Lyon, capitale de l'étrange

- temps de lecture approximatif de 29 minutes 29 min - Modifié le 17/06/2016 par FGrignoux

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Le centre spirite Allan Kardec est sur le point d’entamer un nouveau cycle de conférences, après une interruption de quelques années. On peut s’étonner qu’il existe encore à Lyon, près de cent cinquante ans après la mort du fameux spirite, un tel centre d’étude. Mais après tout Lyon n’a-t-elle pas la réputation d’être une « capitale de l’étrange », pour reprendre le titre d’un article publié il y a quelques années ?

Rappels : L’ésotérisme est une doctrine proposant une lecture particulière d’un système donné, destinée à ses initiés.
L’occultisme désigne l’ensemble des courants spirituels et mystique de l’occident qui se développèrent au XIXème siècle essentiellement.

Sommaire

Une réputation usurpée ?
La franc-maçonnerie
Willermoz
Magnétisme
Esotérisme social
Allan Kardec
Le « Père des pauvres »
L’occultisme est un humanisme
A la Bibliothèque Municipale…

D’où nous vient le sentiment que Lyon, sous ses allures de ville commerçante et bourgeoise, dissimule une âme mystérieuse et fascinante ? Quelles manifestations concrètes possédons-nous de cette réputation ? Il suffit de s’intéresser un peu à la littérature consacrée au visage caché de Lyon pour s’assurer déjà que cette réputation est en tout cas bien réelle : Histoire secrète de Lyon et du Lyonnais de Jean-Louis Bernard, Lyon magique et sacré de Jean-Jacques Gabut, Lyon noir et secret de Jean-Christian Barbier, pour ne citer que quelques titres révélateurs de cette fascination pour les dessous secrets de ce bastion du pragmatisme bourgeois et du bon sens commerçant… Mais après tout, ce besoin d’aller chercher du mystère sous le crépi banal de nos cités n’est probablement pas exclusivement lyonnais. Toute ville d’envergure doit forcément susciter de semblables vocations, et offrir assez de bizarreries grotesques pour les alimenter.

Si l’on pousse plus loin notre exploration, nos recherches nous amènent dans les arcanes de la bibliothèque, au fond ancien pour être précis, où l’on découvre que la Bibliothèque Municipale de Lyon conserve une exceptionnelle collection touchant aux choses de l’occulte. Voilà qui est plus intéressant, et sans doute plus révélateur : quelques noms nous sont lâchés, qui appartiennent au patrimoine de la ville et sont des figures importantes de l’occultisme français. Ainsi s’y côtoient Nostradamus et Papus, Willermoz, le fameux Kardec ou bien encore le toujours très fleuri Maître Philippe. Des noms qui évoquent comme un parfum mystérieux et enivrant, l’encens se mêlant au souffre, et convoquent la trame d’un roman populaire à la Huysmans, où prêtres parjures se compromettraient avec de sinistres mages, bien décidés à arracher ses secrets à l’au-delà. Comme il devient facile, alors, de prêter un peu de foi à cette image fantasmée de ville occulte !

Mais gardons-nous d’une telle image, convoquée par un imaginaire collectif très différent de celui du siècle qui a pu l’engendrer. Ce que nous considérons aujourd’hui relever de l’irrationnel, pouvait au XIXe siècle être pratiqué avec la meilleure bonne foi du monde, et appartenir au champ d’une science en pleine mutation à l’époque. Tous ces hommes étaient-ils, comme nous aurions tendance à les considérer aujourd’hui, au mieux d’aimables timbrés, au pire de funestes charlatans ?



2Une réputation usurpée ?2

Ce qui frappe à la lecture des livres traitant des mystères de Lyon, c’est qu’ils sont à peu près tous composés de façon identique : on y retrouve traités à chaque fois les mêmes évènements emblématiques, chronologiquement, mais de façon anecdotique et complètement hétérogène sans intention de retracer une véritable histoire occulte de la ville ; si bien qu’on est laissé avec le sentiment que Lyon ne doit cette énumération d’évènements si particuliers qu’à son importance historique. Il est bien évident qu’une ville possédant son rayonnement ne peut pas faire l’économie de coïncidence de cette sorte. Ainsi, par exemple, Lugdunum, ville phare de l’Antiquité, capitale des Trois Gaules, devait nécessairement accueillir de nombreux cultes consacrés aux multiples divinités romaines de l’époque, mais on n’en a retenu en particulier que les célébrations à Cybèle qui se déroulaient sur Fourvière, et impliquaient le sacrifice sanglant d’un bœuf, et l’émasculation de ses grands prêtres.


