A redécouvrir

Oeuvres vocales avec orchestre / Charles Koechlin

- Modifié le 10/01/2017 par Département Musique

L'œuvre splendide mais encore méconnue de Charles Koechlin (1867-1950) s'est fait insensiblement une place -au moins discographique- dans le panthéon de la musique française du XXè.

Voilà une île aux trésors ! Alchimiste incroyable de la matière orchestrale, coloriste raffiné, harmoniste audacieux et progressiste serein, Koechlin accommode et prolonge l’héritage de l’orchestre wagnérien vers des contrées sonores d’une exquise et capiteuse poésie sans abandonner la clarté, la transparence chères à une certaine tradition française.

Cette «tradition» justement, sujet de crispations dans la France musicale d’après 1870. Le paysage y semble verrouillé par la Société Nationale de Musique (Franck, d’Indy, Saint-Saens..) qui veut préserver la musique française des influences étrangères et des innovations (allemandes surtout !). Avec quelques autres dont Ravel et Fauré, comme lui d’abord épris de liberté de créer, il fonde en 1910 la Société Musicale Indépendante, qui se veut au service de la musique contemporaine.
Comme nombre de ses collègues, Koechlin voit alors l’oeuvre de Debussy comme la « déclaration des droits de l’oreille humaine », qui « permet dorénavant l’emploi de toutes les libertés qui nous paraîtront musicales
Libertés que le musicien a fructueusement explorées, et qui nous ont été rendues accessibles par un beau travail d’édition discographique entamé il y a 15 ans. Ironie et aléas de la postérité pour Koechlin dont Fauré disait qu' »il faudra pour l’entendre, un public qui ne soit pas pressé. »

Gabriel Fauré et Jean Roger-Ducasse au piano, accompagnés, de Louis Aubert, A.Z. Mathot, Maurice Ravel, André Caplet, Charles Koechlin, Emile Vuillermoz et Jean Huré. © Albert Harlingue / Roger-Viollet

 

Amoureux de la musique de Koechlin, le hautboïste, compositeur et chef d’orchestre Heinz Holliger a donc entrepris en 2002 un précieux cycle d’enregistrement des pièces avec orchestre , dont les «Oeuvres vocales» étaient le 3è volume.

Toutes les pièces sauf une étaient jusque-là inédites au disque. Ces mélodies -et quelques poèmes symphoniques- sont pourtant toutes des perles de musique et de poésie, où le talent de Koechlin éclate en douce majesté.
Les irisations soyeuses de l’orchestre savent ne pas s’empâter dans la brume épaisse, c’est un scintillement de timbres d’une rare délicatesse dans lequel la polytonalité et l’art de la modulation ne noient jamais le chant.
Les mélodies prennent leur temps et leur espace, déploient leur plastique rêveuse tenue par une « longue haleine de vastes lignes et par une harmonie filigrane » (Otfrid Nies). Juliane Banse n’a pas à forcer son beau soprano pour épouser ces moirures tissées avec une confondante subtilité par l’orchestre de la Radio de Stuttgart.

Il est frappant de constater à quel point ces pièces, orchestrées pour la plupart dans les années 1890, anticipent parfois sur la musique de Mahler ou Schönberg (sans parler de Debussy ou Ravel) tout en affirmant une personnalité distincte, à la fois profonde et apollinienne.

Pas besoin de forcer l’instinct poétique et musical de l’oreille, pour entendre selon les mots de Koechlin « d’étranges aperçus, comme des fenêtre ouvertes dans le Mystère des sons, comme des échappées vers la grande forêt vierge qu’e[st] la musique de l’avenir. »

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