Musique

Jazz et guitare : l’accord presque parfait…

Brève histoire d'une belle rencontre en huit guitaristes...

- Modifié le 01/06/2017 par Département Musique

Nous ne prétendons pas réaliser une histoire complète de la guitare dans le jazz, mais souhaitons plutôt présenter quelques guitaristes emblématiques (à notre sens) qui, d’une manière ou d’une autre, ont marqué l’histoire de cette musique.

Grant Green
Grant Green

Le développement de la guitare jazz est marqué par des avancées technologiques et par de nombreux précurseurs. Ainsi l’amplification de l’instrument révolutionne les pratiques et permet aux guitaristes de jouer à la manière des saxophonistes, et non plus en soutien rythmique de l’orchestre. Mais bien avant déjà, certains avaient essayé d’occuper un autre rôle au sein de l’orchestre. Dans les années 1920, Lonnie Johnson et Eddie Lang sont les premiers guitaristes à jouer du jazz non plus en accords mais en interprétant des solos en single note.  Par la suite de nombreux guitaristes marquent de leur empreinte l’histoire de cet instrument : George van Eps, Freddie Green, Teddy Bunn… Mais deux guitaristes s’illustrent de manière décisive et établissent de nouvelles manières de jouer, ouvrant la voie à une plus grande reconnaissance de cet instrument.

Deux précurseurs :

Charlie Christian :

Sa vie est courte, il meurt à 26 ans, mais sa renommée est grande. On ne compte plus les guitaristes de tous styles qui le citent comme source d’influence majeure. Charlie Christian commence sa carrière au moment où l’amplification des instruments permet à la guitare de trouver une place plus importante dans les orchestres de jazz. Le jeune Christian peut délaisser le jeu en accords en soutien rythmique. La guitare devient un instrument de soliste qui peut rivaliser avec les cuivres. Pour cela Charlie Christian s’inspire d’une de ses idoles, le saxophoniste Lester Young. Le guitariste développe son jeu : enracinement dans le Blues, efficacité rythmique et mélodique, ouvrant ainsi de nouveaux territoires pour son instrument. Il devient un maitre du swing en incorporant l’orchestre de Benny Goodman, tout en participant à la naissance du Be Bop, jammant entre autres avec Monk, mais il meurt avant de connaitre l’avènement de la révolution Bop. Il fait ainsi partie de ceux dont on dit qu’il y a un avant et un après.

L’album : The Genius of the electric guitar de Charlie Christian

 

 

Django Reinhardt :

Contemporain du précèdent, Django Reinhardt vient d’une toute autre culture : les tziganes. Il est sans doute le premier virtuose du jazz, possédant une dextérité, un sens de l’improvisation et du swing uniques. Il est aujourd’hui encore l’un des guitaristes les plus respectés et influents de l’histoire du jazz des deux côtés de l’Atlantique. Autodidacte, et formé à l’école des bals musettes parisiens, il commence d’abord par jouer du banjo. Mais suite à l’incendie de sa roulotte, il perd deux doigts à la main gauche. Après une longue convalescence, il adopte la guitare (les cordes sont moins dures) et développe une technique lui permettant de jouer à nouveau. Il trouve sans doute dans le jazz une liberté qui lui permet d’exprimer au mieux ses capacités. Particulièrement originale, la musique de Reinhardt est immédiatement reconnaissable par son sens de l’improvisation et par son dynamisme.

L’album : The Best of Django Reinhardt

 

Après les explorations du be bop marquées entre autres par les guitaristes : Jim Hall, Tal Farlow, Jimmy Raney… , les années 60 et 70 apportent un nouvel âge d’or à la guitare. L’instrument devient plus présent et prend de multiples directions.

Jazz blues :

Miles Davis lui-même enjoignait ses accompagnateurs à rester bluesy (« keep it bluesy« ). Au début des années 60’ en pleine période post bop certains opèrent un retour vers les origines.

Wes Montgomery :

On peut noter trois périodes dans la carrière musicale de Wes Montgomery, une première durant laquelle il écume les clubs d’Indianapolis, sa ville natale avec ses frères tout en travaillant à l’usine locale pour nourrir sa famille (sept enfants), travaillant la journée et jouant le soir en club. Puis son nom commence à circuler auprès des jazzmen qui viennent jouer dans sa ville. Et après 10 ans d’une vie éprouvante entre son travail, les séances en club et sa famille, il est découvert par Cannonball Adderley, qui le recommande pour une séance d’enregistrement. Il sort un premier album  sous son nom et c’est le succès : début de la deuxième période. Il enregistre de nombreux disques qui se vendent très bien et entreprend de nombreuses tournées aux Etats-Unis et en Europe. Devant l‘engouement du public, le guitariste va choisir une voie plus commerciale et peut-être celle de la facilité. Il change de maisons de disques et devient un artiste pop. C’est la dernière période, celle du jazz-crossover ou smooth jazz, il enregistre des mélodies simples, avec des orchestres à cordes, mais toujours avec ce toucher, ce son doux, délicat, moelleux. Son public s’élargit, il passe en radio nationale, le succès survient, mais il décède d’une attaque cardiaque à 43 ans.

Wes Montgomery posséde une grande maitrise technique et un grand sens de l‘improvisation, qu’il met au service de sa musique : spontanée, envoutante, élégante, évidente et accessible, et toujours originale.

