Mois de l'Imaginaire

La science-fiction française en bande-dessinée : sélection

- temps de lecture approximatif de 9 minutes 9 min - Modifié le 03/10/2017 par AB

Quand le Mois de l'Imaginaire rencontre l'exposition Vlan !, c'est l'occasion de (re)découvrir la crème de la crème des bandes dessinées de science-fiction française. Voici une petite liste non exhaustive de titres qui ravira les néophytes et fera sourire les fins connaisseurs…

Au mois de mars 2017 à Livre Paris, huit maisons d’édition indépendantes lançaient un appel pour la défense des littératures de l’imaginaire et invitaient leurs collègues à les rejoindre. Une première mesure vient rapidement concrétiser cette collaboration : la création d’un Mois de l’Imaginaire, qui aura lieu en octobre. Au travers de multiples initiatives de tous les acteurs de la chaîne du livre, le Mois de l’Imaginaire entend célébrer la science-fiction, le fantastique et la fantasy, et faire du mois d’octobre un rendez-vous annuel pour tous les amateurs et les curieux.

L’exposition VLAN !, quant à elle, revient sur l’édition de bande dessinée en Rhône-Alpes et à Lyon depuis 1940. Vous pouvez actuellement la visiter à la Bibliothèque de la Part-Dieu jusqu’au 4 novembre.

Profitons donc de ces sorties culturelles et littéraires pour revenir sur la bande-dessinée française et pousser la thématique du côté de de la science-fiction.

Le nouvel essor de la science-fiction française en bande dessinée (1970-1990) :

Au tournant des années 1970, le monde de la bande dessinée, comme celui de la science-fiction, connaît une évolution spectaculaire. Le magazine Métal Hurlant  , en particulier, est l’un des principaux vecteurs de ce mouvement qui permit à de nombreux jeunes auteurs de se faire connaître (Bilal, Clerc) et à d’autres (Moebius, Druillet) de pouvoir s’exprimer sans contrainte.

Si la saga de Valérian de Christin et Mézières, publiée à partir de 1967 dans la magazine Pilote bénéficie d’une nouvelle visibilité, d’autres oeuvres majeures sont régulièrement ré-éditées.

 

Science-fiction : intégrale, éd. Dupuis, 2016.

Cette intégrale compile les dessins et travaux de Serge Clerc, l’un des dessinateurs phares de  Métal Hurlant dans les années 70. Il s’agit de la troisième collection classée par ordre chronologique qui permet de (re)découvrir les histoires courtes du dessinateur, dans un noir et blanc du plus bel effet « vintage ».

 

L’Incal, Dessin : Moebius, scénario : Jodorowsky, série publiée dans Métal hurlant à partir de 1980, éd. Les Humanoïdes associés.

Le détective John Difool se retrouve lancé dans une série de péripéties à travers l’univers afin trouver l’Incal, un artéfact convoité de tous. Cette bande dessinée phare de la science-fiction française est considérée comme une référence dans le milieu, de par son univers mais aussi son scénario et ses personnages, tout aussi originaux les uns que les autres… à partir de 2003, la série a fait peau neuve en bénéficiant d’une recolorisation. Le succès de L’Incal est tel des décennies après que Jodorowsky a décidé d’en développer l’univers.

 

La trilogie Nikopol. Dessin et scénario : Enki Bilal, originellement publié entre 1980 et 1993, éd. Dargaud, puis Les Humanoïdes Associés, puis Casterman

Cet album constitue l’intégrale des trois épisodes  : La foire aux immortels, La femme piège et Froid équateur. Le dieu Horus est condamné par les siens. Cependant, il dispose de sept jours avant son exécution. C’en est bien assez pour aller faire un tour sur terre en possédant le corps du contestataire Alcide Nikopol…

Le trait d’Enki Bilal est un ravissement pour les yeux. La trilogie Nikopol est considérée comme une des oeuvres majeures de la science-fiction française, par son visuel fascinant mais aussi son histoire alternant les points de vues, les références à la mythologie égyptienne ou au cyberpunk.
Pour aller plus loin : Le film  Immortel (Ad Vitam) d’Enki Bilal est une adaptation condensée de la trilogie qui permet de mettre en mouvement l’ambiance étrange et enivrante des albums.