Nostradamus
Ou cet exemple plus significatif encore : Nostradamus, le fameux « prophète » de la Renaissance, a indiscutablement contribué à façonner cette image de Lyon que nous cherchons à saisir. Pourtant, Michel de Nostredame, intellectuel du XVIème siècle, qui obtint son doctorat de médecine à la fameuse faculté de Montpellier (à l’instar de Rabelais, qu’il croisa peut-être à Lyon, tous les deux ayant exercé à peu près à la même époque à l’Hôtel-Dieu) n’attacha son destin à l’histoire de Lyon que de manière très opportune. Ces fameuses Centuries entrèrent dans la légende sous les presses de l’imprimeur lyonnais Macé Bonhomme. Si l’on se souvient qu’alors, Lyon était capitale de l’imprimerie, que les artisans du livre y étaient nombreux et très qualifiés, que les foires lyonnaises assuraient aux livres imprimés à Lyon une diffusion immédiate, il n’y a rien que de très logique à ce que Nostradamus fit le voyage de Salon-de-Provence, où il était installé, jusqu’à Lyon pour y imprimer et promouvoir son ouvrage. Rappelons que Michel de Nostredame fut également l’auteur d’un Traité des confitures et fardements, dont on n’a pas retenu s’il fut ou non publié à Lyon, ce qui semble n’intéresser personne au demeurant.

Passé le côté très anecdotique de cette énumération sans rime ni raison, entonné de concert par tous ces ouvrages, on constate malgré tout deux choses : les chapitres consacrés au XIXème siècle occupent à chaque fois une bonne moitié de l’ouvrage, et des noms qui nous sont déjà familiers font l’objet des principaux chapitres : Willermoz, Kardec, Philippe… Il y aurait donc eut, à Lyon, un « âge d’or », qui pourrait justifier sa réputation de ville occulte.

Il semble que deux caractéristiques prédisposent Lyon à devenir un centre très actif de l’occultisme à la veille du XIXème siècle : sa franc-maçonnerie, qui bien que n’ayant a priori aucun rapport avec l’occultisme, a constitué un creuset où les mouvements occultes ont pu s’épanouir, et un de ses riches négociants en soie, destiné à devenir une figure fondamentale du XIXème ésotérique, Jean-Baptiste Willermoz.



2La franc-maçonnerie2

Si au point où nous en sommes, nous nous interrogeons encore sur la face cachée de Lyon, sa face publique nous offre un cliché qui a encore la vie dure, celui d’une ville industrielle et bourgeoise, discrète plutôt que secrète. Après un Moyen Age passé à digérer doucement le rayonnement de Lugdunum l’Antique, Lyon retrouve son statut de cité commerciale européenne au XVIème siècle, avec la venue de banquiers florentins, et de marchands attirés par les nombreuses foires organisées tout au long de l’année. Pour les mêmes raisons qui avaient fait de Lugdunum la capitale des Trois Gaules plus d’un millénaire plus tôt, Lyon atteint une envergure européenne, métissée (ce qui lui vaut son surnom de « Myrelingue ») et cosmopolite. Une situation géographique exceptionnelle au centre de l’Europe, à la confluence de l’Occident et de l’Orient (qui s’incarne à présent dans les routes de la soie) voit se développer à Lyon à peu prêt tous les artisanats de l’époque. La ville brillera tour à tour dans les domaines de la banque, de l’imprimerie et, évidemment, de la soie. En même temps que se développent ces industries, une nécessité s’impose qui marquera durablement l’état d’esprit lyonnais : celle de devoir préserver son savoir-faire contre la concurrence, en développant notamment une certaine vocation pour la discrétion et le secret. Cela explique probablement pourquoi à cette époque de nombreux corps de métier suscitent la formation de guildes professionnelles où l’apprentissage est soumis au sceau du secret, et réservé aux seuls initiés. Une tradition qui servira d’inspiration aux premières congrégations maçonniques non opératiques (c’est-à-dire non professionnelles) qu’on verra éclore d’abord en Ecosse aux alentours de 1600, puis en Angleterre et dans le reste de l’Europe dans le courant du XVIIIème siècle.

En attendant, à Lyon, capitale de l’imprimerie, c’est par exemple l’Agla (Athah Gabor Leolam Adonaï, en hébreux : « Seigneur Vous êtes grand dans l’éternité ») qui regroupe les apprentis, compagnons et maîtres de la corporation du livre. Comme son nom l’indique, cette société est d’inspiration cabaliste, probablement créée sous l’influence du regard porté par la communauté Juive sur le principal ouvrage imprimé à l’époque, la Bible : le Livre des livres est construit sur une symbolique dont la cabale, mathématique sacrale, propose une clé. Il faut savoir que séculaire et religieux sont étroitement imbriqués en ses temps où il ne viendrait encore à l’idée de personne de remettre en cause l’existence divine. Reproduire la Bible relève presque de l’exercice spirituel et mystique. Difficile aujourd’hui de concevoir que la moindre activité, pour profane qu’elle fût, pouvait revêtir une dimension mystique, mais il faut bien comprendre qu’il n’y a rien de particulièrement suspect à ce qu’une corporation professionnelle incorpore des symboles et des rites qui la feraient passer pour sectaire de nos jours : l’art occulte dont elle relève porte même un nom : il s’agit d’une hiérurgie. Il n’existe alors aucune frontière entre des disciplines aussi dissemblables à notre époque que peuvent l’être les sciences et techniques, la philosophie et la religion, et tout le monde est peu ou prou mystique, de fait.


