Sur Youtube, la science infuse et se diffuse

- Modifié le 24/08/2017 par Dpt Sciences

Depuis 2015, plusieurs événements réunissant de célèbres animateurs-trices Youtube scientifiques sont organisés un peu partout en France : Vulgarizators à l’ENS de Lyon, Video City Paris, Lyon science, etc. Tandis qu’en janvier 2017 a eu lieu le premier festival Vidéosciences, sur le thème de « l’envers du décor », le 17 juillet dernier s’est achevé à Orsay le 24e Congrès de la Société Française de Physique, dont l'un des axes de travail était « De Youtube à la science-fiction : diffuser la science autrement ». Preuve que la communauté scientifique universitaire a (enfin ?) saisi l'apport essentiel de ces hyperpédagogues dans la vulgarisation des sciences.

Balade mentale, Un peu pointu, Florence Porcel et Micmaths.
Balade mentale, Un peu pointu, Florence Porcel et Micmaths. Quatre chaînes scientifiques sur Youtube (captures d’écran)

Les universitaires s‘interrogent cependant sur cette nouvelle forme de médiation : enthousiastes à l’idée qu’elle permet de diffuser la culture scientifique au plus grand nombre, ils demeurent néanmoins réservés quant au contenu scientifique mis en ligne par les vidéastes lorsqu’apparaissent erreurs, raccourcis faciles ou approximations.

Apparues en France au début des années 2010, inspirées du modèle américain, les chaînes de sciences francophones ont connu un véritable essor à partir de 2013. Yex.Tv, base de données annuaire du YouTube francophone en accès libre et gratuit, en recense déjà plus d’une centaine, des plus connues, fidélisant plusieurs centaines de milliers d’abonnés et donnant souvent lieu à des publications éditoriales, aux plus confidentielles qui, courageusement, se lancent dans l’aventure, espérant dépasser la barre symbolique des 1 000 abonnés… Les chaînes réputées sérieuses sont agrégées par Vidéosiences ou encore Vidéothèque d’Alexandrie, deux sites partageant la même démarche : promouvoir des contenus de qualité et éviter la désinformation.

 

Pop, fun, et hypercuriosité

Sur Youtube, la science se veut sans complexes. Les youtubeuses et youtubeurs des chaînes Scilabus, Axolot, This is science, BoilingBrains ou e-penser espèrent éveiller, et même assouvir, la curiosité des internautes – voire leur hypercuriosité pour Lanterne Cosmique. Loin des contenus éducatifs répondant à des codes académiques supposés ringards, une grande partie d’entre eux promet de mettre en ligne des explications simples et amusantes, aux antipodes de ce que l’on a appris en classe. Ainsi, aux internautes qui seraient tentés de fuir à la seule vue du mot « science », les chaînes lancent d’emblée des avertissements (agrémentés de gentils smileys) : La minute Science est bien une « chaîne d’infodivertissement et non une chaîne éducative », les vidéos des Débats scientifiques sont « un moyen de divertissement original, instructif et sans prétention », tandis que le Savant singe « fait des vidéos pour des divertissements intelligents ». L’idée est de ne surtout pas « se prendre la tête » (Podcast science, Crash Toast), et de faire « des vidéos instructives avec une bonne louche d’humour pour mieux faire avaler tout ça » (Poisson Fécond). D’autres animateurs vont plus loin dans cette décomplexification de la science : DirtyBiology promet « des sujets mindfuck, crades, ou juste rigolos », ExperimentBoy « de la science et du fun ». La chaîne String Theory FR propose des « rendez-vous hebdo de la science pop ». Pop, la science l’est aussi sur Crash Toast, qui décrit sa chaîne comme « un concentré de pop science improbable ».

