VIH-Sida

Recherche et lutte contre le VIH-sida : où en est-on ?

Les points clés de la 9e conférence internationale sur le VIH-SIDA

- Modifié le 03/08/2017 par Cécile Cap'culture santé

Du 23 au 26 juillet 2017, Paris est devenue la capitale de la recherche contre le VIH/sida en accueillant l’IAS 2017. Etats des lieux de l’épidémie, progrès thérapeutiques et nouveaux outils de prévention : que faut-il retenir de cette 9e édition ?

World Aids Day
World Aids Day Jacinta Ilich Valero, licence CC on Flickr

Tous les deux ans, l’International Aids Society, rassemble entre 6000 et 7000 professionnels du monde entier pour débattre des progrès les plus récents de la recherche VIH/sida. Une attention est aussi portée à ce que cette recherche se traduise concrètement dans la pratique et dans l’action politique. Retour sur l’essentiel de ces journées co-organisées avec l’ANRS.

Les chiffres 2017 le VIH-Sida dans le monde

L’épidémie régresse au niveau mondial

Le dernier rapport Onusida estime qu’en 2016 :

  • 36,7 millions de personnes dans le monde sont porteuses du VIH
  • 19,5 millions de personnes ont accès au traitement antirétroviral soit 53% des personnes infectées
  • 5 000 nouvelles contaminations par jour : 1,8 million de personnes dans le monde sont nouvellement infectées par le VIH
  • Un taux de mortalité divisé par 2 depuis 2005 : 1 million de personnes décédées de maladies liées au sida en 2016

Source : Fiche d’information — Dernières statistiques sur l’état de l’épidémie de sida

Les cibles 90-90-90 galvanisent l’action mondiale et sauvent des vies :

Depuis 2010 l’Afrique de l’Est et l’Afrique Australe ont réduit de 30% le nombre de nouvelles infections par le VIH. La réduction de nouvelle infections a même été réduite de presque 40% au Malawi, Mozambique, Ouganda et Zimbabwe

« Elaboré par l’Onusida afin de mettre fin à l’épidémie à l’horizon 2030, le plan 90-90-90 a pour objectifs que, d’ici 2020 :

90 % des personnes infectées soient diagnostiquées,

90 % d’entre elles reçoivent un traitement antirétroviral,

90 % des patients traités aient une charge virale indétectable ».

Augmentation alarmante de l’épidémie en Europe de l’Est et Asie centrale

En Europe de l’Est et en Asie centrale, les nouvelles infections à VIH ont augmenté de 60 % entre 2010 et 2016. Dans ces régions, entre 2010 et 2016, le nombre de décès liés au sida a augmenté de 27 %. La couverture thérapeutique n’est que de 28 % chez les personnes vivant avec le VIH.

Des associations ont également attiré l’attention sur la situation préoccupante au Vénézuela. Ni les autotests ni les traitements ne sont disponibles.

L’importance de la prévention

Dépistage, usage du préservatif, circoncision, traitement préventif, mise sous traitement des patients infectés : de nombreux outils contribuent à la prévention de l’épidémie.

Si le préservatif reste le meilleur moyen de prévention, d'autres solutions existent

 

Objectif : dépister plus de 90% des personnes infectées

L’accès au dépistage de manière répétée est central pour limiter les  nouvelles infections. L’attention se porte sur les populations les plus fréquemment exposées et fragilisées : les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes, les travailleurs/travailleuses du sexe, les migrants, les usagers de drogues…

En France, on estime à environ 6 000 le nombre de personnes découvrant chaque année leur séropositivité et ce chiffre ne baisse plus depuis au moins cinq ans. Il est donc nécessaire d’offrir une offre diversifiée de moyens que chacun peut s’approprier.

  • Selon le Pr Dabis : « Le délai moyen en France entre infection et contrôle de la charge virale est d’environ 65 mois« .

Il faut ainsi plus de 5 ans en moyenne pour qu’une personne infectée découvre sa séropositivité, entre dans un système de soins et ait une charge virale contrôlée. Autant de mois et d’années pendant lesquels une personne infectée peut contribuer à la diffusion de l’épidémie en contaminant, par ignorance de son statut sérologique, d’autres personnes.

La recherche a permis d’élargir la palette de moyens de dépistage disponibles (autotests, dépistage communautaire).

La PrEP (prophylaxie pré-exposition) est efficace

C’est grâce aux études américaine, anglaise et française (Iprex, Proud et ANRS Ipergay respectivement) que l’OMS recommande depuis 2015 pour les populations les plus à risque l’usage de la prophylaxie pré exposition (PrEP).

