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Fendre l’air : art du bambou au Japon

Stéphane Martin

La vannerie d'artistes au Japon, de l'ère Meiji à nos jours

Catalogue de l’exposition au Musée du Quai Branly (27 novembre 2018 au 7 avril 2019)

Le bambou

Le bambou est omniprésent au Japon : végétal, motif artistique, sujet décoratif ou symbolique.

C’est une herbe dont le chaume est creux. Il existe entre 400 à 500 espèces de bambou au Japon. Il est flexible, pratiquement imputrescible et se plie à de nombreux usages : art floral (ikebana), comestible, fabrication d’abris, d’instruments de musique, d’armes et de récipients… Symbole de pureté, il est utilisé pour les ustensiles de la cérémonie du thé, notamment pour le fouet (chasen).

Pour être travaillé, il demande un long travail de préparation : ébranchage des tiges, extraction de l’huile qu’il contient par divers procédés de chauffage suivi d’une période de séchage.

De la tradition à l’artisanat d’art : de l’objet d’usage à l’objet d’art

La vannerie de bambou existait déjà à l’époque Jomon (14000-400 av. JC). Tout au long de l’histoire du Japon, elle servit à la fabrication d’ustensiles à usage quotidien (boîte, râteau, passoire à nouilles, panier…) . Elle est notamment étroitement liée à la pratique de l’art du thé. Mais c’est à l’ère Meiji (1868-1912) que les créateurs sortent du statut d’artisans traditionnels, rivalisent d’ingéniosité  dans leur virtuosité technique, leur inventivité et mettent en avant leur créativité artistique personnelle. Parmi eux Hayakawa Shokosai III (1864-1923) et Tanabe Chikuunsai I firent avancer à grands pas l’artisanat du bambou. Dépositaires de cet héritage, Lizuka Rokansai, Shono Shounsai et bien d’autres renouvelèrent ce domaine et l’érigèrent en art.

Autour des années 1890, les expositions nationales pour la promotion industrielle et la classification des œuvres abritées dans le Musée impérial octroyèrent à des objets artisanaux une valeur artistique propre.

De l’artisanat d’art à l’art contemporain : de l’objet à la sculpture

Dans les années 20, les artistes  à la recherche de nouvelles perspectives s’inspirèrent de l’Art déco et du modernisme. Lizuka Rokansai (1890-1958), par exemple, influencé par les nouveaux courants artistiques, transforma l’artisanat du bambou en art moderne.

Dans les années 40-50,  Tanabe Chikuunsai II ou Shono Shounsai renforcèrent leur position d’artiste-créateur. C’est avec eux que naît la forme moderne de l’art du bambou, lorsqu’ils commencent à expérimenter des formes spectaculaires et novatrices en rupture avec le répertoire existant de la vannerie. Shounsai fut le premier vannier de bambou à recevoir le titre de Trésor national vivant en 1967.

Dans les années 80, musées et collectionneurs, au Japon et aux Etats-Unis, mettent cet art en valeur et contribuent à le propulser vers l’art contemporain. Des objets fonctionnels mais aussi des sculptures permettent de développer un nouveau vocabulaire plastique. L’exposition présente notamment les œuvres de sept artistes contemporains, dont Morigami Jin, Uematsu Chikuyu, Tanabe Chikuunsai IV ou encore Honda Shoryu.

 

Voir dans le catalogue de la BML

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