 

Transperceneige : intégrale, Scénario : Jacques Lob, Benjamin Legrand, Dessin : Jean-Marc Rochette, éd. Casterman (publié à partir de 1984 dans le magazine (A suivre…)).

La Terre est dévastée par une apocalypse climatique la renvoyant à l’ère glaciaire. Les derniers survivants, les derniers vestiges de l’humanité, se retrouvent à bord du Transperceneige, un train roulant sans arrêt autour du globe.

Réflexion pamphlétaire sur la société et ses dérives, cette bande dessinée voit les prolétaires entassés au fond du train, alors que les riches se prélassent dans les wagons de tête. Glaçant et captivant par sa noirceur.

Pour suivre les rails du train : Terminus, le dernier tome de la série est paru en 2015.

 

S.O.S. Bonheur, Scénario : Van Hamme, Dessin : Griffo, éd. Dupuis (publié dans Spirou entre 1984 et 1986).

S.O.S. Bonheur se découpe en plusieurs histoires, qui ne semblent avoir aucun lien entre elles. Chaque personnage est en proie ou en lutte contre un système social, politique et économique répressif et absurde. Pourtant, c’est là tout le génie du scénario : à travers des quotidiens banals se lient par leurs issues sombres et le désir de liberté des protagonistes. La chute n’en est que plus grande et spectaculaire… Trente ans après la création de ce triptyque, la publication de la saison 2 est programmée pour novembre 2017.

 

 

L’héritage perdure dans les années 1990

Un nouvel élan ? En tout cas, une nouvelle forme de publication : les histoires sont directement publiés en albums et distribués dans le circuit des librairies. Les années 90 marquent une nouvelle étape dans la stabilisation du métier, mais aussi dans l’essor du genre.

Le cycle de Cyann, Dessin : François Bourgeon, Scénario : François Bourgeon et Claude Lacroix, publié à partir de 1993, Ed. Casterman, puis divers éditeurs.

Cet ensemble composé de 6 albums suit les aventures de Cyann Olsimar, la fille et l’héritière de Lazuli Olsimar, un seigneur (« Sondeur ») de la planète ☉lh.
Bande-dessinée culte de la science-fiction française, Le cycle de Cyann est dessiné depuis vingt ans par François Bourgeon, qui décline les multiples facettes d’un riche univers proche du Space Opera.

 

Les mondes d’Aldébaran : premier cycle de 5 tomes. Dessin et scénario : Leo, éd. Dargaud, à partir de 1994.
L’intégrale d’Aldébaran est la compilation des cinq premiers tomes de la saga Les mondes d’Aldébaran. Ce cycle relate les aventures de Marc et Kim, deux adolescents du village de pêcheurs d’Arena Blanca. Ils se voient contraints de le quitter suite à une catastrophe et décident de se rendre à la capitale de la planète Aldebaran, Anatolie, afin de refaire leur vie. Mais le parcours est semé d’embûches et de créatures fascinantes …

 

Universal War One, Scénario, dessin : Denis Bajram, éd. Soleil à partir de 1998.

La Première Guerre universelle de l’espace…
Nous sommes en 2098 et la conquête spatiale bat son plein. Mais au-delà de Saturne apparaît le Mur. Structure énigmatique et inexplicable, elle coupe toutes communications entre la Terre et les colonies. Un escadron d’officiers est chargé d’en comprendre l’origine et d’en percer les secrets, malgré les risques et périls…

Avec ce premier opus en 6 tomes, Denis Bajram impose une saga digne des plus grands titres de space opera. La suite du premier cycle, Universal War Two, est d’ailleurs en cours d’édition chez Casterman.

 

Les héritiers : les années 2000-2010 ou le renouveau du genre ?

