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Propriétés privées

Déclinaison autour de la notion de propriété

Lionel Shriver

Sous la forme d'une novella et d'autres courtes nouvelles, Lionel Shriver explore la question du privé, de la possession, mais de l'appartenance aussi... L'annonce d'un mariage ébranle une amitié de longue date, un arbre tentaculaire sème la zizanie entre deux voisins, une maison semble ne pas accepter l'arrivée de sa nouvelle propriétaire... Autant d'histoires qui nous confrontent à notre rapport presque obsessionnel de posséder, d’acquérir et qui nous donne parfois l'illusion d'être les seuls maîtres à bord.

Interroger notre rapport au monde en interrogeant en premier lieu notre rapport aux personnes et aux biens, c’est l’entreprise que s’est fixée Lionel Shriver dans ce nouveau recueil de nouvelles, sorti chez Belfond en février 2020.

Le ton est caustique et vous entraîne dans des récits de vie, ou dans de simples anecdotes. A chaque fois, le même processus se déploie, celui de la puissance de certains sentiments et de leurs expressions : l’injustice, la jouissance immédiate, la jalousie compulsive, l’emprise, la manipulation, le désir de posséder quelque chose que l’on ne peut pas avoir, etc.

Ce recueil est à la fois touchant et percutant. On s’immisce dans des récits qui ne nous “appartiennent” pas mais qui paraissent tout de même connectés à nos vies et entrent bizarrement en résonance avec des situations vécues, subies ou bien encore provoquées.

Les personnages sont parfois caricaturaux mais ont beaucoup d’allure, il faut le reconnaître. Lionel Shriver a l’habitude de creuser ses personnages et de leur faire vivre des aventures émotionnelles fortes et parfois très injustes.
L’autrice de  Big Brother et de Il faut qu’on parle de Kevin propose des textes qui nous parlent, qui nous sautent à la figure et qui nous permettent de se questionner sur notre rapport à l’argent, aux biens matériels accumulés tout au long de la vie, ainsi qu’aux liens que l’on entretient avec nos proches…

Propriétés privées est un recueil réjouissant par ses qualités littéraires, rien d’éblouissant, ce n’est pas le but de la manœuvre. Ici, Lionel Shriver, comme à son habitude, s’attaque à des fondamentaux : remise en question de soi, indignation, refus de la conformité. Plus que jamais, nous avons besoin de nous poser les bonnes questions, celles qui rendent lucides sur la conséquence de nos actes.

“Peter jeta un coup d’œil à la pancarte – ni objets tranchants, ni explosifs, ni armes – pour vérifier qu’il était bien ‘en conformité ‘. C’était un mot qui fichait la trouille, un mot fétiche pour les autorités quelles qu’elles soient partout dans le monde, qui chérissait l’atmosphère qu’il suscitait, faite de zèle aveugle, de courbettes serviles, de soumission rampante et de terreur énurétique. La conformité ne souffrait pas de résistance, c’était un truc mou, flasque, au ras du sol.”

Voir dans le catalogue de la BML

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