui fut occupé et populaire, je prenais en stop une excellente personne du Boulevard des Belges (Auteuil sur Rhône). « C’est terrible cette période, Monsieur, ces grèves qui n’en finissent pas [les autobus n’avaient pas encore repris], et puis ce désordre, et ce drapeau rouge partout. » – « Oh, Madame, je ne suis pas hostile au drapeau rouge. » La dame m’a regardé, un peu égarée. Nous nous sommes ensuite expliqué. Son fils venait de terminer H.E.C. ; son mari était mort quelques mois plus tôt ; il avait été si mal traité, si méprisé par les directeurs. « Et mon fils, je n’osais pas vous le dire, mais il pense un peu comme vous. Vous ne trouvez pas que de Gaulle est un peu vieux ? Et que faut-il penser de Pompidou ? » J’ai cru devoir lui rappeler l’âge du général, et que Pompidou, Cantalien et Normalien, ne doit pas être en communion avec les pauvres.

JPEG - 399.2 ko
Esprit, juin-juill. 68
BML, 950131

[*

Dominique Dubreuil
In « Journal à plusieurs voix », Esprit , n°6-7 (juin-juillet 1968), p.1104-1107.
[Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur]
© Dominique Dubreuil

*]

[1] Voir à ce sujet La revue Esprit à Lyon , conférence de Bernard Comte et Goulven Boudic organisée par la Bibliothèque municipale de Lyon dans le cadre du cycle « L’intelligence d’une ville » (20 janvier 2006).


Témoignage : Marcel Maréchal (1995)

Acteur et metteur en scène, Marcel Maréchal est aussi depuis 1958 le directeur d’une petite salle lyonnaise, Le Théâtre du Cothurne, rue des Marronniers, lorsqu’il se voit confier, dix ans plus tard, le nouveau théâtre que l’on achève tout juste dans le 8e arrondissement de Lyon. « Le Théâtre du 8e », tel qu’on le nomme déjà, est officiellement inauguré par le maire Louis Pradel le 14 mai 1968, au lendemain de la manifestation nationale qui a fait descendre des milliers de personnes dans les rues Lyon.

La nouvelle saison ne commence qu’en septembre avec une présentation à la presse autour d’un buffet « campagnard » avec bouteilles de côtes du Rhône et Jésus de Lyon descendant des cintres. Au programme, La Poupée de Jacques Audiberti (une création), le Don Juan de Molière, La Mort de Danton de Georg Buchner et La Moschetta de Ruzzante.

En 1995, Marcel Maréchal, alors à la direction du Théâtre du Rond-Point des Champs-Élysées, consigne les souvenirs de ces années de création dans un livre, Rhum Limonade (Flammarion), dans lequel il réserve une large place aux années 1960, et plus particulièrement à 1968. Extraits…

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Marcel Maréchal
septembre 1968
BML, Vermard, 500-008
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Présentation de la première
saison (1968-1969), sept. 68
BML, Vermard, 500-005

2« Le 8e comme symbole lyonnais de Mai 1968 »2

14 mai 1968 en matinée à 15 ou 17 heures (je ne me souviens plus) furent donc le jour et l’heure approximative de l’inauguration officielle du 8e.

Mon contrat ne commençait qu’à partir du 1er septembre. Je n’étais donc pas tenu de donner un spectacle avant cette date. Mais, pour des raisons électorales, Pradel avait retenu le 14 mai afin de présenter au plus vite le théâtre aux notables et à la presse.

Depuis avril, nous étions à Paris pour répéter La Poupée, qui devait ouvrir le festival du Marais 1968 avec Marie Laforêt dans le rôle titre. Dès les premiers jours de mai, les répétitions devinrent chaotiques tant nous étions passionnés par l’atmosphère électrique de ce printemps de revendications estudiantines. A partir de la manifestation du 9 mai, place Denfert-Rochereau, où, juché sur le Lion de Belfort, Cohn-Bendit nous tint sous le charme de son bagout révolutionnaire, et de la nuit des barricades qui suivit, à laquelle nous participâmes, incrédules et joyeux, il ne fut plus question de répétitions. D’ailleurs, dès cet instant, à Paris comme partout en France, il n’était plus question de festival ou de théâtre tels que nous les connaissions, il s’agissait, de commissions en sous-commissions, de refaire le monde, donc de refaire le théâtre.

C’est dans ce climat de bouleversement et d’exaltation qu’il nous fallut regagner Lyon pour, malgré tout, inaugurer le théâtre. La pénurie d’essence, due aux troubles et aux grèves, faillit interdire tout déplacement vers Lyon. Je me réjouissais intérieurement de cet état de choses qui m’aurait permis d’échapper à cette cérémonie ubuesque, et d’assister ainsi à la grande manifestation œcuménique du 13 mai. Le matin de ce même jour, cependant, je ne sais par quel miracle ou combine, nos réservoirs de voitures se retrouvèrent pleins, de même que les bidons de réserve que nous emportions dans le coffre, et voilà notre folle équipée – Angéniol, Bénichou, Ballet, Arditi, Louis Guilloux lui-même – s’embarquant sur l’autoroute A6 quasi désert, quittant contraints et forcés, mais pas mal tristes, les copains et les manifs de Paris pour une douteuse inauguration lyonnaise. C’est sans doute le côté dérisoire de la situation qui nous donna paradoxalement l’envie et le courage d’assumer coûte que coûte !

« Aujourd’hui, je crois que quelque chose est possible… ouais… ouais… J’ai même été socialiste autrefois ! J’avais pris une carte au grand parti de Jaurès, section française de l’Internationale ouvrière… »

C’est par cette réplique de Cripure, proférée rageusement, que fut inauguré le 8e. Rien que pour faire entendre ce cri (pur) du vieux philosophe, le voyage épique à Lyon se trouvait justifié. Mis à part la parole de Louis Guilloux qui fut la première à peupler le 8e, le reste de la cérémonie fut quasiment surréaliste, digne en tout cas d’un film de Buñuel. Au programme : des extraits de Cripure, un discours du maire vantant son théâtre, une intervention de Louis Guilloux me faisant l’amitié de me présenter à l’assistance, et en deuxième partie… Raymond Devos.

Tout ce « tintouin » devant un parterre clairsemé de képis et de casquettes, de préfets des villes et de sous-préfets des champs. Une assemblée de notables épinglés comme une collection de papillons sur des fauteuils d’un vert fadasse, médusés par les provocations de Cripure, et enfin offusqués par les propos de Louis déclarant avec son beau sourire de chérubin « qu’il fallait ce qu’il fallait ; qu’il fallait donc inaugurer puisqu’il s’agissait d’inaugurer, mais qu’il eût été peut-être plus raisonnable qu’en ces jours vibrants Cripure et son auteur soient aux côtés des étudiants, sur les barricades ! ». Grand froid sous les képis et les casquettes ! Par contre, comme une chaleureuse approbation, tout en haut, au balcon, derrière les bat-flanc du parterre, où se trouvaient parqués les ouvriers qui, de leurs mains, avaient construit ce théâtre. Si les notables et les bourgeois avaient peu répondu à l’invitation du maire, préoccupés sans doute qu’ils étaient par la « révolution » de 1968, les ouvriers avec femmes et enfants superbement endimanchés remplissaient le balcon jusqu’à ras bord. Le contraste était saisissant entre l’assemblée de morts vivants et de culs serrés du bas et ce haut du théâtre grouillant et réjoui malgré le côté improvisé et désuet de la fête obligée. Pour ma part, j’y voyais un symbole : c’était pour ce balcon de gens simples, pour ces enfants du paradis, qu’il nous faudrait travailler ici, au 8e, et c’était pour eux que je lançai pour terminer cet avertissement amer et prophétique de Cripure : « La vérité de cette vie ce n’est pas qu’on meurt, mais c’est qu’on meurt volé ! »

Bien plus tard, j’appris que Georges, que je n’avais pas vu depuis de longs mois, de passage avec son camion pour une livraison près du 8e, n’avait pu résister au désir de jeter un œil dans la salle. En bleu de travail qu’il était – comme bien des années auparavant quand il venait me chercher au collège -, il se fit refouler par les cerbères contrôleurs du parterre. Il n’avait rien à voir ni à faire, Dieu merci, avec les képis, les casquettes et les femmes à voilette de cet orchestre d’un autre âge. Tout naturellement, il trouva sa place au poulailler auprès des ouvriers. Il faut dire qu’il se fit tout petit, tout en haut des travées d’accès au balcon, et c’est de ce perchoir, d’où il embrassait le théâtre tout neuf, qu’il entendit ému, et « pas mal fier », devait-il me confier par la suite, l’éloge que Guilloux fit de son Marcel. Mais le camion et le travail le réclamaient. Sitôt terminé le discours de Louis, il quitta la salle.

