Derrière les murs : de nouvelles perspectives

Industrialisation et patrimonialisation des lieux d’enfermement : l’exemple des prisons de Lyon et sa région

- Modifié le 29/07/2016 par La Documentation régionale

A l'occasion des 32e Journées Européennes du Patrimoine tournées cette année vers le patrimoine du XXIe et à l'heure où s'ouvre le nouveau campus lyonnais sur l'ancien site des prisons de Perrache, nous vous proposons un tour d'horizon des prisons de Lyon et de sa région périphérique, depuis 2009, année charnière dans le paysage carcéral régional.

Prison Saint-Paul et Saint-Joseph de Lyon, 2002 Copyright Marcos Quinones - (Base Photographes en Rhône-Alpes - Collection BML)
Prison Saint-Paul et Saint-Joseph de Lyon, 2002 Copyright Marcos Quinones - (Base Photographes en Rhône-Alpes - Collection BML)

Sommaire

1. Une nouvelle époque de grande construction pénitentiaire
-La maison d’arrêt de Lyon-Corbas : une prison ultra-moderne du XXIe
-Le centre pénitentiaire de Bourg en Bresse : un établissement mixte pour la région
-Meyzieu : une prison spécialisée dans l’accueil des mineurs
2. La métamorphose des anciennes prisons lyonnaises
-Une seconde vie pour les prisons Saint Paul et Saint Joseph : le projet « VIE GRANDE OUVERTE »
-La prison Montluc : haut lieu de la mémoire nationale

La prison Saint-Joseph (Collection BM Lyon)

Préambule

L’histoire des prisons de Lyon a fait l’objet ces dernières années de trois articles que nous vous proposons de relire en avant propos de ce dossier :
-2010 : Prison de Montluc : un nouveau lieu de mémoire
-2009 : Les prisons de Lyon se font la belle
-2006 : Une nouvelle année pour les prisons de Lyon

D’autre part, depuis ces trois synthèses, un important ouvrage est paru en 2013, Prisons de Lyon, une histoire manifeste,
dirigé par le plus célèbre militant lyonnais de la cause des prisonniers, fondateur de l’Observatoire international des prisons (OIP) en 1990 : BERNARD BOLZE. L’ouvrage de 224 pages est plein d’anecdotes. Il balaye l’histoire des prisons lyonnaises sur un siècle et demi grâce à de multiples contributions. Il est illustré de très belles photos.

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Du mardi 22 septembre au samedi 24 octobre 2015, la bibliothèque municipale du 2e propose « Mémoire et histoire des prisons de Lyon« , un programme sur l’histoire de la ville de Lyon et des ses prisons, à travers trois rendez-vous dont une rencontre-débat avec Bernard Bolze le jeudi 15 octobre.

1. Une nouvelle époque de grande construction pénitentiaire

A Lyon et en Rhône-Alpes, les nouvelles prisons construites à la fin des années 2000 sont aujourd’hui bondées et connaissent des accès de violences inquiétants. La création de ces prisons n’a pas endigué la surpopulation carcérale, à en voir les chiffres 2014 ci-dessous :

Établissement Capacité Nombre de détenus Densité carcérale
Lyon Corbas 688 876 128%
Perrache 431 600 139%
Bourg en Bresse 388 445 114%

Source : En Rhône-Alpes, la prison est à la peine / Lyon Capitale n°720, mars 2013. Données 09/2014 du Ministère de la Justice.

En cause, l’accroissement démographique et de la délinquance mais incontestablement aussi celui des sanctions pénales prononcées. Malgré la succession des programmes de construction de nouvelles prisons (1987, 1996, 2002 et 2012) avec des renforcements très sensibles en matière de sécurité, la prison de demain reste à réinventer pour être plus humaine et moins coûteuse. La maison d’arrêt de Lyon-Corbas : une prison ultra-moderne du XXIe. En 2000, suite à la proposition de l’ancien garde des Sceaux, Robert Badinter, suggérant la création d’une commission parlementaire au Sénat sur les conditions de détention en France et de la publication de l’ouvrage de Véronique Vasseur, Médecin-chef à la prison de la Santé, la section française de l’OIP, réclame que soient fermés les plus vieux établissements comme Lyon qui doivent donc disparaître au profit des centres modernes.

