Diane Arbus

Diane Arbus

- Modifié le 04/08/2017 par R.V.

La récente publication en français du livre « Diane Arbus, Au commencement : 1956-1962 » nous incite à réexaminer dans son ensemble l'œuvre de Diane Arbus, immense photographe. Son œuvre et sa vie continuent à inspirer les œuvres d'auteurs exerçant dans d’autres domaines artistiques : biographie, roman, bande dessinée, cinéma. Bien que reconnaissable aisément, son style a évolué jusque dans ses dernières photos, où elle accepte les variations de la lumière naturelle et lâche la bride à la précision technique. Ce qui perdure en elle, c'est sa nécessité intérieure de découvrir en profondeur la réalité des choses et des êtres avec son appareil photographique : « Je suis persuadée qu'il y a des choses que personne n'aurait remarquées si je ne les avais photographiées ».

Diane Arbus, une biographie, par Patricia Bosworth, Éd. Seuil
Diane Arbus, une biographie, par Patricia Bosworth, Éd. Seuil

Diane Arbus est née à New York en 1923. Elle débute la photographie au début des années 40  et crée avec son mari Allan, en 1946, une agence de photographie de mode. Leurs photographies sont publiées dans des magazines tels que Glamour, Seventeen ou Vogue. C’est à la suite d’un enseignement auprès de Lisette Model que Diane Arbus prend confiance en elle, et décide de s’engager dans un travail photographique personnel. En 1956,  elle appose le n° 1 sur une bobine de pellicule 35 mm.

Pour gagner sa vie en faisant des photos, elle compte essentiellement sur la presse : Esquire, Harper’s Bazaar, Show, New York Times, Sunday Times (Londres), etc. Outre l’aspect pécuniaire, les magazines lui offrent l’occasion d’appréhender des milieux qu’elle n’aurait pu pénétrer sans accréditation. Elle établit le plus souvent elle-même la liste des reportages qu’elle souhaiterait aborder, et en rédige parfois les textes d’accompagnement. Elle sollicite et obtient également deux bourses Guggenheim, la première fois en 1963, puis en 1966, pour un travail photographique d’envergure sur «  Rites, manières et coutumes américains». Elle donne par la suite des cours dans divers établissements et, pour finir, propose à la vente un portfolio luxueux de 10 photographies en tirage limité.

Sa reconnaissance artistique s’établit au plus haut niveau dès sa participation à l’exposition intitulée «  New Documents » qui se tient en 1967 au Museum of Modern Art de New York. L’exposition réunit trente de ses clichés, ainsi que des œuvres de Garry Winogrand et de Lee Friedlander. En 1969, dix de ses photographies figurent dans l’exposition itinérante, produite par le même musée, « New Photography U.S.A. ».

Diane Arbus trouve la perfection de son style à partir de 1962, date à laquelle elle adopte un appareil moyen format couplé à un flash, lui permettant de traduire toute l’étendue des nuances et détails des visages qu’elle entend dévoiler. C’est par un corps à corps effréné et épuisant qu’elle arrive à faire tomber les masques, à faire entrevoir la faille cachée sous les apparences, et c’est à un défilé impressionnant de créatures du genre humain qu’elle convoque le spectateur. Nains, géants, travestis, couples mal assortis, fanatiques, nudistes, freaks, déficients mentaux, sont tous là, non pas pour nous arracher des larmes ou attirer notre compassion, mais pour témoigner de la déchéance de l’homme abandonné de Dieu, de son éviction du paradis terrestre. La force de son travail d’investigation de la nature humaine, de sa conception jusqu’à ses constructions identitaires, marque pour toujours de son empreinte l’histoire de la photographie. Il y a un avant et un après Arbus, qui prend sa place dans l’histoire de la photographie aux côtés de Bellocq, Weegee ou August Sander.

 

Livres

Diane Arbus, éd. de La Martinière / Jeu de Paume

Diane Arbus, Éd. de la Martinière/Jeu de Paume.
Périodiquement réédité depuis 1972, ce livre mythique est la première monographie consacrée à l’œuvre personnelle de Diane Arbus. Il rassemble un choix de 80 photos effectué par sa fille Doon Arbus et son ami Marvin Israel, répondant à l’exigence artistique de Diane Arbus. Une succession parfaitement ordonnée de portraits, qui à la fois nous fascinent et nous dérangent, et dont nous n’arrivons pas à nous extraire. La dissection au scalpel du genre humain est poussée ici à son paroxysme. La préface du livre, constituée d’un assemblage de déclarations de l’artiste, émanant d’écrits, d’interviews ou de ses cours, éclaire parfaitement son travail.