Francois Rabelais
Pour l’anecdote, Rabelais fut, dit-on, initié aux secrets de l’Agla, et truffa son œuvre de références ésotériques ; ainsi, la lettre G, assimilable à l’idéogramme alchimique du sel, et symbolisant le Nombre d’Or, est abondamment représenté dans l’œuvre du franciscain épicurien : Gargantua, Grandgousier, Gargamelle…

Ces confréries corporatistes dont l’enseignement, souvent secret, est empreint de symbolisme mystique ont très certainement inspiré la franc-maçonnerie, si elles n’en sont pas directement à l’origine. D’ailleurs, la franc-maçonnerie s’en distingue par le seul qualificatif de « spéculatif », qu’elle oppose à l’ « opératif » des loges purement corporatistes. Ainsi, si les premières loges spéculatives – c’est-à-dire philosophiques – empruntent leurs rituels et leurs secrets aux loges opératiques – c’est-à-dire les confréries de maçons dont l’Agla est un équivalent pour les métiers d’artisans imprimeurs -, il s’agit avant tout de se placer dans la filiation symbolique de tous ceux qui firent progresser, tout au long de l’histoire, l’art de bâtir.


symbole ésotérique
La franc-maçonnerie spéculative va cultiver le culte du secret, par tradition, bien que n’ayant pas grand-chose à cacher. Cette position lui vaudra d’être souvent considérée comme ésotérique, et encouragera les spéculations les plus folles quant à ses activités supposées. Pourtant c’est un motif tout différent qui lui attirera tout au long de son histoire les foudres du catholicisme : son relativisme ; les francs-maçons ne sont pas areligieux, pas plus qu’ils ne proposent de religion doctrinale (bien que la spiritualité soit omniprésente tant dans leur symbolique que dans leur philosophie), mais ils considèrent qu’aucune religion n’est plus vraie que les autres. Tout juste admettent-ils l’existence d’un « Etre suprême », grand architecte de l’Univers, qui peut s’interpréter à la guise de chacun.



2Willermoz2


Willermoz
De nos jours encore, la franc-maçonnerie cristallise un certains nombres de fantasmes paranoïaques, au point qu’il n’est pas surprenant de la voir évoquée au détour d’un ouvrage prenant pour sujet l’ésotérisme. L’amalgame est d’autant plus facile à faire que la franc-maçonnerie entretint des liens très étroits avec les différents mouvements ésotériques du XIXème siècle. Et par chance, l’un de ses plus fameux représentants, passionné d’occultisme, fut Lyonnais. Jean-Baptiste Willermoz, né en 1730, était un négociant soyeux, mais s’il rencontra dans l’exercice de son commerce un vif succès, ses intérêts l’attiraient ailleurs ; il fut en effet très actif dans le tout jeune milieu franc-maçon de l’époque : il est initié dans la franc-maçonnerie alors qu’il a à peine dix-neuf ans, en 1750. Cette année-là, la première loge lyonnaise n’est vieille, elle, que de six ans. Le jeune Willermoz est fasciné par la symbolique ésotérique développée au sein de ces congrégations. Pour un jeune homme issu de la bourgeoisie catholique lyonnaise de l’époque, aussi étrange que cela puisse paraître, la maçonnerie est une façon de pratiquer une forme de mysticisme ritualisé dans l’exercice de sa vie sociale, à une époque où le positivisme commence à tracer nettement les frontières qui vont peu à peu isoler la religion de la philosophie et de la science.

Il fait preuve de son dévouement à l’œuvre franc-maçonne en créant à vingt-trois ans la loge de La Parfaite Amitié ; dix ans plus tard, on le retrouve aux grades les plus élevés de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon, une des principales loges françaises, mais l’épisode va le faire entrer dans les figures importantes de l’ésotérisme français est encore à venir : en 1765, Willermoz s’intéresse aux théories d’un mage théurge (la théurgie est une pratique consistant à mettre l’occultisme au profit de la connaissance de Dieu), Martinès de Pasqually, qui est sur le point de fonder un ordre pour mettre en application sa doctrine. Celle-ci se base sur l’idée de Réintégration, qui séduit Willermoz. D’après Pasqually, l’Homme, banni du paradis après la faute originelle, est physiquement enfermé dans une dépouille mortelle : il reste cependant un espoir de rédemption, et de réintégration de l’état divin : celui d’accéder à la perfection intérieure. Pour cela, le pêcheur doit se soumettre à un rituel minutieux permettant d’entrer en contact avec des entités angéliques, ces opérations étant cependant réservées aux seuls initiés, ou élus « coëns » (prêtres élus). Ce qui pourrait nous paraître relever de l’obscurantisme le plus sectaire, n’est pas du tout perçu comme tel à l’époque ; les élus en questions sont recrutés parmi les classes les plus cultivées de la population : la doctrine de Martinès de Pasqually ne remet pas en question fondamentalement les connaissances de l’époque. Willermoz conçoit la doctrine coën de la réintégration comme un ésotérisme chrétien, compatible avec la foi catholique romaine.