A partir de ce moment là, la perspective d’un transfert des prisons de Lyon sur un site qui reste encore à trouver met un frein à toute rénovation des anciens bâtiments.Construites respectivement en 1831 et 1865, les prisons Saint-Joseph et Saint-Paul ont fait parler d’elles durant des décennies pour leurs conditions d’incarcération déplorables. A tel point qu’on les a surnommées « la marmite du diable ».En mai 2009, les détenus sont transférés vers la maison d’arrêt de Corbas, passant d’édifices vétustes du XIXe à des bâtiments flambants neufs dotés de la technologie de pointe du XXIe.Maison d'arrêt - Lyon Corbas 69 - ©Studio_Gaudin_Ramet Ce transfert concernant 436 détenus, effectué sous haute protection et sans incident, sera la plus importante opération de ce type jamais réalisée en France.Dès octobre 2009, un rapport de visite de la maison d’arrêt est publié par une équipe du Contrôleur général des lieux de privation de liberté : il fait le constat d’un établissement bien équipé mais déjà en proie à des difficultés de surpeuplement et de déliquescence du lien social dû à un déficit de communication et à un surcroit sécuritaire. Tous les occupants de l’établissement de Corbas regrettent les rapports humains qui s’établissaient au quotidien sur l’ancienne maison d’arrêt de Lyon Perrache.

Pour en savoir plus :

-Deux articles du Progrès de Lyon disponibles sur Europresse :

  • Plombée par le nombre de suicides, la prison veut se faire exemplaire / G. M., Le Progrès – Lyon du 4 juin 2015
  • Inédite immersion au coeur de la maison d’arrêt de Corbas / Geoffrey Mercier, Le Progrès – Lyon du 4 juin 2015

-A la prison de Corbas, un « détenu journaliste » a enquêté sur les prix de la nourriture (article) / Margot Hemmerich, Rue89 Lyon, 20 juillet 2015

-Corbas ou l’échec des prisons modèles ? (article) / Maxence Kagni, Libération, 15 mars 2013

-Prisons de Lyon-Perrache : entrez dans la « marmite du diable » (article) / Leïla Piazza, Rue89 Lyon, 14 sept 2012

-Le transfèrement des prisons de Lyon à celle de Corbas (vidéo) / TV 3 mai 2009

 

Le Centre pénitentiaire de Bourg en Bresse : un établissement mixte pour la région

[Définition : Un centre pénitentiaire est un établissement qui comprend au moins deux quartiers à régimes de détention différents (maison d’arrêt, centre de détention et/ou maison centrale)]

Le centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse ouvert le 21 février 2010 fait partie, avec Mont-de-Marsan et Rennes-Vezin-le-Coquet, d’un groupe de trois établissements de 690 places chacun, qui s’inscrit dans le programme de construction de 13 200 places de détention prévu dans le loi d’orientation et de programmation pour la Justice (LOPJ) du 9 septembre 2002. Très proche du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan par ses caractéristiques : même capacité, surface construite et budget, le centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse a été réalisé dans le planning prévu.
L’arrivée des détenus au dernier trimestre 2009 a permis de fermer la maison d’arrêt vétuste du centre ville. Comme pour les deux autres établissements du groupe de trois, la construction de ce centre pénitentiaire a été confiée en conception/réalisation au groupement Huidobro/C+H+/A5 architectes et au groupe Bouygues.Prison de Bourg-en-Bresse / Archi-guideDans cet établissement, une attention particulière est apportée au maintien des liens familiaux. Le centre pénitentiaire est conçu pour offrir aux familles de personnes détenues et aux visiteurs de meilleures conditions de visite via l’existence de 32 cabines lumineuses de parloirs familles, d’une salle réservée aux visites organisées par le relais enfant parent et de 3 unités de vie familiale (UVF), de petits appartements meublés situés à l’extérieur de la détention permettant de recevoir des visites de familles ou de proches pendant une durée allant de 6 à 72 heures sans surveillance continue de personnel pénitentiaire.Au printemps 2012, l’ouverture du quartier de semi Liberté de Bourg en Bresse a permis la mise en œuvre d’un dispositif de formation aux métiers de la nature et du patrimoine bâti, permettant à des détenus sans emploi, éligibles à une mesure de semi liberté, de pouvoir bénéficier d’un aménagement de peine. Ce module, piloté par les Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation(SPIP) en lien avec les magistrats chargés de l’application des peines, se déroule sous forme de chantiers d’insertion assurés par le CFPPA Les Sardières.

