Chamonix 24 + Grenoble 68 = Albertville 92 = JO en Rhône-Alpes

- Modifié le 17/06/2016 par Bibliothèque municipale de Lyon

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Laure Manaudou (natation), Fabien Tilliet et Frédéric Dufour (aviron), Yann Cucherat et Cassie Véricel (gymnastique), Daniel Narcisse (handball), Vincent Boury (tennis de table handisport), Yves Tronc (Tir), Emmanuel Dyen (Voile), Damien Godet (vélo BMX) …

Ce sont, entre autres, quelques noms de sportifs de haut niveau rhônalpins que nous pourrions voir sur les podiums lors des Jeux Olympiques de Pékin cet été 2008 (du 8 au 24 août et du 6 au 17 septembre pour les jeux paralympiques).

Mais la Région Rhône-Alpes a eu d’autres occasions par le passé de faire l’actualité sportive au niveau mondial, en organisant par trois fois les Jeux olympiques d’hiver sur son sol, et a bien failli organiser une fois les Jeux olympiques d’été.

2Sommaire :2

Chamonix : du 24 janvier au 4 février 1924
Grenoble : du 6 au 18 février 1968
Albertville : du 8 au 23 février 1992
La candidature de Lyon pour les JO de 1968
Bibliographie

Chamonix : du 24 janvier au 4 février 1924

16 nations, 258 athlètes.
16 épreuves. (Il n’y a pas encore d’épreuve de ski de descente).
Podium des nations : 1 Norvège, 2 Finlande, 3 Autriche.

France : 9ème.

Les JO d’hiver commencent leur histoire avec ceux de Chamonix. Jeux un peu « improvisés » car l’autorisation

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Stade Olympique de Chamonix

d’organiser une semaine internationale des sports d’hiver a été obtenue tardivement auprès du CIO du fait de l’opposition des pays scandinaves craignant une concurrence avec leurs jeux nordiques. Le CIO ne les officialisera en tant que JO d’hiver qu’en 1925.
La municipalité de Chamonix lance un emprunt communal de 300 000 francs permettant, entre autres, la construction d’une patinoire avec un anneau de vitesse et contenant deux terrains de hockey, d’une patinoire de curling, d’un tremplin de saut à ski et d’une piste de bobsleigh.

Bilan :
C’est un succès médiatique, mais un résultat sportif mitigé (France 9ème) qui pousse le Club Alpin Français à revoir toute l’organisation du ski en France vers une autonomie du ski de compétition, à l’image des pays scandinaves dont la domination évidente à Chamonix a fait réfléchir.
Il est fait, relativement à l’époque, un gros effort de propagande en faveur des sports d’hiver suite aux Jeux : organisation de salons et d’expositions de sports d’hiver. Par contre, l’industrie locale ou française ne suit pas : il n’y a encore aucun fabricant d’articles liés directement aux sports d’hiver.
Et c’est surtout la station de Chamonix, déjà connue des touristes étrangers, qui va profiter directement de l’impact de JO, le développement du tourisme alpin dans toute la région ne viendra que beaucoup plus tard, l’essor timide de la fin des années 20 étant freiné par la crise à partir de 1930. De plus le tourisme alpin hivernal demande des investissements lourds pour un accès routier encore embryonnaire à l’époque. La préparation des Jeux de Grenoble en 1968 prendra en compte justement ce souci de l’accès facilité à la montagne.

Grenoble : du 6 au 18 février 1968

37 nations, 1 158 athlètes.
35 épreuves.
Podium des nations : 1 Norvège, 2 URSS, 3 France.

Après l’échec de la candidature de Lyon pour les Jeux olympiques d’été, l’attribution des Jeux d’hiver 1968 à Grenoble sera l’occasion pour la région de briller.

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Palais des Sports de Grenoble
Image Wikimedia Commons

Ces jeux sont d’ailleurs un enjeu national, la France de la fin du mandat Gaullien, en pleine expansion économique trouve dans ces jeux une vitrine pour exposer au monde son dynamisme au même titre qu’avec le paquebot France ou le Concorde.
Comme le déclare Maurice Herzog, secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports de 1958 à 1968 « De Gaulle m’avait dit : vous aurez un milliard. On a eu un milliard…Les Jeux de Grenoble, c’étaient le Jeux de la France ».

