Parcours musical

Orphée

- Modifié le 19/05/2017 par Département Musique

Rarement personnage mythologique aura alimenté à ce point l’imaginaire artistique, tous arts confondus. Rapide incursion (mais aller-retour) au pays des ombres pour tenter d'approcher quelques avatars musicaux d’un célèbre charmeur malchanceux.

Orphée  est un héros de la mythologie grecque, fils du roi de Thrace Œagre et de la Muse Calliope, il est poète et musicien. La légende lui attribue des pouvoirs merveilleux : il sait par les accents de sa lyre charmer les animaux sauvages et parvient à émouvoir les êtres inanimés. Appollon le comble de dons multiples.  Un jour sa femme Euridyce  est mordue par un serpent et meurt. Inconsolable, Orphée se met à chanter et les dieux lui accordent de descendre jusqu’aux Enfers pour la sauver. Sa descente aux Enfers et son échec à ramener sa femme dans le monde des vivants forment le mythe d’Orphée.

Dès la Renaissance et son goût pour un retour à l’antique la fable d’Orphée donne naissance à de multiples oeuvres musicales.

Les débuts de l’époque baroque sont également prodigues en adaptations du mythe et particulièrement de l’épisode infernal.  Citons deux précurseurs de Monteverdi et leurs visions d’Euridice :  Jacopo Peri et Giulio Caccini.

 

L’Italie baroque est friande de cette légende, qui a manifestement inspiré plus d’un compositeur : Stefano Landi en tire une pastorale tragi-comique, Sigismondo d’India,  maitre madrigaliste lui consacre un long lamento, pour n’en citer que quelques uns.

 

 

C’est désormais l’avènement de l’ère de l’opéra et les oeuvres musicales consacrées au héros-poète vont se succèder.

L’engouement s’étend au delà des frontières de l’Italie. Des compositeurs français – et non des moindres – s’emparent d’un sujet en or, dramatique et émouvant à souhait.

Marc-Antoine Charpentier conte de façon vibrante la descente d’Orphée aux enfers.

Gluck compose un superbe Orphée (versions française et italienne)  où s’exalte la beauté simple et noble des prémices classiques.

 

La fin de l’époque baroque illustre le mythe en de multiples cantates à voix seule, dramatiques, mélancoliques : Clérambault, Rameau, Pergolèse …

 

Le monde germanique n’est pas en reste .

Georg Phillip  Telemann s’émeut de la « merveilleuse constance de l’amour » conjugal.

Reinhard Keiser s’essaie au genre de l’opéra-comique à l’allemande (Singspiel)

Paradoxalement la frénésie orphique semble marquer le pas à l’époque romantique. (A part, peut-être, Jacques Offenbach, qui prend le sage parti d’en rire …)

 

Cette éclipse est vite éclipsée  car le mythe, un temps négligé, revient en force à l’époque moderne et contemporaine.

Ernst Krenek tire en 1926 un opéra atonal de la pièce de Kokoshka.

En 1947 c’est Igor Stravinski qui compose un ballet en trois tableaux.

Orphée est encore un opéra de chambre en deux actes et 18 scènes, pour ensemble et solistes, composé en 1991 par Philip Glass, sur un livret du compositeur, basé sur le scénario du film du même nom de Cocteau.

 

Harrison Birtwistle, dans un processus théâtral complexe, tente de démasquer les contradictions qui – pense-t-il – irriguent le mythe.

 

 

 

Le mythe fait décidément toujours recette de nos jours : Christina Pluhar propose sa version crossover d’un Orphée qu’elle imagine chaman. Il s’agit d’une adaptation mélangeant musique baroque et chansons du folklore sud-américain et de Sicile.

 

Et même très vieille, pourquoi changer une équipe qui gagne, Philippe Jaroussky boucle la boucle et ajoute au concert ses propres voix (chanteur- transcripteur – adaptateur) dans une production rhabillant trois Orphée baroques – Claudio Monteverdi, Luigi Rossi et Antonio Sartorio et reconstituant une sorte de mini-opéra, cantate à deux voix et chœur, recentrée sur les seuls personnages d’Orphée et Eurydice.

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