14 mai 1968 : Inauguration du 8e !

22 mai 1981 (date de création du gouvernement Mauroy, premier gouvernement socialiste de l’ère Mitterrand) : inauguration de La Criée [1].

Pour le baptême des deux théâtres que j’ai eu la chance de fonder, il y eut chaque fois, tant à Lyon qu’à Marseille, rendez-vous avec l’histoire politique de notre pays.

Le 8e, né au beau milieu du joli Mai 1968 de la façon émouvante et clochemerlesque que l’on sait, va devenir, dès l’automne, la continuation de cette effervescence printanière. Conçu dans la précarité, une liberté totale, l’enthousiasme de la jeunesse, l’absence de hiérarchie, une salutaire folie, à mille lieues de toute considération institutionnelle, il fut le « lieu », le refuge, le repaire même, de tous ceux, jeunes ou adultes, qui avaient redécouvert ces vertus élémentaires au printemps et qui les voyaient fleurir encore, quelques mois après, place du Bachut, dans ce morose quartier ouvrier du 8e. Avec un esprit de sérieux dans le travail, le 8e cependant ne se prit pas au sérieux, se voulut différent des autres lieux, et c’est pourquoi d’emblée, et de façon inattendue, il réunit un public considérable : plus de quinze mille abonnés, faisant ainsi, malgré lui, une joyeuse concurrence aux autres théâtres installés bien avant et qui ne comprirent guère ce qui se passait. Il se passait que tout à coup dans la ville et l’agglomération on était pour ou contre le 8e, mais on ne pouvait pas y échapper, on ne pouvait pas l’ignorer. Le 8e faisait l’objet de toutes les conversations aussi bien dans les ateliers que dans les salons. En fait, ce fut, à notre grand étonnement, à l’échelle de la région, un phénomène socio-culturel : un théâtre inscrit dans la réalité de la cité, le théâtre qu’attendait peut-être la cité.

Sur le plan du théâtre pur en tout cas, le programme était des plus exigeant avec La Poupée d’Audiberti, Dom Juan, premier spectacle de Chéreau à Lyon, La Moscheta de Ruzzante et La Mort de Danton de Büchner. Toute la thématique de cette première saison tournait de fait autour du problème ambiant de la contestation, de la remise en cause des pouvoirs et de la révolution. C’est pourquoi elle fut reçue avec une passion curieuse, avide, enthousiaste. Les spectacles accueillis participaient ainsi de ce même esprit avec notamment : La Naissance d’Armand Gatti et La Tragédie du Roi Christophe d’Aimé Césaire, mis en scène par Jean-Marie Serreau.

En miroir à cette activité de création, on décida d’associer à notre projet et de manière permanente une jeune équipe de théâtre pour l’enfance et la jeunesse : le Théâtre des Jeunes Années de Maurice Yendt. Cette collaboration, la première en France, nous parut légitime et nécessaire dans la mesure où le théâtre pour la jeunesse est une manière d’apprendre le langage du théâtre aux nouvelles générations. Cette initiative contribua à rapprocher le 8e des enseignants, des parents et des militants des CEMEA (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation actives), si déterminants dans l’aventure du TNP et du Festival d’Avignon de Jean Vilar.

Pour marquer d’emblée cette filiation avec le TNP, je demandais à Jean Rouvet, le compagnon de Vilar, de nous rejoindre. Il devint alors le conseiller du Théâtre du 8e, comme il sera plus tard, encore plus activement, le conseiller de toute notre aventure marseillaise. La première initiative de Rouvet fut de nous suggérer d’adopter, de manière symbolique, la liberté de placement dans la salle, le vestiaire gratuit, le pourboire interdit, autant de mesures inventées par lui à l’époque bénie du grand Chaillot.

Dernier volet de notre projet culturel, qui devait grandement contribuer à étoffer et élargir notre public, notamment le jeune public : la place très grande qu’on accorda au jazz, à la musique contemporaine, au cinéma, aux expositions de peinture et aux musiques qui faisaient l’air du temps, le rock et la pop. Pour le mois d’ouverture, on put entendre au 8e Art Farmer, Phil Woods, Jelny Hodges, Ornette Coleman, Daniel Humair, The Who, Arthur Brown, Art’s Laboratory… En août, je m’étais rendu à Londres avec le peintre anglais Jim Leon, et là, à Round House (La Maison des locomotives) nous avions entendu une multitude de groupes, tous plus excitants les uns que les autres… Pour quelques pennies, j’ai demandé à Arthur Brown, qui paraissait en scène costumé dans une robe à la roi Lear, une couronne de feu sur la tête, de venir nous chanter son Fire ! C’est surtout un groupe presque inconnu en France de quatre chanteurs qui retint notre attention, ils se faisaient appeler « Pink Floyd ». Aller et retour en avion payés, mais sans autre contrat en poche, ils acceptèrent de venir chanter pour la première fois en France, au 8e. On était en octobre 1968 : trois cents personnes dans la salle ! Un an après, ils se produisaient au Palais des sports de Lyon devant quinze mille spectateurs. On avait eu du flair avec l’ami Jim !

C’est le même Jim Leon, peintre luxuriant et remarquable dessinateur, qui réalisa en sérigravure une immense affiche du 8e « s’envoyant en l’air », explosant dans les airs, comme dynamité sans doute par une bande de lurons anarchistes. Cette image hardie, qui scandalisa les notables – ils font sauter notre théâtre – reflétait exactement ce que les gens pensaient, en bien ou en mal, de notre entreprise débutante : un navire ivre où toutes les aventures étaient possibles. Cette allégorie ailée de Jim était le symbole graphique de l’état d’esprit de notre équipe, allégrement libre, d’humeur caustique et légère, sans trop d’illusions quant à l’énorme outil qui nous était confié du bout des lèvres. A peine installés dans ce gros gâteau sans âme – par la suite heureusement nous lui donnerons la nôtre -, nous aurions bien aimé, en effet, qu’il explose, miné de l’intérieur par nos éclats de rire incrédules, éclaboussant aux quatre coins de l’horizon sa sotte prétention de culture municipale. C’est parce que nous n’avons jamais cru à l’avenir de cette aventure que nous avons réussi. Nous étions en effet certains que, malgré le sérieux de notre travail, la municipalité nous chasserait passé un an de contrat. Comme de gaillards desesperados nous avions tout et tant à faire, et rien à perdre. Profitons-en, cela ne durera pas ! Jetons notre gourme, notre bonne semence, il en résultera toujours quelque chose !

Rien dans les mains, rien dans les poches, c’est comme des magiciens, des équilibristes sur une corde raide, que nous allons « animer », au sens fort, ce théâtre sans âme. Il nous fut donné, par force, avec une haine rentrée, eh bien, nous allions le transformer par la passion de notre travail et l’amour que nous avions d’autrui ! Toute cette philosophie, née de la nécessité, rayonna hors de notre cercle, le public la ressentit très vite, et c’est pourquoi il nous suivit avec tant de fougue.

Nous n’étions pas des parachutés, des institutionnels, des « nommés » par les pouvoirs, mais des enfants de Lyon qui d’eux-mêmes et avec l’aide du public avions pris le pouvoir. Le 8e, c’était, dans l’inconscient de la plupart des gens, l’esprit des catacombes du Cothurne qui soufflait encore, mais dans un lieu plus grand qui devenait peu à peu le leur. Sans âpreté, et pratiquement sans moyens, grâce à notre organisation spartiate, notre jubilation débridée mais créatrice, nous avons réussi le miracle que ce théâtre, à l’origine maudit, tout d’abord existe et par la suite perdure.