Vidéo sur la Réforme pénale : la parole aux détenus / Reportage sur BFMTV, 3 juin 2014

 

Pour en savoir plus :

-Plaquette de présentation du centre de détention de Bourg en Bresse/ Agence publique pour l’immobilier de la justice (APIJ)

- Zoom sur le nouveau centre pénitentiaire de l’Ain à Bourg-en-Bresse (article) / Le Bâtiment et les Travaux Publics dans le département de l’Ain, Livre blanc 2008, p. 18
A côté de ces nouvelles prisons (maisons d’arrêt, centres de détention), les établissements pour mineurs répondent à d’autres objectifs.

 

Meyzieu : une prison spécialisée dans l’accueil des mineurs

Les centres éducatifs fermés (CEF) et les établissements pour mineurs (EPM) ont été définis et mis en œuvre par la loi d’orientation et de programmation pour la justice (LOPJ) dite « Perben 1 » du 9 septembre 2002. Leur conception est donc récente. Ils sont destinés à diversifier les réponses pénales à la délinquance des jeunes. Les EPM accueillent de jeunes détenus, âgés de 13 à 18 ans. Tout en intégrant les exigences de sécurité carcérale, ils placent l’éducation au cœur de la prise en charge de ces mineurs. Chaque EPM bénéficie de personnels de surveillance et d’éducation spécialisés.JPEG - 86.7 ko L’EPM de Meyzieu s’inscrit dans le plan de construction des six établissements pénitentiaires spécialisés dans l’accueil des mineurs incarcérés décidé par la Loi d’Orientation et de Programmation pour la Justice du 9 septembre 2002. Mis en service le 13 juin 2007, l’EPM du Rhône conçu par Vurpas Architectes associés est spécifiquement adapté à l’accueil de 60 jeunes détenus.La Chartreuse, espace clos dont les remparts abritent les logements des moines, a inspiré les architectes qui l’ont traduit pour l’EPM par un concept de « mur d’enceinte habité ». D’une surface de 6880 m2, il s’étend sur 4,3 hectares. L’établissement offre une zone d’hébergement composée de 7 unités de vie, un pôle socio-éducatif, un plateau sportif, un pôle médical, une zone de visite familiale et une zone administrative avec des locaux de restauration, d’hôtellerie et de maintenance. Il est construit autour d’un terrain de foot. L’administration pénitentiaire y travaille en partenariat avec la Protection Judiciaire de la Jeunesse, l’Éducation nationale, le service de Santé et le partenaire privé (SODEXO).Trois évènements majeurs, de gravité différente, vont marquer d’une empreinte durable la vie de l’établissement :

  • le saccage d’une partie des locaux dans les jours suivants l’ouverture
  • l’agression, suivie d’une hospitalisation en janvier 2008, d’une surveillante
  • le suicide, en février 2008, de Julien, âgé de 16 ans

Les difficultés récurrentes ont plusieurs origines :

  • surpopulation
  • inexpérience des surveillants et des éducateurs dans la prise en charge de mineurs
  • importante vacances de postes
  • mésestime de la part de la PJJ pour ce type d’établissement

 

 

Pour en savoir plus :

-EPM de Meyzieu : une vocation éducative grignotée par le sécuritaire (article) / Dedans Dehors, N°87 Avril 2015