Même si nous retenons avant tout du XVIIIème les bouleversements considérables qui ébranleront l’histoire de la pensée (ces bouleversements qui lui vaudront le nom de Siècle des Lumières), la croyance presque au pied de la lettre dans la doctrine catholique romaine demeure très dominante. L’occultisme propose à l’honnête homme une grille de lecture de la réalité qui n’est pas si éloignée de celle qu’offre la science d’alors.

Willermoz, nommé commandeur d’Orient et d’Occident de l’ordre des élus coën en 1769, fait la connaissance de Louis-Claude de Saint-Martin, secrétaire particulier de Pasqually, dont l’histoire retiendra notamment les quelques ouvrages philosophiques signés sous le nom de « philosophe inconnu ». Le décès de Martiny à Saint-Domingue en 1774, laisse à Willermoz les coudées franches. Outre-Rhin, l’engouement pour les sociétés maçonniques est au moins aussi vif qu’en France : l’une d’elle en particulier attire l’attention de Willermoz. La Stricte Observance Templière revendique une filiation avec l’ordre fameux des chevaliers du Christ, ce qui n’est probablement pas pour déplaire au négociant lyonnais. Il encourage donc son cénacle de martinistes (pour « Martinès » Pasqually) lyonnais à rejoindre la S.O.T., dont il va lui-même peu à peu devenir l’un des réformateurs. En 1778, à l’occasion d’un convent maçonnique qu’il organise à Lyon, le convent des Gaules, il fait adopter à la loge maçonnique de la S.O.T. la doctrine des martinistes ; la loge prend alors le nom de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, qualifié aussi de Rite (ou Régime) écossais rectifié (R.E.R.), un rite qui se veut chrétien et spiritualiste.



2Magnétisme2

A la veille de la Révolution, Willermoz est donc une des personnalités les plus importantes des cercles maçonniques français. En bon catholique, il a toujours veillé à concilier les rites et doctrines des ordres et des loges dont il fut un initié avec l’orthodoxie catholique romaine.

A la même époque, la science s’émancipe ; elle ne se pratique plus sous la tutelle de quelque doctrine métaphysique ou mystique, et surtout, apporte des preuves concrètes de sa légitimité : le télégraphe électrique, la première machine-outil, le bateau à vapeur ou encore la pile électrique font leur apparition au tournant de la Révolution. Le scientisme se glisse dans les façons de penser, l’expérimentation et la preuve deviennent les conditions préalables de la connaissance. Une connaissance qui n’hésite cependant pas à s’aventurer sur les terrains, à nos yeux, les plus incongrus.


Anton Mesmer
Fondé par Franz Anton Mesmer, un médecin autrichien installé à Paris en 1778, l’un des avatars de cette nouvelle science tâtonnante s’appelle le magnétisme : d’après Mesmer, tous les corps minéraux, végétaux ou organiques sont soumis à des flux d’énergie (un concept pas très éloigné de celui d’électricité qui a déjà fait ses preuves) dont la répartition harmonieuse garantie le bien-être. Une des méthodes mise au point pour rétablir l’équilibre fluidique dans un organisme consiste à appliquer un aimant sur le corps malade. Il postule également la capacité de tout homme, grâce à son magnétisme animal, d’obtenir de semblables guérisons par l’imposition des mains, qui facilitent le passage d’un fluide naturel entre la source et le receveur. Les résultats des recherches de Mesmer publiés en 1779 dans son ouvrage Mémoire sur la découverte du magnétisme animal, lui vaudront d’être vivement attaqué par la faculté de médecine, ce qui n’empêchera pas Louis XVI de nommer deux commissions pour étudier le phénomène, l’une de l’Académie des Sciences, l’autre de l’Académie Royale de Médecine, preuve de l’engouement suscité par les méthodes de Mesmer.

Afin de dissiper certain malentendu qui ont fait de lui un thaumaturge, détenteur d’un « Grand Secret » de guérison, Mesmer se décide à vendre une initiation à ses techniques. Pour cela, il fonde en 1783 une société magnétique sur le modèle des loges maçonnes, l’Harmonie Universelle, à laquelle on adhère par souscription. C’est un immense succès financier, mais cela va surtout définir un modèle pour les futures sociétés magnétiques : de nombreuses loges maçonniques vont ouvrir des « filiales » pour l’exercice du magnétisme.