Bilan :
Au niveau sportif c’est une réussite avec la meilleure place obtenue par la France dans tous les Jeux olympiques à l’heure actuelle : 3ème nation au tableau des médailles.
Au niveau médiatique, avec les efforts du pouvoir, la place prépondérante de la retransmission télévisée, pour la première fois en couleurs, c’est aussi une réussite. L’évènement met en lumière la beauté de la montagne française et le dynamisme de la région grenobloise.

A moyen terme, le bilan financier et comptable est lourd, très lourd pour la région et pour Grenoble.
L’Etat prend en compte 47 % des investissements, certes, mais la municipalité supporte quand même 20 % des 1,12 milliards de nouveaux francs qu’ont coûté les Jeux (1,21 milliards en euros courants en 2007). Grenoble devra rembourser, mais sur 25 ans à un taux de 5 % qui finalement s’est avéré avantageux avec l’inflation des années 70.

Surtout, les Jeux ont été l’occasion de rattraper le retard que possédait Grenoble en matière de développement à l’époque : nouveaux accès routiers (Rocade sud), nouvelle gare, Hôtel de ville, Hôtel de police, Grande Poste, Hôpital Sud d’Echirolles, Palais de la foire, nouveau quartier Malherbe, Palais des Glaces devenu palais des sports, Maison de la Culture, Musée Dauphinois, aéroport de Grenoble Saint-Geoirs …

Avec la préparation des Jeux, on estime que Grenoble a pris vingt ans d’avance en matière de développement. Ce qui conduira par exemple Hewlett-Packard à choisir cette ville en 1970 pour installer sa future usine européenne.

Les équipementiers locaux de sports d’hiver et les stations profitent aussi de l’effet Jeux olympique, mais dans une moindre mesure.

Le gros problème est le coût d’entretien et la reconversion des équipements sportifs (notamment le tremplin de saut et la piste de bobsleigh abandonnés après les jeux, le Stade de Glace et l’anneau de vitesse) ce qui conduira les organisateurs des Jeux d’Albertville a prendre cet aspect en compte.

Albertville : du 8 au 23 février 1992

64 nations, 1801 athlètes.
57 épreuves.
Podium des nations : 1 Allemagne, 2 Equipe Unifiée (ex URSS), 3 Norvège.
France : 7ème.
Albertville jeux paralympiques : 21 au 28 mars 1992
25 nations, 475 athlètes.
73 épreuves.
Podium des nations : 1 Etats-Unis, 2 Allemagne, 3 Equipe Unifiée (ex URSS).
France : 6ème

Pour la première fois les Jeux olympiques et paralympiques se déroulent sur le même site.
Pour la dernière fois, les JO d’hiver sont la même année que les JO d’été.

Du fait de la décentralisation, un nouvel acteur va jouer un rôle majeur dans la préparation des jeux, le Conseil Régional qui voit là le moyen de faire une formidable publicité de la Savoie et de Rhône-Alpes.
C’est aussi, comme pour Grenoble, l’occasion de promouvoir un réel développement territorial en accompagnant les investissements olympiques par le financement d’infrastructures cohérentes : crédit accordé au Comité d’organisation des JO (COJO) pour le Village olympique, dessertes routières en Savoie, gare TGV de Satolas …

Cependant les décideurs ne surestiment pas trop les effets d’entraînement des JO, comme le souligne l’étude réalisée par le Programme Pluridisciplinaire en Sciences Humaines Rhône-Alpes en 1991 : « les retombées industrielles seront ponctuelles, l’engouement pour les pratiques de ski est déjà bien établi, et la création d’installations olympiques présente des difficultés d’insertion dans le parc immobilier et des déséquilibres intercommunaux. »

Bilan :
Il est correct sans plus en terme sportif. La France est 7ème mais la concurrence est rude et l’Allemagne (1ère) se présente pour la première fois unifiée.

Le souci des organisateurs est d’éviter une dérive financière grevant les budgets de la région des Jeux pour de nombreuses années (toujours le fantôme de Grenoble …). On compte sur la manne financière des retransmissions télévisées pour équilibrer les comptes.
« Les Jeux doivent payer les Jeux ». Cette phrase attribuée à Michel Barnier résume cette volonté, Calgary (Canada, 1988) ayant prouvé que l’opération pouvait se traduire par un bénéfice (1,3 milliard de dollars canadiens environ).