-La prise en charge des mineurs. L’appréhension de l’ambivalence des liens familiaux, un défi pour l’Administration Pénitentiaire dans la lutte contre la récidive (Mémoire)/ Kathleen Renaudeau, Mémoire de recherche et d’application professionnelle, Ecole nationale d’administration pénitentiaire, mai 2013

-Que faire des établissements pénitentiaires pour mineurs ? (article) / Lien social, n°1036, 27 octobre 2011

-Les établissements pénitentiaires pour mineurs (vidéo) / Série vidéo « Justice des mineurs » 7, juillet 2011

-Les lieux de privation de liberté réservés aux mineurs (rapport) / Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Rapport d’activité 2010, ed Dalloz 2011, p.5-13

-Meyzieu, une prison interdite aux plus de 18 ans (article) /Libération, 10 mars 2007

-Discours d’inauguration : Pascal Clément, garde des Sceaux, inaugurant le premier établissement pour mineurs à Meyzieu Rhône, le 9 mars 2007

 

2. La métamorphose des anciennes prisons lyonnaises

Les prisons de Lyon ne sont pas des prisons ordinaires. Klaus Barbie y a sévi, Max Barel, Emmanuel Mounier, Jean Moulin, Raymond Aubrac et de nombreux résistants y ont été emprisonnés, torturés, voir même exécutés.
Les anciennes prisons de Perrache et de Montluc auraient pu disparaître, rasées. Mais il n’en fut rien par la volonté de nombreux lyonnais, professionnels de la culture et anciens résistants.

Une seconde vie pour les prisons Saint Paul et Saint Joseph

En étant voisines, les prisons Saint-Joseph (maison de correction) et Saint-Paul (maison d’arrêt) constituent, cas unique en France, un catalogue grandeur nature des deux courants majeurs de l’architecture carcérale du XIXe, Saint-Joseph étant construite sur un plan en grille tandis que Saint-Paul, une génération plus tard, est élevée sur un plan en étoile dit plan panoptique. Par ailleurs, les prisons de Perrache forment avec la brasserie Georges (1836), la gare de Lyon-Perrache (1855), l’église Sainte-Blandine (1863), le groupe scolaire (1883), la gendarmerie (1886) et l’hôtel Terminus-Château Perrache (1906), un ensemble architectural et urbain du XIXe, cohérent et de grande qualité.

Pour approfondir l’histoire des prisons de Perrache d’un point de vue patrimonial, consulter en ligne sur la Base de données Gertrude, les deux dossiers sur les Prisons de Perrache réalisés par l’Inventaire général du patrimoine culturel de la Région Rhône-Alpes en 2001 :

-Dossier : Prison de Perrache, puis prison Saint-Joseph

-Dossier : Prison Saint PaulLa mobilisation d’habitants du quartier et d’organisations locales telles que le Conseil de quartier Perrache-Confluent, attachées à la mémoire de ces lieux, va permettre les actuels projets de reconversion des prisons de Perrache : les bâtiments des anciennes prisons ne seront pas entièrement démolis.

Vidéo Lyon Capitale : Saint-Paul, de la prison à l’université, 2012

Cette reconversion des anciennes prisons Saint-Joseph et Saint-Paul et leur sauvegarde partielle, qui n’allait pas d’elle-même car l’enjeu foncier été fort sur ces deux hectares ouverts sur la gare de Perrache et le Rhône, participe de l’actuel chantier d’envergure qu’est Lyon Confluence. Ce qui fut d’ailleurs déjà le cas lors de l’implantation de la prison de Perrache dont les premières études de 1823 à 1829 furent liées à des projets d’urbanisme du quartier.Le projet retenu pour donner une vie nouvelle à l’ancien quartier de « derrière les voûtes », est porté par 4 partenaires, associés au promoteur-aménageur OGIC et au mandataire SOFADE :

- L’Université catholique de Lyon

- L’association Habitat et Humanisme

- L’association La Pierre Angulaire

- L’OPAC du Rhône

PNG - 1.1 MoLa reconversion des prisons de Perrache a débuté à la fin de l’année 2012, sonnant le glas des bâtiments du XIXe siècle. Toutefois, le projet lauréat retenu fin 2010, intitulé « La vie grande ouverte » prévoit la conservation d’environ 50% des bâtiments actuels :