Séance de magnétisme
A Lyon, c’est le chirurgien Dutreich, membre de la Bienfaisance, le rite rectifié de Willermoz, qui fonde en 1784 la société magnétisante La Concorde. Willermoz, pris de passion pour cette nouvelle discipline, devient un membre très actif de cette nouvelle congrégation. Saint-martin, membre de l’Harmonie Universelle, convertit les lyonnais à la découverte surprenante d’un disciple de Mesmer, Puységur, qui au cours de ces expériences magnétiques est parvenu à plonger un de ses malades dans un état de sommeil, au cours duquel le sujet peut néanmoins répondre aux questions qui lui sont posées, et même fournir un diagnostic de sa maladie. La Concorde s’empare aussitôt de ces découvertes et suit la voie nouvelle du « somnambulisme ». Pour Willermoz, le sommeil magnétique peut être un moyen d’atteindre la réintégration, et d’accéder à l’état que l’homme connut avant la chute. Durant ces premières années, La Concorde travaille en particulier avec un jeune sujet, Jeanne Rochette ; la jeune fille ne se cantonne pas à fournir des informations sur sa maladie, elle déclare avoir des visions de personnes décédées qui tentent par son intermédiaire d’atteindre les vivants. En 1785, il n’existe rien d’équivalent ; il faudra attendre une cinquantaine d’années pour que le terme « médium » sanctionne ce phénomène. On comprend bien l’intérêt formidable que représentent ces expériences pour le pieux et mystique Willermoz.



2Esotérisme social2

Durant la première moitié du XIXème siècle, le magnétisme cristallise quelques-uns des nombreux fantasmes d’une société alors en pleine mutation : à la fois voie thérapeutique, exploration des profondeurs de l’esprit humain, et accès aux arcanes de l’au-delà, il semble exorciser la rupture qui s’opère depuis un siècle entre science, philosophie et religion. Contre l’humanisme des lumières, il oppose un humanisme mystique à contre-courant des doctrines officielles. Raspail, médecin et chimiste à qui l’on doit la découverte des microbes, milite pour une médecine autonome à l’intention des pauvres ; convaincu par le magnétisme, il ne peut évidemment qu’être séduit : « le magnétisme s’annonce comme une œuvre de charité », dira-t-il, ajoutant que la nouvelle science est « à la portée de toutes les intelligences. » L’idée que le malade lui-même puisse être consulté pour fournir son propre diagnostic, est une leçon d’humilité clairement destinée à la médecine officielle.

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Les canuts

A Lyon, la déflagration de la Révolution a mis la ville à genou ; Lyon paye chèrement son hostilité à la Convention, puisque l’armée républicaine a été sur le point de la raser. Mais d’un mal naîtra un bien : la ville jusqu’alors crispée derrière ses remparts, connaît une renaissance fulgurante. Pour répondre à une industrie en pleine expansion (le métier Jacquard est inventé en 1804), la ville se propage sur la colline de la Croix-Rousse. Le monde ouvrier connaît un développement sans précédent. L’industrie de la soie produit néanmoins des ouvriers aspirant à la bourgeoisie, plus que prolétaires : les canuts sont des ouvriers hautement qualifiés, souvent éduqués, possédant d’eux-même une conscience affirmée ; ils voient d’un très mauvais œil le machinisme naissant et la production de masse, et revendiquent un corps professionnel particulier, la « caste des travailleurs ». C’est ce monde ouvrier qui va fournir au magnétisme sa force sociale et en faire un mouvement d’émancipation intellectuelle. Le magnétisme symbolise une alternative aux voies d’accès officielles au savoir, d’autant plus que les organes institutionnels le considèrent avec le plus vigoureux mépris, luttant pour la suprématie du corps médical. Mais les nombreuses plaintes déposées pour exercice illégal de la médecine à l’encontre des occultistes magnétiques ne contribuent qu’à renforcer son influence dans cette nouvelle classe moyenne…



2Allan Kardec2

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Allan Kardec

L’engouement pour le magnétisme, son intégration aux cercles intellectuels et industriels de la franc-maçonnerie prépare la France à la prochaine révolution ésotérique. Une fois de plus, Lyon va s’y trouver opportunément associée. C’est à Lyon, en effet, que naît Hippolyte Léon Denizard Rivail en 1804. Ses parents l’envoient étudier en Suisse, à Yverdon, dans l’établissement d’un fameux pédagogue, Pestalozzi, qui met en pratique les principes de l’Emile de Rousseau. Rivail semble avoir été sensible à cet enseignement, puisqu’il en reprend les principes pour fonder à Paris une « école » semblable à celle d’Yverdon. Sa vocation de pédagogue le pousse à l’écriture d’un certain nombre d’ouvrages destinés à réformer l’enseignement français. A l’âge de cinquante ans, après presque quarante ans consacrés à la pédagogie, il découvre un phénomène alors en vogue dans les salons bourgeois depuis quelques années : les tables tournantes.

Venu des Etats-Unis, où le phénomène prend naissance en 1848, engendré par le retentissement énorme du récit détaillant les manifestations étranges qui se sont déroulées dans une maison hantée à Hydesville, ce phénomène est très vite adopté par la bourgeoisie française, qui y voit là matière à d’aimables divertissements. Mais si Rivail accorde quelque intérêt à ces manifestations, c’est dans l’intention de les soumettre à la rigoureuse analyse de son rationalisme : « j’appliquais à cette nouvelle science, comme je l’avais fait jusqu’alors la méthode de l’expérimentation. » A l’époque de tels phénomènes ne semblent pas heurter plus que ça la raison des hommes de science, pour lesquels n’importe quel phénomène peut être soumis à une grille d’analyse scientifique rigoureuse : la science doit pouvoir tout expliquer.