La première saison fut un succès considérable qui dépassa toutes nos espérances et déjoua les intentions méchantes de nos ennemis. Il fallait désormais compter avec nous, composer, encore un temps pensaient-ils, avec ce Cothurne ! Pradel, en bête politique rusée, ne s’y trompa pas, et avec un énorme culot courut au secours de la victoire, rendant les armes sur la scène même du 8e. La critique dramatique m’avait décerné pour Sganarelle et La Mascheta le prix du meilleur comédien de la saison 68-69, Delphine Seyrig recevant le prix de la meilleure comédienne. Je tins à ce que cette distinction me fût remise au 8e, sur le terrain même de cette si périlleuse décentralisation. Bertrand Poirot-Delpech, président du syndicat, accepta le principe, et demanda à Jean-Jacques Lerrant de se charger de cette cérémonie. Ce fut l’occasion d’une réunion familiale où tous les amis du Comité d’animation, du public, de la presse et de la profession furent conviés de manière informelle. Quelle ne fut donc pas notre surprise de voir, au dernier moment, Pradel en personne se glisser dans l’assistance pour se joindre à notre fête. Bien que dans un contexte qui lui était largement hostile, il ne put s’empêcher de demander la parole à Lerrant pour expliquer à l’assistance stupéfaite : « Chers amis, le Théâtre du 8e était un pari, eh bien, avec le petit Marcel – c’est le qualificatif auquel j’eus droit ce jour-là -, nous avons gagné ce pari ! »

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Rhum Limonade
Flammarion, 1995
BML, K104176

[*

Marcel Maréchal
« Le 8e comme symbole lyonnais de Mai 68 » in Rhum limonade : de Guignol à Cripure , Paris, Flammarion, 1995, p.151-158.
[Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur]
© Marcel Maréchal

*]

[1] En 1975, après l’aventure du Théâtre du 8e, Marcel Maréchal prend la direction du Théâtre du Gymnase à Marseille. De 1981 à 1994, toujours dans la même ville, il est le premier directeur du Théâtre de la Criée.


Ressources pour une histoire lyonnaise de Mai 68

Il n’existe actuellement que très peu de travaux historiques sur l’aspect local des événements de Mai 68. Exception faite de quelques mémoires universitaires rédigés à l’IEP-Lyon – dont certains inachevés (cf. bibliographie page suivante) -, il n’existe pas d’étude d’ensemble sur l’aspect purement lyonnais. Ceci s’explique en partie par la difficulté d’accès aux archives (dont beaucoup sont encore entre des mains privées), par leur dispersion ou par une consultation longue et fastidieuse nécessitant souvent de multiples dérogations.
Les archives existent pourtant. Tour d’horizon des ressources disponibles…

A la Bibliothèque municipale de Lyon

- Elections législatives, France, 23 juin 1968, Lyon : tracts mai-juin 68
Un dossier renfermant une cinquantaine de pièces sur les élections législatives de juin, probablement réunies en 1968 par les bibliothécaires de la Ville de Lyon.
- Événements de Mai 1968
Recueil de tracts, photographies, périodiques, … de mai 1968 à Lyon et à Paris (182 documents).
- Recueil de tracts lyonnais de mai 1968, recueillis par Michel Chomarat .
Important recueil de 274 tracts, pour la plupart lyonnais, concernant directement Mai 1968 et ses suites.
- Mobilisations, actions d’étudiants, d’enseignants, de syndicats, et divers lyonnais, 1968-2001.
Ce dossier ne concerne qu’en partie Mai 68. On y trouvera par exemple quelques pièces intéressantes sur la mobilisation lycéenne (don Dumontet).
- Fonds de l’AGEL- UNEF
Ce fonds représente 175 cartons, soit 15 mètres linéaires et couvre une période allant de 1926 à 1971. Il contient notamment plusieurs boîtes (tracts, journaux, manuscrits) concernant spécifiquement Mai 1968 à Lyon. Ce fonds est aujourd’hui classé et son inventaire est consultable en ligne
- Dépôt légal imprimeur
Contient de nombreuses pièces, notamment des affiches, tracts et bulletins, liés aux élections législatives de juin, à Lyon et en région, ainsi que divers titres de périodiques régionaux pour l’année 1968. D’autres pièces devraient être disponibles dans les années à venir en fonction de l’inventaire et du traitement progressif des dépôts.
- Le Journal du Rhône
Collection de cet hebdomadaire publié par l’Association générale des étudiants de Lyon (AGEL), la C.F.D.T. de Lyon et le P.S.U. de Lyon entre le 21 mai et le 8 juin 1968, puis de façon épisodique jusqu’au 27 juin 1968.
- Collection de documents réunis par le docteur Jacques Baur, 2 dossiers (cote : BM Lyon, Ms 7053).
En 2002, le Docteur Jacques Baur offrait à la Bibliothèque deux épaisses liasses de tracts ainsi qu’un album réunissant 130 photographies prises dans les facultés lyonnaises en 1968.
- Collection de documents réunis par Guy Fossat, 5 boites d’archives (en cours de traitement).
Guy Fossat, étudiant lyonnais de 1963 à 1968, milite à l’UNEF puis à l’AGEL. Pendant cette période, il réunit, classe, et conserve divers documents concernant les universités et le monde ouvrier mais s’intéresse également aux problèmes politiques et sociaux de son époque (URSS, Chine, Vietnam, etc.). En 2007, il offre à la Bibliothèque de Lyon 5 boîtes d’archives renfermant tracts, brochures, journaux, livres et revues patiemment collectés. Une vitrine est réservée à cette donation dans l’exposition « Mai 68 à Lyon » (Espace Patrimoine, jusqu’au 28 juin).
- A l’occasion de l’exposition « Mai 68 à Lyon » (8 avril-28 juin 2008), la Bibliothèque a pu acquérir un portfolio de dix affiches produites et vendues par l’école des Beaux-Arts de Lyon devant les portes de la faculté de Lettres du quai Claude-Bernard. Bien qu’elles ne soient pas spécifiquement lyonnaises, elles permettaient d’alimenter la caisse de soutien du Comité d’occupation de l’université.
Parallèlement, le photographe René Basset a également fait don d’une trentaine de photographies qui viennent agréablement compléter les quelques clichés sur le sujet déjà conservés à la Bibliothèque. Elles concernent pour l’essentiel les occupations d’usines à Lyon et Villeurbanne.

Aux Archives départementales du Rhône

Section ancienne (Chemin de Montauban)
- Fonds de l’Union départementale CFDT du Rhône représentant 50 mètres linéaires. Les cotes 68 J 72 à 74 renferment divers dossiers sur les événements de mai-juin 1968 provenant des archives de la CFTC-CFDT.

Section moderne (rue Servient)
- cote 2690 W 1 : rapports journaliers sur les événements faits par les proviseurs, doyens d’établissements, recteurs, inspecteurs d’académie… On y trouvera donc des informations sur les collèges et lycées de la région, notamment sur le lycée du Parc.
- cote 2690 W 39/40 : documentation sur les associations étudiantes.
- Versement non côté du cabinet du Préfet, 44A, 44B, 44C, 44D, 44F : récemment redécouverte, ces boîtes d’archives provenant des versements du préfet Max Moulins renferment tracts, journaux et photographies réunis par la préfecture au moment des événements. Compte tenu de leur caractère sensible et confidentiel, ces archives ne sont consultables qu’après obtention de multiples dérogations auprès des Archives départementales du Rhône, de la Préfecture et des Archives de France. Plusieurs documents extraits de ces versements, notamment des albums photographiques, sont exposés à la Bibliothèque municipale de Lyon jusqu’au 28 juin 2008.

Au centre de documentation libertaire de Lyon

Au sein des archives de la librairie La Gryffe, rue Sebastien-Gryphe à Lyon, on trouve 4 boites de documents (cote A1 à A4) renfermant quelques photographies et affiches, de nombreux tracts et coupures de presse ainsi que le matériel réunis par la librairie pour l’exposition « Mai 68 » qu’elle organisa en juin-juillet 1988.

A l’Institut d’Histoire sociale de la CGT

L’Institut d’Histoire sociale du Rhône (IHS) de la CGT hébergé à la Bourse du Travail (place Guichard à Lyon) conserve toutes les archives concernant l’activité de ce syndicat, ainsi que certains titres de presse. Ces archives, en absence de classement, sont cependant d’un accès peu aisé.


