Le sida : un combat en images

- Modifié le 29/11/2017 par Anne Laure COLLOMB

« Voila, ma maladie est une prison sans gardien ». Peut-être étiez-vous, comme tou-tes ces adolescent.es qui, en 1992, frissonniez à chaque mot prononcé par Jean et Laura et découvriez, à travers cette histoire d’amour absolue et passionnelle, ce qu’était la maladie du sida. Avec les Nuits fauves, film qui rencontra un succès populaire et obtint quatre César, Cyrille Collard dresse le portrait d’une société malade où se côtoient sida, violence, précarité et racisme.

Sida
Sida HIV AIDS

À cette romance, celle de Laura pour Jean, « Quand je pense que depuis que tu m’as dit que t’étais séropositif c’est pour toi que j’ai peur ! Je pense même pas à moi », répond celle de Sean à Nathan « Je suis désolé que ce soit tombé sur toi », dans 120 battements par minutes, autre film porté aux nues actuellement et  récompensé au Festival de Cannes. Entre ces deux productions, bien d’autres films ont évoqué la maladie et cherché à présenter le sida dans son intégralité, à déconstruire les stéréotypes et à briser les tabous.

La découverte de la maladie et son traitement au cinéma

Ainsi, dès le milieu des années quatre-vingt, des cinéastes avaient, avant même Les nuits fauves de Cyrille Collard, évoqué la maladie, souvent sous forme de métaphore. À titre d’exemple, Leos Carax dans Mauvais sang présentait un Paris imaginaire en proie à un nouveau virus. Puis, d’autres cinéastes suivirent cette voie pour interroger la maladie, en questionner l’évaluation et la réception, réflexions nécessaires pour dépasser la stigmatisation des sujets atteints.

En 1985, John Ehrman, dans Un printemps de glace, présente l’histoire d’un avocat qui, au moment où il se décide à annoncer son homosexualité à ses proches, apprend qu’il est atteint du sida.

 

Dans Once more (Encore) (1988), Paul Vecchiali décrit, en dix-plan séquence, un par an, la vie de Louis qui quitte sa femme Sybèle en 1978 et meurt du Sida en 1987. La maladie et son évolution dans les années est évoquée à travers cet homme, Louis, qui tombe follement amoureux de Frantz et apprend à vivre sa vie amoureuse comme il l’entend.

 

Du côté des Etats-Unis, il faudra attendre les années 1990, avant qu’un film, de diffusion importante, traite du Sida. Il s’agit d’Un compagnon de longue date (1990) de Norman René, dans lequel il est question de la découverte de l’épidémie et des premières recherches médicales. Le doute et le scepticisme règnent jusqu’à ce que l’un des amis d’Howard développe les premiers symptômes.

 

Quelques années plus tard Jonathan Demme s’empare du sujet pour dénoncer cette fois-ci l’homophobie.

Philadelphia (1993) est en effet un appel à la lutte contre les préjugés et l’idée que le sida ne serait que la maladie des homosexuels et une punition divine.

 

En ce sens, dans Dallas Buyers club, la vie de Ron Woodroof, cow-boy et vraie incarnation du machisme et de l’homophobie, bascule lorsqu’il apprend sa séropositivité. Mais le film propose une toute autre approche car il relaie avant tout l’engagement des malades pour obtenir de nouveaux médicaments.

Par ailleurs, nombre de réalisateurs montre que le sida ne touche pas uniquement les homosexuels.

Kids de Larry  Clark apporte une vision différente :  tout le monde est vulnérable, les  adolescents tout comme les adolescentes. En effet,  Kids met en scène un groupe d’adolescents new-yorkais recherchant des jeunes femmes vierges dans le but d’avoir des rapports non protégés sans risque et ce jusqu’à ce que l’ancienne petite amie de l’un d’entre eux découvre sa séropositivité.