Sans doute, Rivail acquît-il une certaine reconnaissance dans ce domaine, puisque l’Académie des sciences le charge de l’étude d’une cinquantaine de cahiers recensant les comptes-rendus de communications spirites accumulés depuis cinq ans. Ce travail va lui servir à élaborer la première édition de son Livre des Esprits, publié en 1857 sous le pseudonyme d’Allan Kardec, nom qu’un esprit lui révéla avoir été le sien lors d’une précédente incarnation. Cet ouvrage va faire immédiatement référence et être considéré dans le monde entier comme la codification du spiritisme : elle pose pour principe fondateur la théorie des Esprits, créés simples et ignorants par Dieu, mais évoluant en sagesse et en science à travers la vie spirituelle et corporelle : on devine là l’influence du pédagogue humaniste, pour qui le salut est à la portée de tous par la voie de l’éducation. Le succès du livre invite Kardec à créer la Revue Spirite qui va l’imposer comme le chef de fil du mouvement alors en pleine effervescence.


HuglaBougie
L’impact de l’enfant du pays sur la ville de Lyon va être retentissant ; même si Kardec ne vit plus à Lyon, son influence y est énorme. Kardec effectue trois voyages à Lyon entre 1860 et 1862. A chaque fois, il constate l’engouement grandissant du mouvement spirite dans sa bonne ville. En 1860, c’est à quelques centaines qu’on estime la population spirite à Lyon, un an plus tard, Kardec évoque un nombre de spirites lyonnais qui s’élèverait à 5 ou 6000 âmes, et lors de son dernier voyage c’est avec 20 à 30 000 spirites qu’il faut compter. La Revue Spirite se fait l’écho de ces déplacements, constatant que Lyon apparaît comme le centre spirite le plus important de France, ce qu’elle explique par l’enthousiasme rencontré par le spiritisme dans les classes ouvrières de la ville.

L’industrie de la soie traverse une crise grave, et les conditions de vie des ouvriers canuts sont difficiles ; le spiritisme s’est épanoui sur les traces du magnétisme, embrassant une vocation d’humanisme social très semblable ; quelques mois avant le troisième voyage de Kardec à Lyon, par exemple, la société parisienne d’étude spirite avait organisé une souscription en faveur des ouvriers lyonnais dans le besoin. La classe populaire la plus éduquée rechigne à se tourner vers l’Eglise officielle, qu’elle considère comme abusant de ses privilèges. Le divorce de l’Eglise et de l’Etat est déjà en gestation dans l’esprit des citoyens français, qui cherchent à satisfaire leur soif de spiritualité en dehors des cadres dogmatiques d’une institution dont ils se méfient. L’ « école mystique lyonnaise », qui allie le néo-traditionalisme à l’illuminisme, et porte haut les couleurs d’un humanisme catholique, témoigne peut-être des mêmes besoins, et, dans ses aspirations, n’est pas très éloignée des mouvements occultes, qui ont pu rencontrer, parmi les classes ouvrières de Lyon, une si vive adhésion au cours du XIXème siècle. Il convient de noter la contradiction entre la prolifération de mouvements religieux, parfois d’inspiration catholique, et la constante minorité, en terme de représentation politique, de l’Eglise officielle.



2Le « Père des pauvres »2

La séparation de l’Eglise et de l’Etat est consommée en 1905, à l’aube du nouveau siècle. La même année, Anthelme Nizier Philippe est enterré au cimetière de Loyasse. Sa tombe reste, de nos jours encore, la plus fleurie du cimetière, preuve, s’il en fallait, de l’impact que le Maître Philippe, ou Monsieur Philippe comme on l’appelait plus volontiers, eut sur Lyon. Le centenaire de sa mort a encore très récemment attiré l’attention sur la vie de ce guérisseur qu’on assimile un peu vite à l’occultisme lyonnais. Car Philippe n’était ni un mage, ni vraiment un thaumaturge, mais un mystique profondément pieux, persuadé de n’être qu’un instrument entre les mains de Dieu. Ses séances de guérison, qui drainent parfois plus d’une centaine de personnes, il les consacre en grande partie à transmettre à ses « ouailles » les valeurs de l’évangile et la parole du Christ. En d’autres circonstances, l’Eglise aurait pu en faire un saint, mais, à l’instar de Pauline Jaricot, il fut relativement méfiant à l’égard de l’orthodoxie catholique romaine, incarnant davantage le caractère à la fois mystique et social de l’« école mystique de Lyon », et se démarquant délibérément de l’Eglise institutionnelle, notamment dans ses relations, comme on va le voir.

Philippe arrive à Lyon en 1863 à l’âge de quatorze ans pour apprendre le métier de boucher avec son oncle. Curieux de nature, avide de savoir, il prend des cours chez les maristes, et obtient un certificat de grammaire. Très tôt, il acquiert la réputation de posséder des pouvoirs de guérisseur ; à l’époque Lyon est encore sous l’emprise de la fièvre spirite, et il trouve naturellement un écho favorable à sa pratique peu orthodoxe de la médecine parmi la population de canuts. Cependant, il va vite connaître ses premiers déboires avec la médecine officielle : il prend soin de produire devant notaire des décharges sous forme de témoignages signés par ses patients pour se couvrir des accusations d’exercice illégale de la médecine portées contre lui. En 1874, il s’inscrit comme officier de santé à l’Hôtel Dieu, mais sa pratique très particulière de la médecine lui vaut de se voir refuser le renouvellement de son inscription.