L’album : Bumpin’on Sunset : Best of Wes Montgomery

 

Kenny Burrell :

Jimmy Smith le présentait comme « l’homme de la renaissance guitaristique » et Duke Ellington le considérait comme « le meilleur guitariste du monde », en tout cas un des meilleurs. Il se destinait pourtant au départ au saxophone. C’est un sessionman très recherché par les plus grands. Capable de tout jouer, il accompagne notamment John Coltane, Sonny Rollins, Dizzy Gillespie, Oscar Peterson, Gil Evans, Stan Getz, … Comme Wes Montgomery, il est influencé par Charlie Christian et Django Reinhardt, mais également par T Bone Walker et les bluesmen de Chicago. Mais il étudie aussi la musique classique au Wayne State Collège. En pleine période hard-post-bop, il revient à l’essentiel, à la simplicité, aux racines du jazz : au Blues. Il enregistre ce qui sera un de ses plus grands succès : Midnight Blue paru chez le label Blue Note. Accompagné entre autres de Stanley Turrentine au saxophone et de Ray Barreto aux percussions il réalise ainsi le plus bluesy des disques de jazz. Cinquante ans après l’album est toujours aussi efficace et sobre, aucun bavardage inutile juste du groove, du swing et du feeling. Sur des tempos lents, où les percussions latino trouvent aisément leur place. Tout parait ici évident, simple, mais bien sûr « ce qui est simple n’est pas toujours facile ». A la suite de cet album, il enregistre dans le même esprit de nombreuses ballades bluesy.

L’album : Midnight Blue de Kenny Burrell

Nous aurions pu citer encore Barney Kessel, digne héritier de Charlie Christian pour son sens du swing et du blues ou bien encore Joe Pass,

 

Jazz funk :

Les années 60 voient l’avènement de la soul music, et l’émergence du funk, deux musiques dansantes, énergiques. En  s’inspirant de ce groove le jazz retrouve sa fonction festive, au grand dam de certains afficionados.

Grant Green :

Un des héros les plus méconnus du jazz, ce musicien emblématique du label Blue note participe à un nombre impressionnant de séances d’enregistrement pour ce label. En 1961 par exemple Grant Green enregistre 7 albums sous son nom et collabore à une vingtaine de sessions pour d’autres. Il apparait avec un grand nombre de jazzmen différents, avec une prédilection pour les souffleurs, dont il reconnait l’influence sur son jeu. Capable de passer du hard bop au blues, au gospel, au soul jazz avec une grande aisance, Grant Green possède un style très imprégné de blues et de gospel. A la fin des années 60’, il enregistre des disques à prédominance R&B et funk, marqués par un jeu basé sur des répétitions de riffs et un style très incisif. Il est redécouvert à la fin des années 80, à l’ère de l’Acid jazz et du Hip Hop, période à laquelle ses musiques sont abondamment samplées.

L’album : Street funk & jazz grooves de Grant Green

 

George Benson :

 

Plus connu pour ses disques soul-pop et ses talents de crooner que comme guitariste de jazz, George Benson choisit la voie du succès commercial, aux dépens de l’aventureux chemin du jazz. Pourtant, il possède un phrasé lyrique et brillant, un groove efficace que l’on peut percevoir même dans ses disques les moins jazzy. Il commence sa carrière musicale très tôt, dès 12 ans. Il côtoie Jimmy Smith, Freddie Hubbard, Miles Davis, Sarah Vaughan, Albert Ayler. Et s’il est souvent décrit comme disciple de Wes Montgomery , il possède un style particulier reconnaissable en particulier par ce scat mélodique : doublant par le chant ses solos de guitare.

L’album : Bad Benson de George Benson

Dans le DVD : The Art of jazz guitar George Benson évoque son style de guitare, ses influences…

D’autres guitaristes réalisent  des albums dans cet esprit : Boogaloo Jones, Russel Malone, Cornell Dupree

 

Jazz rock :

Dès la fin des années 60 l’influence de la rock music se fait sentir sur le jazz. Un homme est à l’origine de cet engouement : Jimi Hendrix. Ainsi le jazz reprend à son compte des éléments rock : puissance sonore, larsen et autres innovations techniques.

John McLaughlin :

En 1969 John McLaughlin débarque à New York en provenance d’Angleterre. Il vient d’être recruté par Tony Williams pour intégrer son groupe Lifetime, puis par Miles Davis pour rejoindre son orchestre afin d’opérer la nouvelle direction musicale du trompettiste. C’est le début du jazz rock (ou jazz fusion). McLaughlin ouvre de nouveaux horizons et renouvelle en quelque sorte la guitare jazz. Il faut dire que McLaughlin a déjà derrière lui déjà un long passé de musicien. Il possède de nombreuses qualités : vélocité, sens de l’improvisation, éclectisme (il sait tout jouer : musique indienne, hard rock, blues, flamenco… ). Il continuera d’évoluer en ne cessant de défricher de nouveaux territoires.

L’album : Tribute to Jack Johnson de Miles Davis

 

Larry Coryell :

L’autre figure marquante du jazz rock, vient du monde du rock et du country and western. Larry Coryell est d’abord influencé par Chet Atkins, Chuck Berry, Ricky Nelson avant de découvrir Django Reinhardt et Barney Kessel. Son jeu est un cocktail de toutes ces influences mais aussi des expérimentations jazz, be bop ou Hendrixiennes. Il a ainsi contribué au renouvellement du langage guitaristique et réussi la fusion de genres qui auparavant s’ignoraient mutuellement. Larry Coryell est mort en février 2017.

A la suite de ces deux pionniers du jazz rock, de nombreux guitaristes continuent l’exploration de nouveaux horizons, on peut citer : John Scofield, Mike Stern, Pat Metheny, John Abercrombie, Al Di Meola

Mais la liste est interminable et l’histoire infinie…

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