Bibliographie : Mai-Juin 68 à Lyon et dans la région

Quarante ans après, force est de constater qu’il n’existe pas d’ouvrages sur la particularité lyonnaise de Mai 68 et très peu d’études de synthèse sur le Mai 68 lyonnais ou en région. Il faudra donc consulter une documentation abondante mais disparate, inégale et souvent lacunaire.
L’ouverture progressive des archives (archives judiciaires notamment) et les facilités d’accès aux sources devraient permettre des études approfondies dans les années à venir. L’histoire de Mai 68 à Lyon et en région reste à écrire…

- Auzias (Claire), “Un mai mineur”, in IRL, journal d’expression libertaire, n°77-78, printemps-été
1988, p.8-26.
Article désormais disponible en ligne sur le site de l’Atelier de création libertaire

- Bacot (Paul). La Confédération Française Démocratique du Travail et les grèves de mai et juin 1968 dans la
région lyonnaise
. Mémoire DES, sous la direction de P. Rongère, Sciences politiques, Lyon, 1969.
[Mémoire consultable à l’IEP-Lyon].

- Bayard (Françoise) et Comte (Bernard). L’Université Lyon 2 : 1973-2004. Lyon : Presses universitaires de Lyon, 2004.
[Voir “Les événements de mai et de juin 1968”, p.19-43].

- Bonnet (Alexis). Mai 68 à Lyon et la CFDT. Histoire et mémoires de militants entre espoirs et réalités, sous la direction de A.-M. Granet-Abisset, Univ. de Lyon III, 1995, 272 p.

- Brandt Lyon : bilan des luttes. Montréal : Edition progressiste, 1972.

- Cabotse (Jean). Roanne, mai 68. Roanne : J.-P. Mayol, 1988, 79 p.

- Cahiers Rhône-Alpes d’histoire sociale, n°84 [spécial Mai 68], juin 2008 (à paraître).

- Chomarat (Michel), « La presse lyonnaise pendant les événements de Mai 68 », in Bulletin municipal officiel de Lyon, n°5742 (12 mai 2008).

- Danti (René), « Les travailleurs du Livre Rhône-Alpins en Mai-Juin 1968 en situation exceptionnelle » in Cahiers Rhône-Alpes d’histoire sociale, n°46 (décembre 1998), p.20-28.

- Danti (René), « Dans le « Labeur » : chronologie des grèves de Mai-Juin 1968 », in Cahiers Rhône-Alpes d’histoire sociale, n°47 (mars 1999), p.26-29.

- « 1968 : Quand Lyon s’y mai… », cahier spécial de Lyon Capitale, 6 mai 1998.

- « Dossier étudiants », in Reflets de la vie lyonnaise, n°165, 1er juin 1968, p.19-41.

- « Le Dossier Rhodiaceta », in Reflets de la vie lyonnaise, n°155, 1er janvier 1968, p.18-27.

- Dubois (Christophe). L’Evolution du théâtre du 8e arrondissement à Lyon, 1968-1990. Mémoire de DEA, Institut d’Etudes Politiques de Lyon, sous la direction de Philippe Dujardin, année universitaire 1992-1993, 170 p.
Mémoire consultable à l’IEP-Lyon.

- Dubreuil (Dominique), “La révolution à Lyon”, Esprit, n°6-7, juin-juillet 1968, p.1104-1107.
Lire l’article en ligne

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Esprit, juin-juill. 68
BML, 950131

- Du Theil (Jean-Marc), “Le conflit Rhodiaceta et ses conséquences”, Reflets de la vie lyonnaise, n°156, 15 janvier 1968, p.20-22.

- Eck (Alain). La Rose et le Goupilllon : le cercle Tocqueville de Lyon. Lyon : EMCC, 2007.

- L’Ecole libérée, bulletin mensuel de la section du Rhône du Syndicat national des instituteurs, n°9, juin 1968.
BML, Dépot Légal, DLPB 0308.
Numéro spécial consacré à Mai 68, comprenant le compte-rendu chronologique des réunions, conseils, assemblées générales et communiqués des syndicats d’enseignants du Rhône.

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L’Ecole-libérée
n°9, juin 68
BML, DLPB 0308

- Etiévent (Michel). Vendredi 3 mai 1968, 20 heures…. Challes-les-Eaux, Editions GAP, 2008, 44 p.
Michel Etiévent, responsable étudiant aux universités de Chambéry et de Grenoble, raconte « son » Mai 68.

- Gallo (Jean-Claude), « Mai 68, vu de Lyon », série d’articles parus dans Lyon matin, du 16, 17 et 18 mai 1988.

- Gay (Roger) et Suhm (Armand). 1968 : « Ca n’est pas arrivé tout seul » ou de 1963 à 1968, regards sur une page d’histoire. Lyon : Institut CGT d’Histoire sociale du Rhône, [1988], 24 p.

- Gay (Roger), « Au quart de siècle près ! », in Cahiers d’histoire sociale Rhône-Alpes, n° 25 (juin 1993), p. 39-42

- Guigou (Jacques) et Wajnsztejn (Jacques), « Le mouvement 68 à Lyon », in Mai 68 et le Mai rampant italien, coll. Temps critiques, l’Harmattan, 2008, chap. VII, p.157-168.

- Guigou (Jacques) et Wajnsztejn (Jacques), « Mai 68 à Lyon », numéro hors-série de la revue Temps critiques, Montpelllier : Editions de l’impliqué, mai 2008, 20 p.

- Histoires d’une usine en grève : Rhodiaceta 1967-1968, Lyon-Vaise. Lyon : Editions Révoltes, 1999, 207 p.

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Histoire d’une usine en grève
Rhodiaceta 1967-1968

- Institut CGT d’Histoire sociale du Rhône. Chronologie des événements de Mai 68. Lyon : Institut CGT d’histoire sociale du Rhône, 2007, 32 p.

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Chronologie de Mai 68
IHS, 2007
BML, 6900 Z8 CHR

- Institut régional CGT d’Histoire sociale (Rhône-Alpes), « 1968 en Rhône-Alpes », in Cahiers d’histoire sociale Rhône-Alpes, n°44 à 46, mai à décembre 1998.

- Jeanson (Francis), “La réunion de Villeurbanne”, in La Décentralisation théâtrale, vol.3 : 1968,
le tournant, Actes Sud, 2005. [Comprend notamment le texte de la “Déclaration de Villeurbanne”, p.193-198].

- Legendre (Marcel), « Mai 68 : la longue nuit du pont Lafayette », Le Progrès, 24 mai 1988, p.6.

- Luttes ! : visages du mouvement ouvrier de la Révolution à Mai 68, catal. exposition, Lyon, Archives municipales de Lyon, 5 mars-5 juin 2004, 76 p.

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Luttes !
AML

- « Mai 68 à Lyon », dossier in Lyon mag’, 1998.
Dossier spécial réalisés pour le trentième anniversaire de Mai 1968 et comprenant des interviews des acteurs de l’époque : Pierre Masson (leader de l’AGEL), Pierre Louis (recteur de l’Académie lyonnaise), Max Moulins (préfet du Rhône), Bernard Schreier (reporter-photographe au Progrès de Lyon) et Roland Massard (juré au procès de Michel Raton et Marcel Munch).

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Lyon mag’, 1998
BML, 955102

- Mai 68 en Drôme. Actes du Colloque d’avril 98 organisé par l’Institut Marius Moutet. Valence : Institut Marius Moutet, 1999, 135 p.

- « Mai-juin 68 : un printemps dont on se souvient », in Cahiers d’histoire sociale Rhône-Alpes, n°9-10, 1988.

- Mai 68 à Lyon. Catal. d’exposition, Lyon, Bibliothèque municipale de Lyon, 8 avril au 28 juin 2008. Lyon : Bibliothèque municipale de Lyon, 2008, 32 p.

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Mai-Juin 68 à Lyon : catalogue

- Mai 68 dans l’Ain, de Paris à Bourg-en-Bresse
Chronologie présentée dans le cadre de l’exposition sur Mai 68 dans l’Ain aux Archives départementales de l’Ain, du 28 avril au 27 juin 2008.

- Marchesi (Olivier). Lyon en mai 68. Mémoire de fin d’études à l’IEP de Lyon sous la direction de
Bruno Benoît, année universitaire 1997-1998.
Mémoire disponible en ligne

- Maréchal (Marcel). Rhum limonade : de Guignol à Cripure. Paris : Flammarion, 1995.
Lire un extrait en ligne

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Rhum Limonade
Flammarion, 1995
BML, K104176

- Mémoire de travail : ouvrières à l’usine Paris-Rhône (Valéo). Lyon : Association Partenariat et
citoyenneté, 2004. [Recueil de souvenirs d’ouvrières entre 1960 et 1980].