Avec un tout autre regard, Olivier Ducastel et Jacques Martineau dans Jeanne et le garçon formidable racontent l’histoire de Jeanne qui, amoureuse d’Olivier, part à la recherche de celui-ci, disparu après avoir appris sa maladie.

 

Une maladie taboue

Pour autant, comme le rappelle Nathalie Giraudeau, dans Le Sida à l’écran. Représentations de la séropositivité du sida dans les fictions filmiques, certains sujets sont rarement abordés. Ainsi la toxicomanie et la prostitution sont les grands absents de la production :  A.I.D.S Trop jeune pour mourir, Jeanne et le garçon formidable ou Trainspotting évoquent, à la marge,  la contamination par intraveineuse alors que  la prostitution est, quant à elle, mentionnée dans  Sabine, L 627, Forrest Gump, Le secret de Chanda et souvent sous un angle particulier, celui du héros contaminé par une « conduite déviante ».

L’auteure de l’étude souligne aussi que l’hémophilie est l’autre oubliée du cinéma. Facteur VIII était, il y a peu l’unique production à s’attaquer au délicat sujet des transfusés français contaminés en 1985. Elle est depuis évoquée dans 120 battements par minutes.

De manière plus générale,  ces « absences » montrent bien que le Sida demeure une maladie taboue et l’intolérance reste le virus le plus destructeur. Le Secret de Chanda en est une belle illustration.

Le réalisateur Oliver Schmitz revient sur une réalité celle de l’Afrique du Sud, pays où 5,7 millions de personnes sont infectées par le sida et où la maladie, amplement condamnée par les représentants de l’Etat,  reste un tabou. Aussi, dans ce film, la maladie, montrée comme une malédiction des esprits sanctionnant un péché quelconque, n’est jamais nommée par les personnes. Au milieu d’un township, Chanda dont la mère et son compagnon ont été « frappés »par la maladie doit lutter contre cette ignorance et faire face à l’hostilité des gens du faubourg.

La colère et l’angoisse

Bien triste réalité qui montre que la maladie suscite tout à la fois violence et angoisse, sentiments perceptibles aussi bien chez les porteurs du sida que ceux qui l’observent. Le sida tout comme ses symptômes font peur car ils remettent la mort et la déchéance physique, au centre des discussions.

 

Laurence Ferreira Barbosa questionne la maladie, la mort et plus largement la peur avec une comédie douce et amère, J’ai horreur de l’amour, dans laquelle Annie Simonin, médecin, est aux prises avec Laurent, malade du sida mais qui ne veut pas se soigner et Richard, persécuteur hypocondriaque accusant Annie de lui avoir transmis le virus avec une seringue contaminée.

 

 

Mais, le plus remarquable et émouvant témoignage est peut-être le documentaire d’Hervé Guibert, La Pudeur ou l’impudeur qui, en toute « impudeur » filme sa dernière année d’existence et livre son quotidien ponctué par les séjours à l’hôpital, la trahison du corps,  » le processus de détérioration amorcé dans mon sang par le sida « .

Ce processus, nous le retrouvons dans 120 battements par minute avec ce sentiment d’urgence de vivre, la nécessité de se battre afin de ne pas mourir du sida dans l’indifférence sans néamnoins renoncer au plaisir. Robin Campillo retrace avec justesse les militants d’Act-up Paris, association créee en 1980, leurs actions menées contre les laboratoires et pouvoirs publics, leurs désaccords profonds tout en accordant une place importante aux relations entre Sean, Nathan et Thibault.

 

Enfin, pour recentrer l’engagement d’Act-up et plus généralement de toutes les actions militantes de l’époque, souvenons-nous qu’en 1985, l’annonce de l’acteur américain Rock Hudson avait non seulement provoqué un vent de panique sur Hollywood mais également soulevé la question des baisers au cinéma…

 

Pour aller plus loin

  • Les années sida à l’écran : avec le DVD du film Zéro patience de John Greyson / Didier Roth-Bettoni ; préface de Christophe Martet, 2017.

Cet article fait parti du dossier Urgence : sida.

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