Malheureusement, comme l’écrit Lyon Libération le 17 août 1992, les sites olympiques se réveilleront « avec la gueule de bois ». Malgré les belles promesses, les investissements se sont révélés démesurés et malgré les recettes, les Jeux n’ont pas payé les Jeux. Le déficit se monte officiellement à 280 millions de francs, soit 6,6 % du budget de 4,2 milliards de franc (Le Monde, 9 juillet 1992). Il faudra rajouter les 386 millions de francs consentis par l’Etat au COJO et qui ne seront jamais remboursés.

Les communes des Jeux elles aussi sont dans le rouge : 31 millions de francs pour Albertville par exemple.
Ces jeux étaient les premiers en France affichant une volonté d’aménagement durable. Les résultats après la fête sont mitigés comme le résume le journal La Croix le 23 août 1992. La construction des stations d’épuration et les usines d’incinération et de traitement des déchets permettent d’éviter toute pollution de la rivière Isère dans la vallée de la Tarentaise.
Et la FRAPNA regrette que l’on ait fait « comme avant : urbaniser, terrasser, déboiser » et que ces Jeux aient été l’occasion de faire passer en force des opérations immobilières jusqu’alors repoussées.

Mais, comme pour Grenoble, les Jeux ont apporté une politique volontariste de mise en valeur des infrastructures, notamment de transport, de toute la Savoie et en partie de Rhône-Alpes. Et l’impact médiatique indéniable de Jeux réussis est une réalité, même s’il est difficilement quantifiable en terme de retombées économiques.
C’est sans doute ce qui a poussé la Région à mettre en place en 1994 une mission d’étude chargée de vérifier le réalisme d’une candidature éventuelle au Jeux Olympiques d’été de 2004, alors que Lyon avait déjà présenté un dossier pour organiser les JO de 1968.

La candidature de Lyon pour les JO de 1968

Paris avait obtenu les Jeux d’été en 1924. Il était envisageable de proposer Lyon 44 ans après. La municipalité avec à sa tête Louis Pradel prépara un dossier et le 27 novembre 1962, le Comité Français Olympique désignait Lyon comme ville candidate officielle pour la France (19 voix contre 5 à Paris).

Les atouts de Lyon à l’époque sont résumés par Claudius Dériol, dans le mensuel Résonnances : « une idée et deux hommes ».
Le projet défendait l’idée de Jeux « à taille humaine » dans l’esprit du baron de Coubertin, dans une ville de taille moyenne en 1963 par rapport aux villes de Buenos Aires ou Mexico aussi candidates.

Deux hommes emblématiques vont soutenir le dossier, le Maire de Lyon Louis Pradel et le Haut commissaire à la Jeunesse et aux Sports, Maurice Herzog.

L’atelier municipal d’urbanisme créé par Charles Delfante propose un site olympique réparti sur plusieurs lieux : le centre sportif de Gerland développé pour l’occasion (le plus important), les piscines de Vaise, de la Duchère

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Plan du site Olympique de Gerland

et celle du Rhône à construire pour l’occasion, le futur hippodrome de Parilly, le Grand large pour la Voile, le cyclisme sur la piste de la Tête d’Or, et la gymnastique et la lutte se dérouleraient … au théâtre romain de Fourvière après aménagement, ce qui aurait eu fière allure !

Charles Delfante écrit dans le mensuel Résonnances qu’il voit « dans ces Jeux l’occasion d’accélérer la politique d’aménagement pour en faire une métropole régionale et que si l’opération financière et comptable peut être déficitaire comme pour Rome – JO d’été de 1960 – l’opération économique sur le long terme fera apparaître un large bénéfice ». C’est bien ce que l’on a pu constater en partie pour Grenoble.

Lyon se retrouve finalement dans le chapeau final du CIO en compagnie de Detroit, Mexico et Buenos Aires.
On connaît la suite, c’est à Mexico que fut pulvérisé le record du saut en longueur (8,90 par Bob Beamon) et que Smith et Carlos lèveront un poing ganté de noir sur le podium du 200 m, symbolisant une année 1968 de toutes les contestations contre les pouvoirs en place.

Bibliographie

2 Ouvrages : 2

VITALIEN Pierre.

La mémoire des jeux olympiques d’hiver : Chamonix 1924. Pierre VITALIEN, 2004.