- Miachon (Claude). Les Evénements des mois de mai et juin 1968 chez les cheminots de Lyon et de ses
environs
. IHS, université Lumière-Lyon 2, 1995.

- Pucciarelli (Mimmo). Claire l’enragée : entretien avec Claire Auzias. Lyon : Atelier de création
libertaire, 2006.

- Reflets de la vie lyonnaise, n°165 (1er juin 1968) et 166 (15 juin 1968).

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Reflets de la vie lyonnaise,
n°165, 1er juin 68
BML, 950559
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Reflets de la vie lyonnaise,
n°166, 15 juin 68
BML, 950559

- Vedrinne (J.) et Vitani (Ch.), « Cour d’Assises et expertises médicales : la mort du commissaire Lacroix », in Bulletin de médecine légale et de toxicologie médicale, n°6, novembre-décembre 1970, p. 320-323.
Le professeur Jacques Vedrinne, élève et assistant du Professeur Louis Roche (directeur de l’Institut médico-légal), fut chargé de l’autopsie du commissaire Lacroix le 25 mai 1968. Il revient dans cet article sur l’examen medico-légal et sur les diverses dépositions qui ont pu être faites par les experts, devant la cour d’Assise, lors du procès de Michel Raton et Marcel Munch (septembre 1970).
- Videlier (Philippe). Usines. Genouilleux : La Passe du Vent, coll. Commune mémoire, 2007. [voir le chapitre sur “Mai 68”, p.407-417].

- « Les vingt ans du mai lyonnais », série d’articles dans Lyon Figaro, 14 au 21 mai 1988.

- Visages d’une usine textile à Lyon de 1924 à 1987. Lyon : Association L’Age libre, Coll. Mémoires locales, 1992.

- Zancarini-Fournel (Michelle), « Le Mai le plus long », in 4810 : culture et société en Rhône Alpes, n°2, avril-mai-juin 2008.


Bibliographie : autour du 40e anniversaire de Mai 68

Comme en 1998, la presse régionale a largement couvert ce 40e anniversaire. Du simple article au dossier égrené sur plusieurs semaines, en passant par le supplément ou cahier spécial, voici donc une bibliographie – non exhaustive – d’articles de presse laissant une place non négligeable aux témoins et acteurs de ce Mai 68 en région.

Lyon Capitale

Le dossier de Lyon Capitale est publié à partir du 1er avril et jusqu’à fin mai. A noter que la plupart de ces articles sont également consultables en ligne sur le site de l’hebdomadaire :

- « Lyon revit son Mai 68 », Lyon Capitale, n°657, 1 avril 2008.
- « Le mai lyonnais en 10 dates », Lyon Capitale, n°657, 1 avril 2008.
- « Queyranne nous confie Mai 68 », Lyon Capitale, n°657, 1 avril 2008.
- « Collomb nous confie Mai 68 », Lyon Capitale, n°657, 1 avril 2008.
- « Noir nous confie Mai 68 », Lyon Capitale, n°657, 1 avril 2008.
- « Mai 68, Renée Valet-Huguet : « Nous avons pleinement goûté aux libertés légères »”, Lyon Capitale, n°658, 8 avril 2008.
- « Mai 68, Philippe Faure : « J’en suis sorti avec une grande tristesse » », Lyon Capitale, n°658, 8 avril 2008.
- « Mai 68, Bernard Bolze : « Notre vie en communauté a tenu plus de dix ans ! »”, Lyon Capitale, n°658, 8 avril 2008.
- « Mai 68, Michel Chomarat : « On ne parlait pas encore de gays, mais d’homos »”, Lyon Capitale, n°658, 8 avril 2008.
- « Mai 68 : Nadine Gelas raconte », Lyon Capitale, n°659, 15 avril 2008.
- « Mai 68 : Guy Darmet raconte », Lyon Capitale, n°659, 15 avril 2008.
- « Mai 68 : l’école Tournesol révolutionne la pédagogie », Lyon Capitale, n°659, 15 avril 2008.
- « Mon Mai 68, par André Gérin », Lyon Capitale, n°660, 22 avril 2008.
- « Mon Mai 68, par Daniel Véricel », Lyon Capitale, n°660, 22 avril 2008.
- « Michel Marié : « Un succédané provincial » », Lyon Capitale, n°660, 22 avril 2008.
- « Mai 68 : mystères autour de la mort du commissaire Lacroix », Lyon Capitale, n°661, 29 avril 2008.
- « Mai 68 : les temps forts à la Croix-Rousse », Lyon Capitale, n°661, 29 avril 2008.
- « 40 ans de Mai 68 : L’explosion du féminisme », Lyon Capitale, n°663, 13 mai 2008.
- « 40 ans de Mai 68 : Le drapeau rouge flotte sur la fac de lettres », Lyon Capitale, n°666, 3 juin 2008.
- « 40 ans de Mai 68 : La bande des Tables Claudiennes, anarchistes et braqueurs », Lyon Capitale, n°667, 10 juin 2008.

Le Dauphiné Libéré

Le Dauphiné Libéré, avec ses éditions locales, publie une succession de témoignages paraissant tout au long du mois de mai. Bien que les éditions locales soient également conservées à la Bibliothèque de Lyon (Le Dauphiné Libéré – éd. Grenoble ; Le Dauphiné Libéré – éd. Ardèche méridionale ; Le Dauphiné Libéré – éd. Bourgoin-Jallieu & Ville nouvelle ; Le Dauphiné Libéré – éd. Valence & vallée de la Drôme), il est possible de consulter certains de ces articles en ligne :

Le Dauphiné Libéré du 3 mai 2008 (édition 73A)

- « Souvenirs : Voyage dans la Savoie de Mai 68 »
- « Témoignages – Mai 68 : Les vendeuses de « Prisu » ont gagné un siège »
- « Témoignages – Mai 68 : Le chantier cadenassé »
- « Témoignages – Mai 68 : Privée d’école »

Le Dauphiné Libéré du 4 mai 2008 (édition 26C)

- « Où étiez-vous en Mai 1968 ? Roger Gosselin (jeune ouvrier ébéniste et militant CFDT en 68) : Une solidarité extraordinaire »
- « Que retenez-vous de Mai 68 ? » (série de témoignages)
- « Témoignage : En Mai 68, Léon Nogier tenait un hôtel en face de la Sorbonne »

Le Dauphiné Libéré du 4 mai 2008 (édition 38H)

- « Mai 68 – 40 ans après : Un certain mois de mai 68 à Grenoble »
- « Mai 68 : Tout a commencé en… mars »

Le Dauphiné Libéré du 7 mai 2008 (édition 73A)

- « Souvenirs de Mai 68 : Louis Besson (maire de Barby en 1968) : « Dans la 2 CV en écoutant le transistor » »
- « Souvenirs de Mai 68 : Christian Laville-Noel : « Tous les patrons étaient critiqués » »
- « Souvenirs de Mai 68 : Annie-France Chevallier-Didier : « J’ai accouché plus tôt que prévu » »
- « Souvenirs de Mai 68 : Alain Tardy : « J’ai tiré le billet gagnant » »

Le Dauphiné Libéré du 9 mai 2008 (édition 73A)

- « Souvenirs : « Enfin, la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise ! » »
- « Souvenirs : Mai 68 avait commencé en janvier »

Le Dauphiné Libéré du 11 mai 2008 (édition 07A)

- « Mai 68 : Le préfet de police de Paris était annonéen »

Le Dauphiné Libéré du 13 mai 2008 (édition 73A)

- « Témoignages : Deux Parisiens en vacances à Arêches… »
- « Témoignages : « J’ai passé ma licence de droit à la mairie ! » »
- « Témoignages : « Des vacances forcées inquiétantes » »
- « Témoignages : Plus d’essence »

Le Dauphiné Libéré du 19 mai 2008 (édition 38H)

- « Les souvenirs de l’ancien préfet de Police : le pavé de Maurice Grimaud »
Rencontre avec l’ancien préfet de Paris, d’origine ardéchoise, autour de la publication de ses carnets sous le titre Je ne suis pas né en mai 68 (Paris, Tallandier, 2007).

