La Littérature française vient d’ailleurs

Invitation aux voyages déjantés dans les œuvres de Mika Biermann, Katia Bouchoueva, Jindra Kratochvil, Antoine Boute

- par gregoire damon

On sait depuis Casanova, Potocki, Beckett, Apollinaire, Huston et bien d’autres, que la littérature française ne se porte jamais aussi bien que lorsqu’elle est investie par des individus dont le français n’est pas la langue maternelle. Amis lecteurs, réjouissons-nous : cette tradition est plus que jamais d’actualité. Et avec elle l’occasion de s’imprégner d’un autre rapport à la langue, à la question du genre (littéraire), et même, à la réalité. Ces quatre-là sont francophones d’adoption – sauf un, mais il est Belge. Poètes, romanciers, ou les deux en même temps, ne privilégiant pas forcément le livre comme média principal, ils ont tous en commun d’être inclassables. Une littérature parfaite pour ceux et celles qui ne se croient pas obligés de lire du polar calibré sous prétexte que c’est l’été.

Saint Jérôme
Saint Jérôme Saint Jérôme, patron des traducteurs, ami des polyglottes

Mika Biermann

Allemand parlant français avec l’accent marseillais, peintre de formation, Mika Biermann se consacre principalement à l’écriture depuis le début des années 90.

Si la plupart de ses livres peuvent s’appréhender comme une relecture personnelle de la littérature de genre : roman d’aventure (Un Blanc), horreur (Sangs), péplum (Roi.), Western (Booming), comédie fantastique (Mikki et le village miniature), c’est toujours dans le but de tordre le genre et de le pousser dans ses retranchements.

Parce que deux anti-héros de l’ouest ont découvert une ville figée dans une dimension temporelle quantique et mystérieuse, on assiste à une exécution par balles durant plus de trois heures. Un chômeur obsédé par la petite maison dans la prairie devenir « le dieu le plus minable de l’univers » parce qu’il a découvert dans sa cave un village miniature peuplé d’habitants grands comme l’ongle du pouce… et tout ça avec le plus grand naturel.

 

Derniers ouvrages parus :

 

Mikki et le village miniature, POL 2015.

 

Booming, Anacharsis, 2015.

 

Roi., Anacharsis, 2017.

 

Sangs, POL, 2017.

 

Katia Bouchoueva

A l’origine de l’œuvre de Katia Bouchoueva, il y a un immense amour de la langue en générale, et française en particulier. Née à Moscou en 1982, elle arrive à Grenoble une vingtaine d’années plus tard dans le but de devenir poète hexagonale. Elle se fait vite remarquer dans les milieux du slam par une virtuosité et une inventivité que le vers français n’avait guère connues depuis Apollinaire et Cocteau.

Mais cet art de l’acrobatie verbale avait été sauvegardé en Russie, notamment par Mandelstam et Khlebnikov. Et Bouchoueva de l’enfourcher, et de brasser guerres civiles, mousquetaires, amours transcontinentales, parcours du combattant administratifs de migrants ordinaires, archanges, dictateurs, soldats, élans mystiques : on trouve de tout chez Boutchou.

 

 

Oeuvres :

 

C’est qui le capitaine ?, L’Harmattan, 2010.

 

Tes Oursons sont heureux, Color Gang, 2015.

 

Equiper les anges : et dormir, dormir, La Passe du vent, 2017.

 

Jindra Kratochvil

Si vous souffrez parfois d’avoir l’impression de vivre dans un monde parallèle, confiez-vous au docteur Kratochvil, c’est un spécialiste. Né dans un pays qui n’existe pas, la Tchécoslovaquie, il écrit en français, mais a fait, on s’en rendra aisément compte, flegme en première langue.

Fort de son goût pour l’absurde et le décalage, il développe depuis quelques années un univers d’une rigoureuse absurdité, mêlant textes, vidéos, conférences loufoques, performances, installations. On peut le voir à l’occasion en duo avec le musicien Stéphane Libert ou au sein du collectif Trouble Collectif.

Pour ceux qui douteraient encore que la face striée des steaks hachés a beaucoup à nous apprendre sur le mystère de l’existence, que le sens des mots se déplace « comme un crapaud qui essaie désespérément de traverser une autoroute », et que la condition humaine n’épargne pas le petit électroménager.

De nombreux textes sont à lire sur le site kratochvil.tv

 

Antoine Boute

Issu du monde merveilleux de la poésie belge, remarqué pour des performances avant-gardistes, politiques et désopilantes, Antoine Boute travaille autour d’un concept unique : la révolution biohardcore. Une forme d’insurrection burlesque, communautaire, sauvage et festive, où la communion mystique est disponible autant avec les chevaux qu’avec les racines ou les feuilles mortes.

Mais chez Boute, la radicalité n’oublie jamais d’être ludiques. Ses – romans ? Poèmes ? Proclamations ? – commencent comme des blagues. Y aura-t-il une chute à la fin ? Rien n’est moins sûr, mais on aura traversé entretemps des dizaines de vies anonymes, trashs, burlesques, triviales, laborieuses, précaires et cosmiques à la fois, sans s’en rendre compte tant l’écriture est simple.

Entrepreneurs de pompes funèbres expérimentales, suicidaires sympas, employés de fast-foods, artistes anarcho-autonomes, thérapeutes nudistes, enfants sauvages vivant en communauté, élans femelles, perdants d’une Europe en crise, unissez-vous !

 

 

Derniers ouvrages parus :

 

Les Morts rigolos, Les Petits matins, 2014.

 

S’enfonçant, spéculer, Onlit éditions, 2015.

 

Inspectant, reculer, Onlit éditions, 2016.

 

Opération biohardcores, illustrations de Chloé Schuiten, Les Petits matins, 2017.

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