On est heureux Nationale 7…

De la Via Agrippa jusqu’à l’itinéraire touristique, la Nationale 7 n’a pas fini son existence.

- par Département Sciences

2000 ans qu’elle structure le pays, colonne vertébrale nord/sud, route des vacances et des camions, des stations-service Art déco et des marchands de nougat, mais aussi des bouchons et des accidents, on a tous un morceau de Nationale 7 en mémoire. Voici 2000 ans d’histoire et 30 ans de légende, pour nous faire prolonger les vacances...

panneau RN7
panneau RN7

Via Agrippa : la glorieuse ancêtre

Comme bien souvent, nos voies de communications modernes se sont greffées sur les voies romaines, chefs-d’œuvre d’ingénierie routière, pavées et privilégiant la ligne droite. Notre route des vacances ne fait pas exception et réutilise majoritairement un tracé de la Via Agrippa, réseau de routes construit par les Romains au premier siècle av. J.-C. Les Romains ont déjà tout compris : un maximum de lignes droites, des ouvrages d’art quand il le faut, des bornes indicatrices et des relais routiers pour changer de chevaux tous les 10 km. Tous les trois ou quatre relais se trouvent des gites d’étapes : le mansio (qui donnera maison en français, ou mansion en anglais qui signifie hôtel…)

 

 

panneau Route Bleue

 

 

Née Nationale 8 sous Napoléon

La Route impériale 8, née officiellement le 16 décembre 1811, reprend une grande partie du tracé romain et voit la création du corps des cantonniers, chargés de l’entretien. On pose aussi les premières bornes. La chute de l’Empire (et la perte de certains territoires) oblige à revoir la numérotation, et c’est le 10 juillet 1824 que la RN 7 voit le jour. A l’époque, une malle poste (grosse diligence) met environ 3,5 jours pour rallier Paris à Lyon. On atteindra même un record à 1,3 jour en 1850 ! Les accidents sont légion, les intempéries et les massifs montagneux rendent encore le voyage périlleux, les bandits de grand chemin rôdent toujours, quand ce ne sont pas les aubergistes eux-mêmes qui agressent leurs clients, à l’instar de la fameuse auberge rouge (qui n’est pas sur la N7 mais dans le Vivarais)…

Suite à l’arrivée du train, encore plus rapide (Paris-Lyon en 10h30 en 1850), la route va voir sa fréquentation diminuer jusqu’à l’avènement de l’automobile particulière.

 

(BN, estampes)

 

L’âge d’or des Trente Glorieuses

Nous y voilà ! Elle est là, la route mythique chantée par Charles Trenet, dont l’essor est favorisé par les congés payés et surtout par le renouveau économique de l’après-guerre. La démocratisation de l’automobile va lancer sur la route des millions de Français : du vacancier heureux de découvrir la Côte d’Azur au professionnel de la route, représentant ou routier. Elle est rapidement épaulée par deux itinéraires complémentaires : la Route Bleue, qui évite Lyon par l’est grâce au tronçon Roanne-Valence, et la RN6, qui permet d’éviter le Massif central, beaucoup plus utilisée que la RN7 (et souvent confondue).

Tous utilisent la route et les infrastructures qui se créent pour l’occasion : hôtels et restaurants – les premiers chefs étoilés sont établis dans d’anciens relais de diligence, à Saulieu (Dumaine, avant Loiseau), à Lyon (la Mère Brazier, puis Bocuse), à Vienne (Fernand Point) ou Valence (Pic). Derrière ces locomotives s’installe toute une économie de proximité désireuse de faire profiter des produits locaux au « Parisien » (celui qui vient du nord). Ainsi la route assure la renommée d’une ville comme Montélimar : on raconte que les marchands de nougat passaient entre les voitures arrêtées par les bouchons pour proposer leurs douceurs aux automobilistes.

On crée des motels, basés sur le modèle américain, des « relairoutes », comme celui de la Rochepôt (en Bourgogne). Rien n’arrête alors l’automobile reine, sauf les accidents, nombreux et meurtriers – Albert Camus (entre autres) s’écrase contre un platane du côté de Sens – et les bouchons, dont certains sont restés célèbres : La Palisse (Allier), Montélimar ou Tourves (Var), autant de « mauvais lieux » pour les familles bloquées des heures durant, et pour les automobiles dont les moteurs surchauffés finissent par crier grâce. Heureusement les garages sont fréquents (avec employés en uniformes).

Elle devient décor de cinéma, pour Sautet, ou Melville. Le jeu des mille bornes s’en inspire directement.

Qui pourrait alors imaginer que cela va s’arrêter ? Le coupable s’appelle autoroute A6, bien plus pratique et rapide pour rejoindre sa destination, il condamne dès lors la route à l’abandon. Viendront l’oubli, les faillites, la décrépitude

La mise à mort officielle intervient en 2006 avec les transferts de compétences aux départements. Nombreux sont ceux qui débaptisent la route mythique…

Les différents tracés : N7, N6 et Route Bleue (nationale7.com)

 

Un nouveau patrimoine

En ce début de siècle où le vintage est à la mode, où les temps incertains renforcent l’idée que les Trente Glorieuses furent un âge d’or, les enfants du baby-boom ressortent les voitures de papa, et célèbrent à nouveau la route des vacances. La route est un patrimoine qui intéresse monde public et acteurs privés, à l’instar de sa grande sœur américaine, la route 66 (qui est pourtant plus jeune et sans doute moins riche en patrimoine…).

 

Musée de la Route Bleue. (Photo F. GOGLINS)

 

Citons donc :

Des rassemblements originaux avec costumes, automobiles, camions pour reconstituer les bouchons : ceux de Lapalisse, Montélimar, Tourves… et même du rétrocamping !

Des réhabilitations de bâtiments, garages, publicités murales, parfois subventionnées par les collectivités locales, conscientes de l’intérêt touristique et économique.

Un Musée de la N7 à Piolenc (au bord de la route bien sûr).

Une multitude de sites web : Bel-air, RN7 blog, animé par le spécialiste de la RN7 en France, l’illustrateur Thierry Dubois, par ailleurs auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, citons La N7 en autorama, et Nationale 7, le livre.

Un compte Facebook  (pour ceux qui sont inscrits).

Un reportage TV (de la série « Des Racines et des Ailes »).

Un film intitulé Nationale 7 (un road-movie, bien sûr).

 

On s’est aussi laissé dire qu’une petite chansonnette avait eu un certain succès à une époque…

 

 

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