Le Dauphiné Libéré du 19 mai 2008 (édition 38C)

- « Rétro – Mai 68 : Sous les pavés… le Bas Dauphiné »
- « La Tour-du-Pin : la grève chez Clerget »
- « Roussillon : l’usine de Rhodia occupée pendant 3 semaines »

Le Dauphiné Libéré du 27 mai 2008 (édition 38C)

- « Mai 68 : Victor Acosta : « Il y avait beaucoup d’espoir » »
- « Mai 68 : Jean-Jacques Buigné : « Un bien triste mois de mai » »
- « Mai 68 : Pierre Grataloup : « Nous soutenions les ouvriers » »
- « Mai 68 : Yvon Gattaz : « J’étais furieux ! » »
- « Mai 68 : Guy Raverat : « Un mauvais souvenir » »

Autres articles de presse

- « Un nouveau Mai 68 est-il possible ? », Lyon mag, n°180, mai 2008, p.58-61.
- Besson (David), « Mai 68 : Givors, une ville en grève », Vivre à Givors, n°92, mai 2008, p.10-11.
- Fournier (Fabien), « Mai 68, témoignages d’une époque qui bascule », in Couleurs de Saint-Priest, n°187 (mai 2008), p. 18-23.
- « Maurice Grimaud : « Mai 68 s’est liquidé de soi-même » », Le Progrès, 4 mai 2008, p.4.
Interview de l’ancien préfet de police de Paris d’origine ardéchoise.
- « Mai 1968 : l’ensemble du monde ouvrier tararien était en grève », Le Progrès, 7 mai 2008.
- « Les années 68 : ce qui s’est passé, ce qui a changé », cahiers spécial du Progrès, 9 mai 2008, 24 p.
- « « Il a fallut se battre pour obtenir une université » », La Tribune, 11 mai 2008, p.9.
Professeur d’Histoire contemporaine, Jean Merly revient sur la création de l’université de Saint-Etienne en janvier 1971.
- « Mai 68 à Saint-Etienne », La Tribune, 13 mai 2008, p.9-10.
- « Mai 68 : paroles de cheminots », La Tribune, 2 mai 2008, p.6.
Interviews d’anciens syndicalistes autour des grèves à la SNCF dans la Loire et la Haute-Loire.
- « Mai 68 : Un ancien métallurgiste se souvient », La Tribune, 10 mai 2008, p.13.
Interview de Marcel Bouchet, ancien salarié dans la métallurgie à la CAFL (Compagnie des ateliers et forges de la Loire), aujourd’hui absorbée par Creusot-Loire.
- « Mai 68 vu par les élus : « J’ai passé Mai 68 sur la route » », La Tribune (éd. du Gier), 14 mai 2008, p.11.
Interview de Gérard Tardy, actuel maire de Lorette (Loire) et directeur d’une entreprise de transports frigorifiques en 1968.
- « Mai 68 vu par les élus : « Des clients étrangers menacent d’annuler leurs commandes… » », La Tribune (éd. du Gier), 30 mai 2008, p.11.
Article concernant la reprise du travail à la CAFL.
- « Roanne en Mai 1968 : jusqu’à 28000 manifestants », La Tribune, 14 mai 2008, p.11.
- « Mai 1968…que s’est-il passé dans l’Ain ? », Voix de l’Ain, 2 mai 2008, p.7-9.
- Guerry (Pierre), « Mai 68 : les « événements » en Isère », in Les affiches de Grenoble et du Dauphiné, n°4365, 2 mai 2008, p.4-6.


Mai 68 – Mai 08 : calendrier des manifestations

8 avril au 28 juin 2008

Mai-Juin 68 à Lyon
Exposition composée de photographies, mais aussi de tracts, d’affiches, de documents d’archives issus de collections publiques (dont celles des Archives départementales du Rhône, des Archives municipales de Lyon et de la Bibliothèque municipale de Lyon) et privées. Des films d’actualités de l’époque provenant de l’INA les accompagnent.
Lieu :
Bibliothèque municipale de Lyon (La Part-Dieu)
Espace Patrimoine
30 boulevard Vivier-Merle
69003 Lyon
Tél. : 04 78 72 18 00
@ email | Exposition en ligne | Catalogue (PDF)

PDF - 1.3 Mo
Mai-Juin 68 à Lyon : catalogue

26 avril 2008, de 9h à 19h.

« L’intelligence d’une ville » : Mai-Juin 68 à Lyon
Journée d’étude visant à éclairer ce qu’a été la vie à Lyon en Mai-juin 68. Elle réunit historiens, acteurs et témoins : ils s’efforceront ensemble de dépasser les idées reçues et d’écrire ce pan de l’histoire locale.
Lieu :
Bibliothèque municipale de Lyon (La Part-Dieu)
Salle de conférence
30 boulevard Vivier-Merle
69003 Lyon
Tél. : 04 78 72 18 00
@ email | Programme complet

26 avril au 28 juin 2008

Blog des « Chroniqueurs d’un jour » : Lyonnais, vous faisiez quoi en Mai 68 ?
Un jour dans l’Histoire… et c’est vous qui l’écrivez. Blog ouvert par la Bibliothèque de Lyon à partir du samedi 26 avril.
www site

28 avril au 17 mai 2008

La Boites à slogans
Ecriture de slogans dans des ateliers menés par les partenaires de la médiathèque du Bachut.
Pour que le public s’exprime lui aussi !
Lieu :
Médiathèque du Bachut – Marguerite Duras
2 place du 11 novembre 1918
69008 Lyon
Tél. : 04 78 78 12 12
@ email | www site

29 avril 2008, à 20h30

Les fissures des Empires, prélude à Mai 68
Conférence-rencontre dans le cadre du cycle 1965-1975, les années 68
Avec Mireille Fanon-Mendès-France et Bachir Ben Barka, animée par Emmanuel Terray.
Lieu :
Maison des Passages
44 rue Saint-Georges
69005 Lyon
Tél. : 04 78 42 19 04
@ email | www site

1er mai 2008, à 20h30

- Round about 1968 : 68/08, la fin des utopies ?
Création vidéo-musique-texte sur les 40 ans de 1968 : Bruno Tocanne (batterie), Lionel Martin (saxophone), Rémi Gaudillat (trompette) et Hasse Poulsen (guitare), sur des images de Nico Ticot. Co-production Imuzzic/Agapes.
- Le dos au mur (1980)
Projection du film de Jean-Pierre Thorn.
Lieu :
MJC Laennec
Salle Genton
21 rue Genton
69008 Lyon
Tél. : 04 37 90 55 90
www site | pdf

2 mai 2008, à 20h30

- Round about 1968 : 68/08, la fin des utopies ?
Création vidéo-musique-texte sur les 40 ans de 1968 : Bruno Tocanne (batterie), Lionel Martin (saxophone), Rémi Gaudillat (trompette) et Hasse Poulsen (guitare), sur des images de Nico Ticot.
Cinéaste et militant, Jean-Pierre Thon se détourne de sa carrière naissante au début des années 1970 pour entrer à l’usine Alsthom de Saint-Ouen, comme ouvrier spécialisé… En 1978, il filme la grève et l’occupation de l’usine…
- Le poing au cœur, spectacle-chanson en hommage à Colette Magny.
Un spectacle de la chanteuse Caroline Personne avec Bruno Simon (guitare), Lionel Martin (sax), Bruno Tocanne (batterie).
Lieu :
MJC Laennec
Salle Genton
21 rue Genton
69008 Lyon
Tél. : 04 37 90 55 90
www site | pdf

6 mai 2008, à 19h

Mai 68 à Lyon, de quoi s’est-on libéré ?
Soirée d’interventions, de témoignages et de débats dans le cadre du cycle 1965-1975, les années 68.
Lieu :
Maison des Passages
44 rue Saint-Georges
69005 Lyon
Tél. : 04 78 42 19 04
@ email | www site | Programme (PDF)

6 au 30 mai 2008

Exposition Mai 68
Lieu :
Médiathèque Elsa Triolet
Rue du 11 novembre 1918
69310 Pierre-Bénite
Tél. : 04 78 51 24 45
@ email | www site

7 mai 2008, de 15 à 16h

Réalisez vos affiches
Atelier peinture pour les 7/13 ans
Infos :
Sur inscription.
Lieu :
Médiathèque du Bachut – Marguerite Duras
2 place du 11 novembre 1918
69008 Lyon
Tél. : 04 78 78 12 12
@ email | www site