Ces années-là, si lointaines et si proches pour nous, sont celles d’une certaine stabilité et d’une attraction nouvelle des auteur-e-s pour les maisons d’éditions indépendantes qui se multiplient. Ces dernières permettent plus de liberté et de créativité aux auteur-e-s qui se satisfont pas toujours des contraintes imposées par les grandes maisons d’édition. Parrallèlement, les techniques graphiques évoluent : crayons et pinceaux font place au stylet et à la tablette numérique, ce qui ouvre un nouveau champ de possibilités aux auteur-e-s. Mais attention ! les techniques classiques n’ont pas dit leur dernier mot, et ce n’est pas pour le déplaisir des yeux…

Lupus, Dessin et scénario : Frederick Peeters, éd. Atrabile, 2003.

Au fil de 4 volumes en noir et blanc, Lupus mène une fuite sans fin à travers l’univers accompagné de Sanaa.
Bande dessinée de science-fiction se transformant peu à peu en roman de formation, Lupus permet à Peeters d’aborder et d’explorer un de ses thèmes de prédilection : l’être humain. Œuvre déroutante et profonde, Lupus sait s’imposer comme un roman graphique intimiste et réfléchi.

 

Prométhée, Scénario : Bec, Dessin : Raffaele, éd. Soleil, depuis 2008.

La course contre la montre est ouverte,  avant Armageddon.
Chaque jour à 13h13 des catastrophes inexpliquées se produisent dans le monde entier : les avions s’écrasent, des bateaux refont surface 68 ans après leur disparition. Le compte à rebours de la fin du monde a commencé…

 

 

Block 109, Scénario : Vincent Brugeas ; dessin : Ronan Toulhoat, éd. Akileos, depuis 2013.

Et si le IIIe Reich avait gagné la Seconde guerre Mondiale contre les Alliés ?
En 1941, Hitler est assassiné. 12 ans plus tard, en 1953 : depuis huit ans, l’Allemagne Nazie est empêtrée dans une guerre contre le bloc soviétique. Afin de mettre un terme à celle-ci, le grand maître Zytek de l’ordre Teutonique propose de mener une attaque virale. Les conséquences de la propagation du virus sont catastrophiques : les infectés se transforment en créatures sanguinaires…
Entre uchronie et fiction horrifique, Block 109 propose une vision noire de la guerre et de ses conséquences. La série se décline en plusieurs tomes, qui racontent des histoires parallèles venant compléter cet univers sombre et fascinant…

 

Chronosquad, Scénario : Giorgio Aebertini, Dessin : Grégory Panaccione, éd. Delcourt, depuis 2016.

Le premier volume de Chronosquad suit les péripéties de Bloch, alors qu’il est choisi comme membre de la Chronosquad, une équipe d’élite chargée de surveillée les virées touristiques spatiotemporelles de ses clients. Pour sa première mission, il se rend en Egypte antique, mais la chance ne semble pas vraiment être de son côté…
Cette bande-dessinée lie Histoire et satire sociale grâce un à humour décapant.

 

Shangri-La, Scénario et dessin : Mathieu Bablet, éd. Ankama, 2016.

Les derniers humains ont fui la terre et s’entassent à bord d’une station spatiale dirigée par la multinationale Thianzu. Afin de pouvoir continuer à y (sur)vivre, les individus travaillent et consomment pour cette entreprise. Le héros, Scott, est un scientifique ayant adhéré à la cause et au mode de vie de Thianzu. Son frère, Virgile, est son opposé : plus révolté, il fait des découvertes et essaie de persuader son frère de les révéler aux autres habitants. Dans le même temps, les humains aimeraient que le projet de terraformation de Titan se concrétise, afin de pouvoir retourner vivre sur une nouvelle terre et sortir de la station spatiale.
Entre Orwell 1984, Huxley, le meilleur des mondes et même Alien, le huitième passager, Mathieu Bablet offre un condensé graphique spectaculaire, cohérent et aux multiples références qui réunit les questionnements de son époque avec ceux traités depuis un siècle par la science-fiction : système totalitaire, spécisme, racisme, conquête spatiale, société de consommation etc.

 

 

Bonnes lectures et bonnes découvertes !

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One thought on “La science-fiction française en bande-dessinée : sélection”

  1. Merci pour toutes ces belles découvertes. L’occasion de redécouvrir Enki Bilal et Moebius !

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