Quand la littérature prend la route

- Modifié le 23/06/2017 par G-J

« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage… », déjà au seizième siècle Du Bellay chantait dans ses Regrets les joies du voyage, en citant sans doute l’un des plus anciens baroudeurs connus de la littérature et le héros d’une fantastique Odyssée.

Sur la route :
Sur la route : affiche du film de Walter Salles.

Synonyme d’aventures, de découvertes, ou encore opportunité pour ouvrir les yeux sur le monde extérieur, le thème du voyage parcourt la littérature, depuis les œuvres d’Homère jusqu’aux déambulations de nos écrivains contemporains. Qu’elle soit fantastique, parodique, historique, métaphysique (et autres terminaisons en « ique ») voici un petit tour, aussi subjectif que non exhaustif, de ce que peut proposer la littérature de voyage.

Chez nos compatriotes on pourra partir entre autres avec J.M.G. Le Clézio, (Le Chercheur d’or, Pawana ou Onitsha) et ses œuvres aux couleurs exotiques mais souvent sans concessions face aux ravages et aux folies humaines, ou bien avec Olivier Rolin et son roman tragi-comique Un chasseur de lion, ou ses récits de voyage au fin fonds de la Russie comme Solovki, la bibliothèque perdue et Sibérie. Autre amateur de grands espaces, Christian Garcin vous dépaysera certainement avec La piste mongole et Le vol du pigeon-voyageur, de même que Nicolas Bouvier avec son célèbre Usage du monde, véritable invitation à la flânerie et à l’ouverture d’esprit.

Parmi les grands écrivains voyageurs, les sujets britanniques de Sa Royale Majesté ne sont pas en reste : que ce soit sur les mers ou en Afrique avec Joseph Conrad (Au cœur des Ténèbres qui explore la folie colonialiste au fin fond du Congo, ou ses romans maritimes comme Lord Jim et Le Nègre du Narcisse), ou bien dans une Inde encore sous régime britannique chez Rudyard Kipling (Kim) ou Edward-Morgan Forster avec La route des Indes, portrait amer d’une société anglaise incapable de comprendre le monde hindou. Bien éloigné de toute approche colonialiste, comment ne pas évoquer enfin l’attachante figure de Robert-Louis Stevenson ? Après avoir parcouru la France (Voyage en canoë sur les rivières du Nord et Voyage avec un âne dans les Cévennes), ainsi que l’Amérique (La route de Silverado), cet inlassable voyageur s’aventurera dans les mers du Sud, avant de s’installer, dans les dernières années de sa vie, aux îles Samoa, où il prendra la défense des peuples polynésiens avec Notre aventure aux Samoa, prônant une ouverture à l’autre bien éloignée du rigide carcan de son époque.

Le voyage peut aussi adopter une tournure fantastique. Si l’envie vous prend de larguer les amarres avec le réel mais que votre destination reste encore floue, nous vous invitons à consulter le Dictionnaire des lieux imaginaires d’Alberto Manguel et Gianni Guadalupi. Une première approche idéale avant de s’embarquer pour de mystérieux horizons comme les Terres du Milieu, le pays d’Oz ou bien les îles de Liliput ou de Brobdingnag.

 

Si l’on devait vous conseiller quatre textes phares à emporter dans vos bagages cet été :

 

Voyage avec un âne dans les Cévennes, R.-L. Stevenson :

Envie de vous ressourcer en pleine nature en mode « roots » avec un obtus mais néanmoins fidèle compagnon de route à quatre pattes ? Le Voyage avec un âne dans les Cévennes de Stevenson semble fait pour vous. Dans ce récit empreint d’humour et de poésie, Stevenson narre son périple à travers les montagnes des Cévennes en compagnie de son âne Modestine. Une mini odyssée ponctuée de rencontres cocasses ou attachantes narrée par un Stevenson plein d’entrain.

Frontispice de la première édition par Walter Crane.

 

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson :

Pour vous faire oublier les températures caniculaires pourquoi ne pas se rafraîchir Dans les forêts de Sibérie, carnet d’ermitage de Sylvain Tesson, parti vivre six mois au bord du lac Baïkal, à plus d’une centaine de kilomètres de toute agglomération humaine. Isolé dans ce désert glacé où il faut composer avec des températures polaires et la crainte des attaques d’ours (entre autres), Tesson va apprendre à apprivoiser la solitude, facteur propice à une sereine introspection.

Sylvain Tesson au bord du lac Baïkal : une certaine idée du bonheur.

A noter que ce récit à fait l’objet d’une adaptation cinématographique par Safy Nebbou en 2016, avec Raphaël Personnaz dans le rôle principal.

 

La ferme africaine, Karen Blixen :

Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’un récit de voyage mais plutôt d’une évocation de la vie de Karen Blixen au Kenya, La ferme africaine livre un témoignage intéressant sur le monde africain du début du XXe siècle. Son regard ouvert et d’une infinie curiosité, que ce soit à l’égard des peuples indigènes qu’elle fréquenta de près, ou bien des colons (dont son grand amour l’aventurier Denys Finch-Hatton, immortalisé à l’écran dans le célèbre Out of Africa), allié à la beauté élégante de sa plume, font de La ferme africaine une référence littéraire majeure.

 

Immortelle randonnée, Jean-Christophe Rufin :

Loin de tout prosélytisme religieux (le sous-titre du livre Compostelle malgré moi en dit long), ce récit mené par un écrivain réputé pour ses romans de voyages historiques (Rouge Brésil, L’Abyssin, Le tour du monde du roi Zibeline) narre avec beaucoup de dérision un pèlerinage dans lequel il se lance sans trop savoir pourquoi. Nouveau venu parmi les « Jacquets » ces pèlerins de Saint-Jacques, il va découvrir un petit monde aux rites et traditions bien établis, comme l’usage de la credencial, sorte de passeport à faire tamponner à chaque étape, ou encore le souci de respecter le credo du voyage le plus économique, et donc plus rude, possible, qui vous classera parmi les « vrais » pèlerins. Dans ce périple qui tient plus du chemin de croix, l’expérience tourne alors à une véritable réflexion philosophique entre passé et présent, mais où l’humour n’est jamais loin.

Jean-Christophe Rufin : le pèlerin malgré lui

 

Pour voyager plus loin :

Collectif, Voyages dans le voyage, Montélimar, Voix d’encre, 2009.

Collectif, Voyages en trains, Paris, L’Herne, 2015.

Roselyne de Ayala, Les plus beaux récits de voyages, Paris, Editions de la Martinière, 2009.

Umberto Eco, Histoire des lieux de légendes, Paris, Flammarion, 2013.

Alain Laurent, Histoires de trains, Paris, Belles-Lettres, 2003.

Sous la dir. de Jean-Claude Perrier,  L’almanach des voyageurs, Paris, Magellan et cie, 2012.

Au Mercure de France la série Le goût de… qui propose des recueils d’extraits littéraires sur différents sujets, et notamment les villes et les pays.

Et pour ceux qui préfèrent rester chez eux :

Pierre Bayard, Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ?, Paris, Les Editions de Minuit, 2012.

 

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