10 mai 2008, à 21h

La revendication en 2008, quel avenir ?
Débat organisé par l’association Poélitique dans le cadre de la manifestation Pour ne pas en finir avec « l’héritage de mai 68 » !
Ce débat public est également radiodiffusé sur les ondes de Radio Pluriel (91.5).
Lieu :
Salle de la Marmite Colbert
7 rue Diderot
69001 Lyon

10 et 11 mai 2008, de 15h à 19h

Pour ne pas en finir avec « l’héritage de mai 68 » !
Exposition réalisée par l’association Poélitique.
Lieu :
Salle de la Marmite Colbert
7 rue Diderot
69001 Lyon

13 mai 2008, de 18h30 à 20h

Putain d’usine
Rencontre avec Efix (scénariste) et Jean-Pierre Levaray (dessinateur) autour de la bande dessinée éponyme.
La rencontre est suivie d’un échange avec des membres d’associations syndicalistes et des militants de Mai 68 du 8e arrondissement de Lyon.
Lieu :
Médiathèque du Bachut – Marguerite Duras
2 place du 11 novembre 1918
69008 Lyon
Tél. : 04 78 78 12 12
@ email | www site

13 mai 2008, à 18h30

Les mouvements de jeunesse contemporains dans le miroir de mai 68, les usages médiatiques et militants de la référence
Soirée-débat animée par Charles Ramain de l’Institut CGT d’histoire sociale du Rhône et Sophie Béroud, maître de conférences à Lyon 2.
Lieu :
Archives municipales de Lyon
18, rue Dugas-Montbel
69002 Lyon
Tél. : 04 78 92 32 50
@ email | www site

13 mai 2008, à 20h

Coup pour coup (1971, 1h30)
Projection du film de Marin Karmitz.
Lieu :
MJC Laennec
Salle Genton
21 rue Genton
69008 Lyon
Tél. : 04 37 90 55 90

Du 13 mai au 30 juillet 2008

Mai 68
Exposition organisée par l’Institut CGT d’histoire sociale du Rhône et les Archives municipales de Lyon.
Lieu :
Archives municipales de Lyon
Place des Archives
18, rue Dugas-Montbel
69002 Lyon
Tél. : 04 78 92 32 50
@ email | www site

14 mai 2008, à 19h30

Pourquoi l’esprit de Mai 68 leur fait-il toujours peur ?
Film, lectures, diaporamas…organisés par le groupe Vivre Libre de la Fédération Anarchiste dans le cadre du cycle 1965-1975, les années 68 :
- Projection de Coup pour coup, film de Martin Karmitz et les ouvrières de l’usine d’Elboeuf, 1973 (1h30)
- Lecture d’extraits du livre Mondétron de A.L. Herope, éd. Thélès, 2007.
- Interventions théâtrales par Eric Zobel
- Chants et musiques engagés sur la période 1968-2008.
Lieu :
Maison des Passages
44 rue Saint-Georges
69005 Lyon
Tél. : 04 78 42 19 04
@ email | www site | Programme (PDF)

Du 14 au 30 mai 2008

Exposition d’affiches
Lieu :
MJC – Monplaisir
25 Avenue des Frères Lumière
69008 Lyon
Tél. : 04 72 78 05 70
@ email | www site

Du 14 mai au 18 juin 2008

Politique, Pop et Afri-Cola : les affiches de 68 en Allemagne
Exposition d’une trentaine d’affiches de 1968 réparties sous 3 thématiques : « Politique et société », « Art et culture » et « Musique ».
Lieu :
Goethe Institut
18 rue François Dauphin
69002 Lyon
Tél. : 04 72 77 08 88
@ email | www site

15 mai 2008, à 20h30

Les LIP, l’imagination au pouvoir de Christian Rouaud (2007, 2h)
Projection du film de Christian Rouaud suivie d’un débat en présence du réalisateur et de Charles Piaget, animateur de la grève des LIP.
Soirée-débat organisée par la Maison des Passages dans le cadre du cycle 1965-1975, les années 68.
Lieu :
Cinéma Comoedia
13 avenue Berthelot
69007 Lyon
@ email | www site | www site

15 mai 2008, à 20h30

40 ans après, qu’en est-il ?
Lecture et débat autour de discours et textes de personnalités emblématiques du théâtre public en 1968.
Par Audrey Laforce, comédienne associée au TNP.
Lieu :
Café-lecture « Les Voraces de Lyon »
2, rue Camille Jordan
69001 Lyon
www site

15 et 16 mai 2008, à 20h30

Mai 68 – Cabaret chanson
Soirée réalisée en partenariat avec le Théâtre de l’Iris
Direction Philippe Clément, Pierre Delorme, Maryane Perrone.
Tarifs :
7 et 5 €
Réservations téléphoniques à partir du 21 avril 2008.
Lieu :
Salle Gérard-Philippe
46 cours République
69100 Villeurbanne
Tél. : 04 78 85 79 97
@ email | www site

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« Mai 68 :
fantaisie dansée et chantée »
© ENM Villeurbanne

16 mai 2008, à 20h

Théâtre occupé par la Compagnie du Grabuge
Et aussi…
- Débat avec Lilan Mathieu / Université Populaire
- « Artaud 68 » avec Stéphane Naigeon
- Chanteurs : Bab-L, Antoine Gasse, M’a t’il dy, Ulrich Marcotte
- Présentations d’ateliers : « Gênes 01 » Alice Robert, Happenings « avant 68 » Florian Santos…
Infos :
Gratuit – réservation préalable
Lieu :
NTH8 / Nouveau Théâtre du Huitième
22, rue Commandant Pégout
69008 Lyon
Tél. : 04 78 78 33 30
@ email | www site

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Flyer et programme
Mai 08, Théâtre occupé
© NTH8

16 et 17 mai 2008

1968-2008 : Ruptures et continuité
Colloque. Assises de la Mémoire Gay et Lesbienne.
Lieu :
Bibliothèque municipale de Lyon (La Part-Dieu)
Salle de conférence
30 boulevard Vivier-Merle
69003 Lyon
Tél. : 04 78 72 18 00
@ email

17 mai 2008

Concours de nouvelles sur le thème « Mai 68 à Lyon »
Organisé par l’association MODALYON dans le cadre de la 7e édition du Marché de la mode.
La nouvelle primée sera publiée dans l’hebdomadaire Lyon Capitale du 20 mai 2008.
Infos :
Date limite d’envoi le 20 avril
Résultat le 17 mai à 16h30.
@ email | PDF

19 mai 2008, à 19h30

La mémoire de Mai 68 en 2008 : l’événement face à ses interprétations
Lilian Mathieu, sociologue, spécialiste des mouvements sociaux, chargé de recherche au CNRS (Centre de recherche politique de la Sorbonne, Université Paris), co-auteur du livre « Mai-Juin 68 », fera une introduction sur les façons de présenter les évènements de Mai 68 quarante ans après.
Intervention suivie d’un débat avec le public.
Lieu :
Café-citoyen « Les Tables Claudiennes »
41 rue des Tables-Claudiennes
69001 Lyon

20 mai 2008, à 18h30

Révolutions. Fin et suite : Que reste-t-il de 1789 ?
Conférence-débat de Michel Vovelle, historien.
Lieu :
Bibliothèque municipale de Lyon (La Part-Dieu)
Salle de conférence
30 boulevard Vivier-Merle
69003 Lyon
Tél. : 04 78 72 18 00
@ email

20 mai 2008, à 18h30

Mai 68 et l’actualité de la lutte sociale
Rencontre, débat, échanges. Entrée libre.
Lieu :
Foyer Ambroise Croizat
Rue du 11 novembre 1918
69310 Pierre-Bénite
www site

21 et 24 mai 2008, de 10 à 12h

Création d’affiches sur ordinateur
Atelier pour les 7/77 ans.
Infos :
Sur inscription.
Lieu :
Médiathèque du Bachut – Marguerite Duras
2 place du 11 novembre 1918
69008 Lyon
Tél. : 04 78 78 12 12
@ email | www site

21 mai 2008, 19h

Rencontre avec Lilian Mathieu et Boris Gobille
A l’occasion de la parution de l’ouvrage collectif Mai-Juin 68 en France, Ed. de L’Atelier, 2008.
Lieu :
Librairie Terre des livres
86, rue de Marseille
69007 Lyon
Tél. : 04 78 72 84 22
@ email | www site

