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Ex Libris

The New York Public Library

Frederick Wiseman

Avec plus d'une quarantaine de films à son actif, l'immense Frederick Wiseman poursuit son portrait social de l'Amérique avec ce documentaire consacré à la Bibliothèque publique de New York.

Qui est Frederick Wiseman ?

Frederick Wiseman est un documentariste américain né en 1930 et réalisateur prolifique de plus de quarante films depuis les années soixante. Son cinéma se veut un portrait social des États-Unis dont il montre souvent la déshumanisation, et il le fait en livrant un regard critique et sociologique sur ses institutions : un hôpital psychiatrique dans Titicut Follies (1967), un centre social dans Welfare (1975), ou plus récemment le quartier populaire du Queens dans Jackson Heights (2015) et un musée dans National Gallery (2014).

Son style est direct et immersif : il n’y a pas de voix off, pas d’interviews, pas de musique additionnelle, pas de sous-titres. Il y a peu d’écriture et de stratégie narrative en amont, il filme presque caméra au poing, accumule de nombreux rush pendant un temps court, et donne du sens à son travail essentiellement au moment du  montage. Ses films sont longs (plus de trois heures souvent) et laissent une impression de mosaïque qui demande de l’attention et de la réflexion. Ex Libris n’échappe pas à cette démarche et se situe dans le prolongement de ses chroniques sur la société américaine, voire occidentale.

Que raconte Ex Libris ?

Ex Libris s’intéresse à la Bibliothèque publique de New York, créée en 1895, riche de plus de 50 millions de documents, répartie sur 97 annexes et – semble-t-il – troisième bibliothèque au monde en termes de collection. Particularité : c’est une association à but non-lucratif financée à moitié par des fonds privés. Wiseman l’a filmée à l’automne 2015, un an avant l’élection de Donald Trump.

Au départ, Wiseman souhaitait filmer un lieu culturel dans la continuité de ses précédents films pour compléter sa série. Il n’avait pas mis les pieds dans une bibliothèque depuis longtemps et confesse avoir été très surpris par la richesse et le dynamisme qu’il y a découverts. A l’inverse de ses précédents films, cela explique peut-être que le regard critique est un peu moins présent ici et qu’il semble davantage rendre hommage à la bibliothèque en montrant ce qui s’y passe.

Le film est constitué d’une quarantaine de séquences alternant plans intérieurs et plans extérieurs. Wiseman filme des scènes de la vie quotidienne de la bibliothèque : employés de bibliothèques faisant le roulage, bibliothécaires répondant à des requêtes parfois insolites au téléphone, accompagnement scolaire des enfants… Mais aussi réunions du conseil d’administration, cours d’alphabétisation, récitals de piano et de slams, rencontres avec des artistes (Patti Smith, Elvis Costello). Tout cela peut sembler disparate, mais en donnant tour à tour la parole aux employés, aux directeurs, aux intervenants, au public, les séquences donnent habilement l’impression que la bibliothèque fait communauté.

Wiseman montre aussi que les sujets abordés dans les animations proposées par la bibliothèque sont d’actualité et d’importance : le racisme, les luttes afro-américaines, l’accueil des migrants, le rapport à la culture et l’histoire. Il montre ainsi la volonté affichée de la bibliothèque de contribuer au débat public.

Quel intérêt a le film ?

Il y a deux façons d’approcher le film : soit en s’intéressant au portrait de l’Amérique qu’il dresse, soit en s’intéressant à l’univers des bibliothèques qu’il dépeint. C’est sur ce dernier point que le film est particulièrement intéressant puisqu’il met en lumière des parallèles étonnants avec les bibliothèques françaises.

En effet, le film montre une bibliothèque transformée en centre culturel et éducatif, voire en tiers lieu, qui a su diversifié ses missions et réinventer sa raison d’être, très loin de l’image d’un temple dédié aux livres de l’imaginaire collectif. Il insiste en particulier sur le rôle que joue la bibliothèque en matière de cohésion sociale (dispositifs de lutte contre la fracture numérique, aide à la recherche d’emploi), d’inclusion (aide visant des populations défavorisées, les SDF, les migrants), d’agora et de démocratisation culturelle.

Bref, on trouve dans ce film l’immense diversité des activités que propose une bibliothèque publique moderne répondant aux missions inscrites dans le Manifeste de l’UNESCO sur les bibliothèques publiques de 1994. S’il faut garder à l’esprit les différences qui existent entre ce « modèle » états-unien et la situation française (notamment la question du financement et le rôle supposé plus important des bibliothèques dans les communautés outre atlantiques), beaucoup de bibliothécaires français se reconnaissent dans ce que font leurs homologues américains : de nombreuses similitudes en termes de services, de publics, d’animations et de quotidien qui renforcent un sentiment corporatiste.

En définitive, Ex Libris est un film qui dresse un portrait social et humain particulièrement généreux de la bibliothèque. Il propose au grand public une vision renouvelée des bibliothèques et au corps des bibliothécaires une véritable source d’inspiration et un beau support de plaidoyer.

Voir dans le catalogue de la BML

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