Le principe de cette nouvelle stratégie de prévention du VIH est simple : il s’agit de proposer à une personne qui n’a pas le VIH, qui n’utilise pas systématiquement le préservatif lors de ses rapports sexuels et qui est à haut risque de contracter le VIH, un médicament actif contre ce virus (Le Truvada ®) afin de réduire voire d’empêcher le risque de le contracter.

D’abord autorisée aux États-Unis puis en France, l’usage de la PrEP se répand dans d’autres pays. En France, la PrEP à la demande démontre son efficacité.

Les recherches doivent s’intensifier afin d’élargir l’usage de la PrEP et comprendre où sont les freins tant au plan structurel qu’individuel.

Le traitement comme moyen de prévention (TasP)

On sait depuis les années 90 qu’il est possible de réduire le risque de transmission du VIH de la mère à l’enfant en faisant prendre à la mère pendant la grossesse ainsi qu’à l’enfant autour de la naissance un traitement antirétroviral. En 2016, 76% des femmes enceintes atteintes de VIH ont accès à des antirétroviraux limitant ainsi très fortement la transmission mère-enfant.

De la même manière, le traitement prophylactique post exposition pris rapidement après une prise de risque sexuelle ou sanguine est proposé de longue date dans les services hospitaliers français et s’avère très efficace.
L’initiation précoce d’un traitement antirétroviral réduit presque intégralement (96%) le risque de transmission du VIH au sein de couples dont un membre est séropositif et traité. Et ce, en contrôlant rapidement et durablement la charge virale des personnes infectées.

D’où le slogan U = U pour Undetectable = Untransmittable : lorsque la charge virale d’un patient infectée devient indétectable la probabilité de transmettre le virus est quasi nulle.

Les enjeux de la recherche thérapeutique

3 axes principaux : l’allègement des prises médicamenteuses d’antirétroviraux, les rapprochements avec les pistes de recherche en oncologie et l’espoir d’aboutir à un vaccin à moyen ou long terme.

Simplifier les prises médicamenteuses

Les traitements d’aujourd’hui sont plus efficaces et moins toxiques à long terme, et on peut espérer qu’on puisse encore les simplifier », déclare le Pr Jean-François Delfraissy, qui préside la conférence IAS 2017 avec la Pr Linda-Gail Bekker. Il ajoute :

« Plusieurs pistes sont à l’étude. Une consiste à alléger les traitements : 2 voire un seul antirétroviral par jour ; on évalue aussi la possibilité de « concentrer » le traitement sur quelques jours ou bien de délivrer des médicaments à action prolongée dont le principe actif serait libéré lentement dans le sang pendant plusieurs semaines ».

De nouvelles molécules sont par ailleurs à l’étude dont certaines appartiennent à de nouvelles familles d’antirétroviraux, comme des inhibiteurs d’attachement ou des inhibiteurs de « maturation », dans une étape plus tardive du cycle du VIH.
Le principe des antirétroviraux est d’empêcher la réplication du virus et de permettre aux patients de vivre avec une charge virale maîtrisée. Maîtrisée, mais pas supprimée.

Cancer et sida, même combat ?

Pour les nouveaux traitements, c’est du côté des médicaments contre le cancer que les chercheurs commencent à regarder. Dans le cancer comme dans le sida, les médecins font face à une immuno-suppression et à un contexte inflammatoire. L’immunothérapie serait-elle un nouvel espoir ?

Des ponts thérapeutiques sont en train de se bâtir entre la recherche en oncologie et la recherche en infectiologie.

En infectiologie, de nouvelles études chez des personnes vivant avec le VIH touchées par un cancer viennent d’être lancée. Elles évalueront l’impact du traitement anti-cancer sur leur charge virale, et les premiers résultats devraient être connus en 2018.

Les espoirs de vaccins

Pour Françoise Barré Sinoussi :

  • « Il n’y aura pas de fin du Sida possible sans un vaccin préventif, qui devra être mis à disposition des populations vivant dans des régions de forte prévalence et incidence, en particulier pour les personnes les plus vulnérables et les plus exposées »

Cette piste est toujours dans une perspective de recherche à long terme.

 

A ce jour, seuls quatre projets de vaccin ont atteint le stade du test de leur efficacité clinique.

Seul l’essai américano-thai RV144 a permis de protéger une petite proportion d’individus (31.2%), donnant un nouvel élan à la recherche vaccinale.
Un large essai d’efficacité est actuellement en cours en Afrique du Sud auprès de 5400 volontaires (HVTN 702). Les résultats sont attendus en 2021.

 Pour résumer :

Nos sources :

Sites ressources :

Cet article fait parti du dossier Urgence : sida.

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