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La mémoire des 1ers Jeux

FRANCILLON Claude.

Chamonix 24, Grenoble 68, Albertville 92 : le roman des jeux. Glénat, 1991.

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Chambery Grenoble Albertville

Région Rhône-Alpes.

Jeux olympiques d’été 2004 : étude de faisabilité. Région Rhône-Alpes, Mission JO/Traces, 1995.

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JO 2004 : étude de faisabilité

Programme Pluridisciplinaire en Sciences Humaines Rhône-Alpes.

Les effets d’entrainement des Jeux olympiques d’Albertville. PPSH, 1991.

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Albertville : effets d’entraînement

Comité régional olympique et sportif (CROS).

Rhône-Alpes terre olympique : 1896-2006. CROS, 2006.

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Rhône-Alpes terre olympique

DELFANTE Charles. Lyon 1968, XIXe Jeux olympiques, XIX Olympic games : [dossier original de présentation de la candidature de Lyon]. 1962. En consultation sur place au Musée Gadagne (1 place du petit Collège 69005 Lyon .Informations : 04 78 42 03 61)

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Candidature de Lyon

2Articles de périodiques2

Jeux olympiques d’hiver : montagne et développement. Revue de géographie alpine, 1991, vol. 79, n° 3, pp 6-134.

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JO d’hiver et développement

SERRAZ Gabrielle. Après la vague olympique, le reflux. Entreprises Rhône-Alpes, 1993, janvier-février, pp. 6-12.

_
BOUCHET Sylvain. La candidature de Lyon aux Jeux olympiques de 1968. Bulletin municipal officiel, 2008, n° 5760, pp. 2 et 3 de couverture.

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BMO : candidature Lyon 1968

Jeux olympiques : Lyon et la région dans les starting-blocks pour 2004. Lyon mag’, 1995 n° 19, pp. 32-55.

DERIOL Claudius. Le dossier lyonnais des Jeux olympiques. Résonnances, 1963, n° 113, pp.37-39.

DELFANTE Charles. A propos des jeux olympiques. Résonnances, 1963, n° 114, pp. 5-6.

FRANCIOLI Marc. <a href="http://sbibbh.si.bm-lyon.fr/cgi-bin/bestn?id=&act=8&form=F&auto=0&nov=1&v0=0&t0=seq(0000536809

)&i0=0&s0=5&v1=0&v2=0&v3=0&sy=&ey=&scr=1&x=0&y=0″ class=’spip_out’ rel=’external’>Les JO paieront les Jeux olympiques. Stratégies, 14 oct. 1991, p. 38-42.

<a href="http://sbibbh.si.bm-lyon.fr/cgi-bin/bestn?id=&act=8&form=F&auto=0&nov=1&v0=0&t0=seq(0000558946

)&i0=0&s0=5&v1=0&v2=0&v3=0&sy=&ey=&scr=1&x=0&y=0″ class=’spip_out’ rel=’external’>La fabuleuse histoire des JO à la française : 1924, Chamonix, 1968 : Grenoble, 1992 : Albertville. Alpes magazine, 1991, Hors-série n°2, pp. 1-97.

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La fabuleuse Histoire des JO

<a href="http://sbibbh.si.bm-lyon.fr/cgi-bin/bestn?id=&act=8&form=F&auto=0&nov=1&v0=0&t0=seq(0000717170

)&i0=0&s0=5&v1=0&v2=0&v3=0&sy=&ey=&scr=1&x=0&y=0″ class=’spip_out’ rel=’external’>Les jeux olympiques de Grenoble : l’album anniversaire, 1968-1998. Alpes magazine, 1998, Hors-série n°2, pp. 3-98.

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Jeux de Grenoble

2Dossiers de presse2

Bibliothèque Municipale de Lyon. <a href="http://sbibbh.si.bm-lyon.fr/cgi-bin/bestn?id=&act=8&form=F&auto=0&nov=1&v0=0&t0=seq(0000500544

)&i0=0&s0=5&v1=0&v2=0&v3=0&sy=&ey=&scr=1&x=0&y=0″ class=’spip_out’ rel=’external’>Jeux olympiques d’hiver 1992 : articles de presse .Bibliothèque municipale de Lyon, 1983-1992, 15 volumes, non paginé.

2Sites Internet :2

Comité International Olympique (CIO).

XVIe jeux olympiques Albertville 1992

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