 

Créatives ET scientifiques

Mais face à cette multitude de chaînes, toutes presqu’aussi ludiques ou humoristiques les unes que les autres, comment font les youtubeurs pour se démarquer et gagner de nouveaux abonnés ? La réponse tient en plusieurs points : proposer des contenus solides d’un point de vue scientifique – même si l’on n’est pas scientifique de formation –, soigner la réalisation, être (très) présent sur les réseaux sociaux et innover dans la forme. Parmi les chaînes existantes, en voici quelques-unes dont la créativité a retenu notre attention :

 

La Main Baladeuse

Animée par Stéphane Debove, chercheur en biologie de l’évolution à l’Université Paris Descartes, cette chaîne fait la part belle au dessin, mais également à la pyrogravure, à l’image par image ou au film. Ici, ce n’est pas la qualité esthétique du dessin qui prime mais bien sa capacité à expliquer les choses. Dans sa dernière vidéo, La Main Baladeuse « révélait » que trois des couleurs humaines étaient encore inconnues il y a 10 000 ans :

 

Biologie Tout Compris

Créée par Tania Louis, médiatrice scientifique et docteure en biologie, cette chaîne présente la particularité de traiter ses sujets en deux vidéos, l’une pour expliquer un concept et l’autre pour répondre aux questions des internautes. Puisque c’est de saison, voici la vidéo dans laquelle cette youtubeuse nous explique que nos coups de soleil ont pour cause un suicide cellulaire massif :

Voir aussi la vidéo « FAQ » correspondante.

 

Naturalix

A l’origine de cette chaîne, une simple randonnée entre copains dans le Vercors. Au final, une ambition, celle de deux passionnés de la nature, Mathieu Sannier et Sébastien Girard : proposer une chaîne naturaliste « immersive », destinée aux amoureux de la nature. Encore très confidentielle (à peine plus de 1000 abonnés), cette chaîne modeste s’efforce de publier au moins une vidéo par mois, alternant les balades, véritables immersions dans la nature (Balade au Cap Ferret), les missions (Trouver la chenille du Cardinal en Médoc), et les questions, au format plus court et souvent insolites :

 

Professeur Feuillage

Créée en septembre 2014, Professeur Feuillage vulgarise les enjeux écologiques de notre époque avec un humour très décalé et souvent provocateur. Après un appel au financement participatif pour assurer la réalisation des premiers épisodes, la chaîne est désormais co-produite par Francetv nouvelles écritures et Pardon my French, et compte plus de 61 000 abonnés. Le duo de choc Mathieu Duméry et Lénie Chérino crève l’écran dans ces courtes vidéos délurées, dont la vocation n’est clairement pas de prêcher le public converti, mais bien de sensibiliser l’internaute le plus réticent à la cause environnementale – d’où l’utilisation (parfois un peu forcée ?) du burlesque et de l’absurde…

Scilabus

Une chaîne canadienne créée en 2013 par Viviane, doctorante en biomécanique de la colonne vertébrale et lauréate du concours “Ma thèse en 180s” en 2012. Le jour, Viviane écrit sa thèse, et le soir et les week-ends, elle réalise avec passion des vidéos qui parlent de sciences. Son travail l’amène à collaborer avec d’autres youtubeurs, comme le Québécois MonsieurCaronDeux qui produit des vidéos animées en briques LEGO. Résultat, cette géniale biographie animée de la première programmeuse de l’histoire, Ada Lovelace :

 

La Science Dans La Fiction

Cette chaîne encore méconnue (à peine 2600 abonnés) est animée par un certain C2Points, qui se présente sur sa page facebook comme un « passionné de science-fiction et de science, sous toutes leurs formes ». Dans ses vidéos, il explique les phénomènes scientifiques présents dans les films de fiction et de science-fiction : comment Bud respire-t-il grâce à du liquide dans Abyss ? Comment fonctionnent les sabres laser de Star Wars ? Qu’est-ce que la théorie du chaos dont Ian Malcolm nous rabat les oreilles dans Jurassic Park ?