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Monsieur Philippe

Sa réputation de guérisseur va grandissante : il fait preuve d’une grande humilité, et refuse généralement d’être payé pour ses services. La mort de Kardec en 1869, puis la guerre contre l’Allemagne ont sérieusement entamé le mouvement populaire spirite ; les groupes se sont isolés, et le phénomène se marginalise sous l’effet de la répression organisée par le proconsul Ducros, délégué à Lyon par le gouvernement de l’Ordre Moral. D’une certaine manière, Philippe reprend le flambeau, en incarnant à son tour les fantasmes cristallisés par le mouvement spirite.

Son mariage avec la fille d’un riche industriel lyonnais, Jeanne Landar, en 1877 va le mettre à l’abri du besoin, et lui laisse le loisir de se consacrer à son art. Et surtout, il peut se permettre d’exercer gratuitement, ce qu’il fait dans un hôtel particulier acheté au 35 de la rue Tête d’Or, en pleine ville. C’est là qu’il recevra les laissés pour compte de la médecine officielle, les malades en panne d’espoir, ou simplement des gens venus assister à ses harangues évangélistes. Sa réputation à Lyon est faite, mais son aventure ne s’arrête pas là.

A la fin du siècle, Philippe fréquente le docteur d’Encausse, autrement connu sous le nom de Papus, arrivé à l’occultisme (on le décrit volontiers comme le Balzac de l’occultisme) après avoir été matérialiste convaincu, comme l’étaient beaucoup de jeunes enthousiastes de la science à la fin du XIXème. Le médecin occultiste, à cette période de sa vie, incline à une sorte de mysticisme christique : encouragé par son ami Marc Haven, gendre du mystique de Lyon, il trouve en Philippe le maître qu’il cherche, et ne le quittera plus.

Papus a à peine 25 ans, en 1887, lorsque, pour rénover le martinisme, il fonde un Ordre Martiniste. Mais il n’est pas le premier de la longue lignée des disciples de Martinès de Pasqually à perpétuer la mémoire du maître. Joseph de Maistre avait créé, au cours de son séjour en Russie entre 1802 et 1816, un Centre Martiniste qui allait avoir une influence considérable sur l’aristocratie russe au cours du XIXème siècle, en grande partie parce que la franc-maçonnerie y étant interdite, les loges martinistes permettaient d’en perpétuer les rites. Les relations entre la France et la Russie, cordiales à la fin du XIXème siècle, se concrétisent par les accords Franco-russes de 1891, et le tsar effectue plusieurs voyages politiques en France ; son premier déplacement en 1896 lui offre l’occasion de tisser des liens avec le milieu martiniste français, et notamment avec Papus, avec qui il va entretenir une relation épistolaire.

Papus ne cesse de vanter les mérites de son mentor Philippe à la cour du tsar, tant et si bien qu’il convainc certains membres de la famille impériale de faire le déplacement jusqu’à l’Arbresle pour rencontrer le thaumaturge. Ceux-ci reviennent enchantés de leur rencontre. Le tsar profite d’un voyage à Compiègne en 1901, pour croiser enfin cet homme dont la réputation fait tant parler sa cour. Visiblement les deux hommes se plaisent : Philippe est invité à Saint-Pétersbourg. Il prend rapidement sur Nicolas II et son épouse une ascendance importante, occupant une place qu’un autre personnage auréolé de mystère occupera quelques années plus tard : Raspoutine. Philippe va effectuer plusieurs séjours en Russie en 1901 et 1902, non sans soulever beaucoup d’inquiétude de la part du gouvernement français, qui s’est vu interpelé par le tsar pour que Philippe obtienne un doctorat de médecine et ne comprend pas l’intérêt du tsar pour le thaumaturge, autant que des russes eux-mêmes : l’Eglise orthodoxe russe est très contrariée par l’emprise de ce « mage » sur le couple impérial. Finalement, le lyonnais doit quitter Saint-Pétersbourg, mais il restera toute sa vie durant en contact épistolaire avec la cour impériale. Cet épisode russe marquera cependant pour Philippe le début d’une surveillance policière oppressante : son courrier est ouvert, des policiers sont en faction permanente devant le domicile lyonnais de la rue Tête d’Or où il reçoit ses malades.

Sa fille Victoire, épouse du docteur Lalande, dit Marc Haven, meurt prématurément à l’âge de 26 ans. Son père, qui l’adorait, ne s’en remet pas et la suit de peu dans la tombe en 1905. Ses amis et disciples, pour certains d’anciennes figures de l’occultisme convertis à l’évangélisme de Monsieur Philippe, perpétuent sa mémoire pendant la première moitié du XXème siècle, dans des ouvrages ou conférences, fondant aussi des associations, comme l’Entente Amicale Evangélique.