21 mai 2008, à 21h00 et 31 mai, à 19h00

Mai 68
Cabaret Chanson (en partenariat avec l’Ecole Nationale de Musique de Villeurbanne) dans le cadre du festival « Brut de fabrique ».
Direction : Philippe Clément, Pierre Delorme et Maryann Perrone.
Lieu :
Théâtre et compagnie de l’Iris
331, rue Francis Préssense
69100 Villeurbanne
Tél. : 04 78 68 86 49
@ email | www site

22 mai 2008, 20h

Luttes de 68 à aujourd’hui
Projection de films, chansons et textes
En collaboration avec Autres Regards et Ecran Libre.
Lieu :
MJC – Monplaisir
25 Avenue des Frères Lumière
69008 Lyon
Tél. : 04.72.78.05.70
MJC Monplaisir : @ email | www site
Ecran Libre : @ email | www site

22 mai 2008

Mai 68 en quarantaine
Colloque organisé par le Laboratoire TRIANGLE de l’Ecole normale supérieure de Lyon sous la responsabilité scientifique de Boris Gobille (ENS-LSH/Triangle), Emmanuel Renault (ENS-LSH/CERPHI) et Anne Sauvagnargues (ENS-LSH/CERPHI).
Lieu :
Ecole normale supérieure Lettres et sciences humaines
15, parvis René-Descartes
69007 Lyon
www site

22 mai 2008, à 18h30

Mai 68 / Mai 08, les raisons de la colère
Débat public animé par Charles Ramain, président de l’Institut CGT d’Histoire Sociale du Rhône, avec diaporamas et interventions de personnalités.
Lieu :
Salle de conférence de la Maison du Fleuve Rhône
1, place de la Liberté
69700 Givors
Tél. : 04 78 73 70 37
@ email | www site

22, 23, 24 mai 2008

La Déclaration de Villeurbanne : 40 ans après qu’en est-il ?
3 journées de tables rondes :
- 1. L’État mécène : aide à l’initiative ou liberté relative ?
Avec Christian Schiaretti, Jean-Pierre Vincent, Emmanuel Wallon…
Débat animé par un journaliste de France Culture.
- 2. Le théâtre peut-il instituer une culture commune ?
Avec Christian Biet, Ariane Mnouchkine, Bertrand Ogilvie, Christian Schiaretti.
Débat animé par Jean-Loup Rivière professeur à l’ENS-LSH, (Études Théâtrales).
- 3. Entre le vertige de l’événement et le labeur de la continuité, quelle part pour la création ?
Avec Julie Brochen, Jean Jourdheuil, Michel Orier, Christian Schiaretti…
Débat animé par René Solis journaliste de Libération.
Lieu :
Théâtre National Populaire (TNP)
8, place Lazare-Goujon
69100 Villeurbanne
Tél. : 04 78 03 30 00
www site | Programme – PDF

22 au 29 mai 2008

Sous les pavés de Givors
Exposition à travers quelques repères historiques, des tracts émanent des comités de grève,des films d’époque et des diaporamas.
Lieu :
Hall de la Mairie de Givors
Place Henri-Barbusse
69700 Givors
Tél. : 04 72 49 18 18
@ email | www site

23 mai 2008, à 20h

Théâtre occupé par Emma Utges (marionnettes) et Vincent Bady (performances sur la haine de Mai 68)
Et aussi…
- Débat avec Daniel Colson / Université Populaire
- Jeux d’écriture proposés par Guy Naigeon
- « Artaud 68 » avec Stéphane Naigeon
- Chanteurs : Koumekiam, Nanou Valverde,
Vincent Cros
- Présentations d’ateliers : « Gênes 01 » Alice Robert Happenings « pendant 68 » Florian Santos, atelier d’Abdelslam Laroussi Rouibate…
Infos :
Gratuit – réservation préalable
Lieu :
NTH8 / Nouveau Théâtre du Huitième
22, rue Commandant Pégout
69008 Lyon
Tél. : 04 78 78 33 30
@ email | www site

30 mai 2008, de 20h à 8h

Théâtre occupé par Guy Naigeon
Et aussi…
- « Felix Peaux président » Germain Basset
- « Chansons des filles de mai » d’ Alba de Cespedes par Cécile Mathieu
- « Artaud 68 » avec Stéphane Naigeon
- Chanteurs : Noah Lagoutte, Frédéric Bobin, Mathieu Côte, Evelyne Gallet
- « Y’a pas de Mai qui tienne » Luc Not Snad
- Session Siam avec François Curtillet
- Présentations d’ateliers « Gênes 01 » Alice Robert, happenings « après 68 » Florian Santos, présentations d’ateliers « slam »…
- Nuit et fête en partenariat avec la revue Hétéroclite et l’association Middlegender
Infos :
Gratuit – réservation préalable
Lieu :
NTH8 / Nouveau Théâtre du Huitième
22, rue Commandant Pégout
69008 Lyon
Tél. : 04 78 78 33 30
@ email | www site

30 mai 2008

Hommage à Syd Barrett
Par l’ensemble Interstellar Overdrive Trio (spectacle à confirmer)
Réservations :
Tél. : 04 78 78 33 30
Lieu :
NTH8 / Nouveau Théâtre du Huitième
22, rue Commandant Pégout
69008 Lyon
@ email | www site

30 mai 2008, à 18h et 18h30

Octobre, chants de lutte et d’espoir
Fanfare du pavé et concert par Imuzzic.
Lieu :
Maison de la Danse (parvis)
8 avenue Jean Mermoz
69008 Lyon
Tél. : 04 72 78 18 18

31 mai 2008, à 21h00

Up From The Skies
Concert par les Martos, ensemble de musiques actuelles du GAMM (école de musique de Montbrison). Ils se proposent de retracer en musique les grands mouvements culturels et politiques des années 60, en Angleterre et aux USA.
Direction : Geoffroy Barthélemy
Lieu :
Théâtre et compagnie de l’Iris
331, rue Francis Préssense
69100 Villeurbanne
Tél. : 04 78 68 86 49
@ email | www site

Mai 2008

68’Art
Exposition avec le collectif d’artistes Singul’Art et la participation des enfants de l’école Jean Macé.
Lieu :
Mairie du 8e arrondissement (Atrium)
12 Avenue Jean Mermoz
69008 Lyon
Tel. : 04 72 78 33 00

Mai 2008

Mai 68
Exposition à la librairie libertaire La Gryffe.
Lieu :
Librairie La Gryffe
5 rue Sébastien-Gryphe
69007 Lyon
Tél. : 04 78 61 02 25
@ email | www site

Mai-juin 2008

Deux expositions itinérantes sur panneaux sur mai 68 (national et régional)
Plusieurs journées d’études sur l’histoire du mouvement ouvrier.
Infos :
Calendrier en cours d’élaboration.
Contact :
L’Institut d’Histoire Sociale (IHS) CGT Rhône
Tél. : 04 78 62 01 28

2 au 8 juin 2008

68… la lutte continue
Exposition itinérante sur mai 68 au niveau national proposée par le Institut CGT d’Histoire Sociale du Rhône (ISH).
Lieu :
Hall de la Mairie de Givors
Place Henri-Barbusse
69700 Givors
Tél. : 04 72 49 18 18
@ email | www site

5 juin 2008, à 19h

La pilule du lendemain quarante ans plus tard…
Conférence théâtralisée avec Géraldine Favre, Zatie Parlaku, Marie Triboulet de la compagnie de théâtre Voyages en Scène.
Lieu :
Bibliothèque du 4e arrondissement
12 bis rue de Cuire
69004 Lyon
Tél. : 04 72 10 65 41
@ email | www site

20 septembre 2008 à 15h

Conférence préparée par l’Institut CGT d’histoire sociale du Rhône
Elle sera accompagnée d’une exposition sur panneaux organisée par le Conseil de quartier Villeurbanne-Grand Clément à l’occasion des journées Européennes du Patrimoine.
Lieu :
Centre Mémoires et Société
23-25, rue Valentin Haouÿ
69100 Villeurbanne

26 et 27 septembre 2008

Mutations du genre dans les années 68
Colloque organisé par l’université Lyon 1-IUFM, l’ISH et l’UMR LARHRA.
Il s’inscrit dans un cycle de journées d’études : Les années 1968 au-delà des mythes.
Lieu :
ISH – Institut des Sciences de l’Homme
14 avenue Berthelot
69007 Lyon
Tél. : 04.72.72.64.64
@ email | www site | Programme – PDF

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