 

- Sur l’îlot Saint-Joseph (coté Est) sont conservés : le bâtiment central comportant une chapelle, appelé bâtiment Balthard, le corps de bâtiment Est de Saint-Joseph (partie administrative) bien connu des automobilistes qui empruntent l’autoroute sur les quais du Rhône, la partie centrale du bâtiment opposé donnant sur la rue Delandine à l’ouest, l’un des trois bâtiments de détention coté Sud. Les très belles galeries aériennes constituées de portiques et arcades remises en état, délimitant des « cours-jardins »

- Sur l’ilot Saint-Paul (coté Ouest) : la rotonde couronnée de la chapelle rénovée disposant d’un nouvel hôtel consacré par le cardinal Barbarin le 10 septembre dernier, une partie des radiants (5 sur 6) et le soubassement du mur d’enceinte sont préservés. L’entrée donnant sur le cours Suchet, dotée d’un caractère monumental orné de 3 médaillons dans sa partie supérieure est également conservée. En revanche, le bâtiment Nord avec sa nef et ses coursives, emblématique de la prison cellulaire, connu sous le nom de bâtiment H, n’aura pas survécu à ces transformations, pour laisser place à une rue centrale sous verre ou halle couverte qui part de la place des Archives pour déboucher sur la rue Delandine puis sur l’îlot Saint-Joseph jusqu’au quai.

-Le tunnel reliant les quartiers Saint Joseph et Saint-Paul sous la rue PNG - 710.9 koDelandine attesté dès 1882 et recouvert de peintures réalisées en 1988 dans le cadre d’actions culturelles en milieu pénitentiaire.

 

 

Ces éléments patrimoniaux conservés, un espace contemporain à vocations diverses restait à inventer.Il y eu d’abord la nouvelle place des archives réalisée de 2006 à 2010. Elle représente avec le prolongement du tramway l’une des premières réalisations concrètes du projet Lyon Confluence. Elle marque l’entrée Nord du quartier de la Confluence et en constitue le premier centre de gravité au pied de la gare de Perrache.

Ensuite, sur l’îlot de l’ancienne prison Saint-Joseph dont la première pierre a été posée le 19 avril 2013, s’implantera 90 logements en accession à la propriété, 66 logements sociaux locatifs de l’OPAC, des commerces de proximité, des restaurants et 11 300 m2 de bureaux ainsi qu’une résidence intergénérationnelle et solidaire de 122 appartements. Cette dernière, devenu l’Espace Emmanuel Mounier
accueillera des étudiants de l’Ucly associés à des personnes convalescentes suivies par l’association La Pierre Angulaire, dans un objectif de « refus d’une ville vitrine des indifférences et des exclusions, synonyme au contraire d’entraide, du prendre soin, et de solidarité ». Il s’agit là d’une expérience encore unique en France. Dans le bâtiment central et l’ancienne chapelle, un laboratoire de l’économie sociale et solidaire sera également initié par Habitat et Humanisme.
Cet îlot, associant habitat et activités, est à ce jour en partie encore en construction. Les premiers résidents sont arrivés en mars 2015, les derniers mètres carrés de bureaux seront achevés fin 2016.

Quant à l’ancienne prison Saint-Paul, elle deviendra sous la conduite des architectes Garbit et Blondeau, un nouveau campus pour l’Université Catholique de Lyon qui se déploiera sur 35 000m² et pourra accueillir quelques 7000 étudiants. Désormais, l’Ucly sera installée sur 2 sites, Carnot (2005) et Perrache (2015), abandonnant celui de Bellecour.
Ce nouveau campus universitaire, avec 70 salles de cours et 20 amphithéâtres, vient d’ouvrir ses portes en cette rentrée 2015. Il accueille notamment :
- 5 pôles facultaires dont le Droit, les Sciences économiques et sociales, les Sciences
- La bibliothèque universitaire sur 2000m²
- Le département de formation continue de CPE Lyon
- L’Observatoire Social de Lyon
- 15 instituts de formation et de recherche
- 5 écoles supérieures professionnelles dont l’ESDESS (école de management)
-RCF (radio chrétienne francophone) qui, tous les dimanches matins à 12h15, donne la parole pendant 45 min aux familles de détenus pour leur permettre de s’adresser à leurs proches emprisonnés, à partir d’un numéro de téléphone à appeler en direct.