2L’occultisme est un humanisme2

Au terme de ce rapide tour d’horizon sur un sujet qui demanderait qu’on s’y attarde davantage, on comprend mieux ce mot de Michelet : « Lyon est la ville la plus matérialiste et la plus mystique de France. »

Mais si on peut affirmer que Lyon fut une ville importante pour l’occultisme français, il faut peut-être remettre en question l’image que l’occultisme évoque à l’honnête homme de notre époque. Pour l’homme épris de raison du XXIème siècle, l’ésotérisme relève d’une littérature sensationnaliste, des mystères d’opérette imaginés par les feuilletonistes d’antan. Bref, ça ne fait pas très sérieux.

On pourrait évoquer brièvement ici un épisode lyonnais qui contribua sans doute beaucoup à asseoir cette image sulfureuse d’un Lyon occulte : l’abbé Boullan, prêtre dévoyé aux mœurs très peu orthodoxes, instigateur de multiples sectes pseudo-sataniques où il pouvait satisfaire un appétit sexuel débordant, vécu ses derniers jours à Lyon, succédant en 1875 à Vintras, un ancien contremaître qui, après une visite de l’archange Saint Michel, s’imagine bien futur primat des Gaules, et sous le titre de prêtre rouge s’attache une petite réputation à Lyon. Boullan, serré dans la robe rouge de Vintras, annonce la fin du règne du Christ de Douleur, et l’apothéose d’une nouvelle forme de béatitude, l’ivresse dionysiaque. De telles affirmations ne peuvent qu’attiser la curiosité d’occultistes parisiens, dont Guaïta et Wirth, qui, initiés par Boullan, finissent par se retourner contre lui, et se posant en « juges initiatiques » le condamnent sans appel. C’est le début d’une « guerre d’envoûtements » qui va trouver un écho un peu particulier en s’incarnant sous la plume de Huysmans, l’écrivain s’inspirant de l’abbé Boullan pour créer le personnage central de son roman Là-bas. Voilà Lyon au centre d’une affaire sulfureuse ayant inspiré un roman au succès retentissant !

Pourtant il serait dommage de s’arrêter à cette image un peu racoleuse, parfois entretenue à dessein par la littérature sur le sujet, qui voudrait que Lyon possédât une véritable tradition ésotérique ; héritée peut-être, entend-on parfois, d’une situation géographique symboliquement très forte, à la confluence de deux fleuves incarnant les principes de la masculinité et de la féminité, ou encore de traditions antiques, issues du paganisme, qui auraient survécues en cachette à l’hégémonie du catholicisme romain. Ce serait passer à côté de l’essentiel.

Si Lyon a été le théâtre privilégié des grands mouvements occultes du XIXème siècle, elle le doit à deux circonstances : d’une part l’influence d’un négociant lyonnais du XVIIIème passionné de mysticisme, à l’origine de l’émergence à Lyon d’une franc-maçonnerie crypto religieuse, qui allait préparer le terrain d’un humanisme mystique. D’autre part, les conditions sociales d’une ville industrielle en crise qui allait fournir à cet humanisme le terreau pour se propager. Ces sciences occultes, qui nous semblent vues d’ici les manifestations d’un illuminisme un peu grotesque passaient à l’époque pour ordinaires, et pas forcément en contradiction avec le savoir de l’époque. Elles sont pratiquées par des hommes de science, même si elles restent suspectes aux yeux de la science officielle ; pour cette raison justement, elles rencontrent un écho positif dans une frange de la population qui, dépassée par le positivisme radical de l’establishment, refuse cependant de se tourner vers une Eglise encore très dogmatique.

En elles s’incarnent un mouvement idéologique, plus que réellement mystique, une réaction qu’on devine également dans le regain d’intérêt de l’époque pour le mystère, qui s’épanouira avec le romantisme…



2A la Bibliothèque Municipale…2

Papus a accumulé durant son existence une somme impressionnante de documents sur l’occultisme, et en particulier les propres archives de Willermoz, rituels, cahiers de grades, réglements de Loges, registres de séances, correspondances officielles ou intimes. L’essentiel du fond Willermoz de la BML provient des archives de Papus, acquises auprès du libraire qui les avait achetées à sa veuve en 1934 (le reste provient des collections du colonel Emmanuel Bon).

La Bibliothèque possède en dépôt le fond Philippe Encausse, fils de Papus, depuis 1985. Auxquels viennent s’ajouter d’autres fonds sur l’ésotérisme, comme le fonds Bricaud, le fonds Fugairon ou le fonds Chomarat, et des documents isolés (le registre de la Grande Loge de Lyon, la « maçonnerie égyptienne » de Marc Haven, ou des manuscrits de Nostradamus).

Pour un aperçu des collections occultes de la Bibliothèque, on se réfèrera au tapuscrit de Robert Amadou, L’occulte à la Bibliothèque municipale de Lyon, qui quoiqu’un peu ancien (il date des années 80) est très fourni.

Bibliographie.

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