 

La statistique expliquée à mon chat

Terminons ce tour d’horizon par notre coup de cœur, La statistique expliquée à mon chat, une chaîne belge créée début 2016 et animée par Laura Maugeri (infographiste), Gwenaël Grisi (compositeur) et Nathan Uyttendaele (docteur en sciences, spécialisé dans la statistique), lauréate du prix Wernaers 2017 de la communication scientifique (le plus prestigieux prix de vulgarisation scientifique décerné en Belgique). Les mathématiques et la statistique sont ici expliquées au chat Albert par de courtes vidéos de quelques minutes. Finesse de l’infographie, pertinence du propos, qualité de l’ambiance sonore : une vraie pépite !

 

En savoir plus

Top 10 des chaînes de sciences (en nombre d’abonnés) – au 26 juillet 2017

  1. Dr Nozman (créée en mai 2011) – 1 714 611 abonnés – sciences et expériences
  2. E-penser (août 2013) – 876 125 – curiosités et phénomènes scientifiques
  3. Experimentboy (oct. 2012) – 626 488 – sciences et expériences
  4. DirtyBiology (mai 2014) – 479 215 – biologie
  5. Axolot (juin 2013) – 454 219 – curiosités et phénomènes scientifiques
  6. Dans Ton Corps (avril 2016) – 384 205 – santé, corps humain
  7. ScienceEtonnante (janv. 2011) – 316 668 – curiosités et phénomènes scientifiques
  8. Micmaths (sept. 2011) – mathématiques
  9. La Minute Science (mai 2011) – 118 470 – curiosités et phénomènes scientifiques
  10. Science4All (févr. 2016) – 92 333 – curiosités et phénomènes scientifiques

 

 

 

Les chaînes « spécialisées » (sélection non exhaustive)

 

Sur le « phénomène » des chaînes scientifiques sur Youtube

« Chaînes de science sur YouTube : sont-elles un outil de vulgarisation scientifique efficace ? », par Anne-Sophie Magnant. Publié sur Sciences en partage, le 21/03/2017.

Peut-on faire confiance aux Youtubeurs scientifiques ? Publié sur .

YouTube, un tournant pour la vulgarisation scientifique ? Publié sur .

La science à contrepied : un livre collaboratif du Café des sciences (Belin, 2017)

 

Ouvrages publiés par des youtubeurs ou youtubeuses scientifiques

Prenez le temps d’e-penser. Tomes 1 et 2 / Bruce Benamran (Marabout, 2016)

Le grand roman des maths : de la préhistoire à nos jours / Mickaël Launay (Flammarion, 2016)

Le coup de la girafe : des savants dans la savane / Léo Grasset (Éditions du Seuil, 2015)

Experimentboy : mes aventures explosives alerte / Baptiste Mortier-Dumont (Flammarion, 2016)

Axolot : histoires extraordinaires & sources d’étonnement, 3 volumes / présentées par Patrick Baud (Delcourt, 2014-2016)

L’espace sans gravité / Florence Porcel (Marabout, 2016)

Mais qui a attrapé le bison de Higgs ? et autres questions que vous n’avez jamais osé poser à haute voix et Insoluble mais vrai ! ces énigmes et casse-tête qui résistent encore à la science / David Louapre (Flammarion, 2016, 2017)

 

Et si vous aussi, vous avez envie de réaliser des vidéos, quelques outils indispensables :

Cours de vidéo : matériels, tournage et prise de vues, post-production / René Bouillot, Gérard Galès, Gérard Laurent (Dunod, 2017)

YouTubeur : créer des vidéos et des millions de vues sur YouTube / Jean-Baptiste Viet (Eyrolles, 2016)

Créer et animer une chaîne YouTube pour les nuls / Rob Ciampa et Theresa Moore (First Interactive, 2017)

 

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Une réflexion au sujet de « Sur Youtube, la science infuse et se diffuse »

  1. geekette dit :

    Même si on y trouve tout et n’importe quoi, youtube est un formidable outil de partage de savoir pratique et théorique. Merci pour l’article !

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