Cette grande aventure humaine et architecturale, d’un coût global de 76 M d’euros, a été inaugurée lors des Journées Européennes du patrimoine 2012 au cours desquelles la prison a été visitée, juste avant le début des travaux de transformation, par quelque 10 000 personnes avec la présence de 5 artistes (Ernest Pignon-Ernest, Georges Rousse, Patrice Giorda, Perrine Lacroix et Pierre Gangloff…) exposant leurs œuvres évoquant la vie des prisonniers, dans une exposition intitulée « «  Passages, de la prison vers l’université « .

Dès 2009 et avant que la transformation des lieux ne s’opère, l’artiste plasticien Ernest Pignon-Ernest intervient sur les murs de ces prisons désaffectées en réinscrivant le souvenir singulier d’hommes et de femmes, célèbres ou inconnus qui y ont été incarcérés, torturés ou exécutés, accompagné de Bruno Paccard , photographe lyonnais missionné par les archives municipales de la ville pour y réaliser un reportage. Leurs photographies ont été exposées à la galerie Fait & Cause en 2014 et sont publiées dans un ouvrage intitulé Dans les prisons de Lyon : exposition, Paris, Galerie Fait & Cause, 4 avril – 24 mai 2014 / photographies Bruno Paccard ; dessins et photographies Ernest Pignon-Ernest ; préface Michel Onfray.

Pour en savoir plus :

- Université catholique de Lyon : entre passé et avenir / textes Daniel Moulinet, Benjamin de Capèle ; photographies Arnaud Späni, Ed. Privat, octobre 2015

- De la prison au campus. Rubrique Reconversion urbaine / Catherine Atger, Diagonal, n°195, novembre 2015, p. 20-22.

-Saint-Paul Saint-Joseph, une nouvelle vocation. Série Les Nouveaux quartiers / Lionel Favrot, Mag2 Lyon, n°71, septembre 2015, p. 30-40.
Mag2 donne la parole au recteur de la faculté catholique de Lyon, Thierry Magnin et à Philippe Lansac le rédacteur en chef de RCF, à l’architecte lyonnais Jean-Pierre Blondeau ainsi qu’au promoteur OGIC, Stéphane Gouttenoire.
- Cinq articles du Progrès de Lyon disponibles sur Europresse :

  • Reconversion de l’îlot Saint-Joseph : la vie s’installe doucement / Nadine Micholin, Le Progrès, 12 septembre 2015
  • L’ex-prison Saint-Paul est enfin devenue un vrai campus ouvert sur la ville / Muriel Florin, Le Progrès, 11 septembre 2015
  • Habitat et Humanisme innove avec une alternative pour les patients / Nadine Micholin, Le Progrès, 3 septembre 2015
  • Le campus Saint-Paul de la Catho prend forme / Philippe Juste, Le Progrès, 17 octobre 2014
  • Les prisons de Lyon à livre ouvert / Fabre Alain-Charles, Le Progrès, 23 septembre 2013

-RCF Lyon se branche sur la Catho (article) / Agnès Giraud-Passot, Tout Lyon Affiches, n°5168, samedi 29 août 2015

-Vie Grande Ouverte, l’Espace Emmanuel Mounier Habitat et Humanisme Rhône – La Pierre Angulaire au sein des ex-prisons rénovées ouvrira ses portes à la rentrée 2015 (article) / Habitat et Humanisme, 20 août 2015

-Université Catholique de Lyon : la rentrée 2015 aura bien lieu dans le futur campus Saint-Paul (article) / Lyon Entreprises, 17 octobre 2014

-Campus Saint-Paul. Historique et devenir (Dossier de presse) / UCLy, juin 2013

-Lieux de mémoire à Lyon : les prisons du quartier Perrache (reportage) / France3 Rhône-Alpes, 14 sept 2012

-Reconversion des prisons de Lyon : la mémoire sacrifiée ? (reportage) / Rue89Lyon, 21 août 2012

-La Catho dévoile son nouveau campus (article) / Fabien Fournier, Lyon Capitale, 2 décembre 2011.

