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Une toile large comme le monde

Aude Seigne

Internet modifie nos vies comme rarement une technologie a pu le faire et rares sont les écrivains qui ont cherché à le mettre en évidence. Il faut avouer que la virtualité des relations, faites de messages courts, d'images ou de musiques offre peu de prises à la description et manque de matérialité.

La grande idée d’Aude Seigne est d’avoir donné un corps à Internet, en se concentrant sur les câbles sous-marins, ce réseau qui relie les océans et surprend par sa fragilité. Malgré tous les satellites survolant notre planète, la plus grande partie des échanges passe sous la surface de l’eau. À partir de ce constat, l’auteur fait se rencontrer des gens qui s’interrogent sur l’emprise de ce réseau, depuis le poseur de câbles, jusqu’au concepteur de jeux vidéos, en passant par une écologiste et une amoureuse du code informatique. Soudain, ils ont envie de souffler, de se libérer de cette masse d’informations et d’imaginer la vie sans Internet. La fin de cette technologie est un fantasme apocalyptique qui pourrait rapidement devenir réactionnaire ou naïf, pas ici.

On sent dans ce roman une grande connaissance, à la fois des réalités concrètes d’Internet mais aussi des courants de pensées contradictoires qui en émergent. Il est clairement fait référence à la série américaine Mr. Robot, mélange de paranoïa technologique et d’appel à la révolution radicale par des activistes. Cependant, Aude Seigne ne s’arrête pas là, elle présente à la fois ce que l’on gagne en quittant Internet, mais aussi ce qu’on y perd. Il n’y a pas de paradis après la fin de ces technologies, l’humain reste tout aussi démuni, sans doute parce qu’il se rend compte qu’il lui incombe toujours de donner du sens, avec ou sans câbles sous-marins.

Voir dans le catalogue de la BML

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