 

@@ Accès à la base Photographes en Rhône-Alpes :

Les prisons de Perrache de 1970 à 2015

 

La prison Montluc : haut lieu de la mémoire nationale

PNG - 19.4 koL’ouverture au public du Mémorial National de la Prison de Montluc permise grâce à son inscription au titre des Monuments historiques en juin 2009, a été immédiatement un grand succès auprès des visiteurs et surtout des scolaires. Cependant encore aujourd’hui cette ancienne prison lyonnaise, construite en 1921 sur les glacis du fort Montluc dans le 3e arrondissement, ne reste ouverte que partiellement. Seule une aile du bâtiment de détention est actuellement accessible : celle située dans le bâtiment principal, qui a accueilli les 9 000 hommes, femmes et enfants entre 1943 et 1944. La volonté de restituer l’état d’origine du site, qui se veut un lieu d’enfermement multiple, reste toujours d’actualité et mobiliser encore de nombreuses communautés au-delà de la seule communauté juive, et ce d’autant plus que des projets moins respectueux de cette mémoire voient le jour.

D’autre part, le projet de l’Université Lyon 3 de « se porter acquéreur de la partie non protégée du site pour un budget de 4 millions d’euros, afin d’y faire construire des bâtiments destinés à accueillir des services administratifs et des modules de formation continue » n’a à ce jour pas encore abouti.

Vidéo Un avenir se dessine pour la prison Montluc / Lyon Capitale, 24 mars 2009

Tout au long de l’année, le Mémorial National de la prison Montluc accueille des cérémonies commémoratives ainsi que des évènements culturels. Hébergeant prochainement l’extension de l’Université Lyon 3, Montluc présentera, lors des 32e Journées européennes du patrimoine, les travaux des étudiants de l’ensal et du cnsmdl qui ensemble, dans un groupe mélangeant étudiants en architecture (Master 2 – Domaine Etude Master Architecture, Ville et Périphérie) et en danse contemporaine, ont créé une présentation du lieu qui le dévoilera dans ses spécificités et ce en mettant en scène l’espace par le corps et le mouvement. Ce projet est formalisé sous la forme de 6 vidéos durant environ 5mn chacune, qui seront projetées dans le bâtiment en présence de certains étudiants ayant participé au projet. Quant à l’Université Lyon3, elle organise du 15 septembre au 27 novembre 2015, le colloque  » Les chantiers du mémorable « .

Pour en savoir plus :

-Lieux secrets de la Résistance : Lyon, 1940-1944 / Serge Curvat, Denise Domenach-Lallich, Chantal Duprat-Odet… et al. ; Association des Amis du CHRD, 2015

-Il y a 70 ans : la prison de Montluc libérée avant Lyon (article) / Lyon Capitale, 24 août 201

-Rapport final sur le projet « Lieux à mémoires multiples et enjeux d’interculturalité » : le cas de deux lieux en cours de patrimonialisation, La prison Montluc (Lyon) et le centre de rétention d’Arenc (Marseille) / A. Battegay, S. Chabani, E. Naylor, M-H. Tetu, Avril 2014

-Se souvenir et agir… : Montluc, 1944-2014 / Association des rescapés de Montluc, 2014. Album-mémorial publié à l’occasion du 70e anniversaire de l’Association des rescapés de Montluc.

-Mémorial de la Prison de Montluc (site web)/Chemins de mémoire du Ministère de la défense

@@ Accès à la base Photographes en Rhône-Alpes : La prison Montluc de 1970 à 2015

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