 

Diane Arbus, photographe de presse éd. Herscher

Diane Arbus, photographe de presse, Éd. Herscher.
Deuxième livre conçu par Doon Arbus et Marvin Israel. Au choix très sélectif du précédent ouvrage, celui-ci répond en jetant un regard plus exhaustif sur l’ensemble des photographies prises par Diane Arbus dans le cadre de commandes effectuées pour des magazines (plus de 250 clichés illustrant environ 70 articles) : Esquire dès 1960, Harper’s Bazaar, Sunday Times Magazine, Nova, etc. Aux portraits d’anonymes des rues de New-York, nudistes, travestis, artistes forains, succèdent des portraits d’écrivains, de comédiens, d’artistes, de personnalités, réalisés différemment selon l’évolution des magazines. On découvre également les textes et les légendes écrits par elle-même, qui révèlent le même souci d’analyse des personnes, cette fois-ci par les mots.

 

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Sans titre, éd. de la Martinière

Sans Titre, par Diane Arbus, Éd. La Martinière.
Troisième livre réalisé sous la direction de Doon Arbus. Centré sur un seul sujet, il comprend uniquement des portraits d’handicapés mentaux pris entre 1969 et 1971, il se révèle tout à fait remarquable par la qualité des reproductions, de la postface de Doon Arbus, et des photographies, qui montrent pour la première fois un dépassement du mode opératoire rigoureux  établi précédemment. La recherche de la réalité y est toujours présente, mais elle accorde au sujet une plus grande liberté d’expression.

 

Revelations, éd. Random House

Revelations, par Diane Arbus, Éd. Random House.

Ce catalogue de l’exposition itinérante, qui commença son parcours au San Francisco Museum of Modern Art en 2003, est la monographie rétrospective qui rassemble le plus grand nombre de photos de Diane Arbus, dont beaucoup sont peu connues ou n’ont jamais été publiées auparavant. Deux essais introduisent l’ouvrage, l’un de Sandra S. Phillips, The Question of Belief, l’autre de Neil Selkirk, In the Darkroom,  décrit la pratique de laboratoire utilisée par Diane Arbus. Une chronologie complète le livre, exposant et expliquant au fil des années le parcours de l’artiste, sa propre perception de son travail et des personnes qu’elle rencontre, à partir de textes tirés de notes personnelles, de carnets et de correspondances.

 

Diane Arbus : une chronologie, éd. Jeu de Paume / éd. de la Martinière

Diane Arbus : une chronologie, par Elisabeth Sussman et Doon Arbus, éd. Jeu de Paume / éd. de la Martinière.

Ce livre est la traduction intégrale en français des textes de la chronologie de Diane Arbus publiée dans l’ouvrage précédent. Il manque les illustrations d’archives inédites et très riches de l’article original, mais l’intérêt d’une traduction française est primordial. Au fil des pages, on suit son activité professionnelle, ses difficultés à faire accepter les sujets qu’elle aimerait aborder et à se faire payer en retour. On partage ses doutes sur la voie qu’elle adopte, on prend connaissance des acteurs du milieu de la photographie auxquels elle s’adresse, de ceux qui la soutiennent. Les fragments de textes écrits par Diane Arbus sont majoritaires ; ils sont introduits, mis en perspective et accompagnés de notes, par les auteurs.

 

Au commencement, éd. de la Martinière

Diane Arbus au commencement  : 1956-1962, éd de la Martinière.

 

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Diane Arbus, éd. du Seuil

Diane Arbus, une biographie, par Patricia Bosworth, Éd. Seuil.
Diane Arbus ou le rêve du naufrage, par Patrick Roegiers, Éd. Chêne.
Deux biographies entièrement différentes et complémentaires. La première,fondée sur le recueil de multiples entretiens et l’examen d’un grand nombre d’archives, entreprend de relater avec un maximum de précision les faits et gestes de l’artiste, de suivre ses rencontres professionnelles, d’exhumer ses relations amicales et familiales. La seconde a pour but de décrypter l’œuvre dans son ensemble, en décrivant chaque cliché dans le détail et en le resituant dans la vision générale de l’artiste, avec l’appui de citations d’écrivains visionnaires placées en exergue des chapitres.

Exposition

L’exposition « Diane Arbus : rétrospective imprimée, 1960-1971 », à la Kadist Art Foundation à Paris, du 6 décembre 2008 au 8 février 2009, réunissait les images commandées à la photographe par la presse anglo-américaine des années 60 (celles qui font l’objet du livre « Diane Arbus, photographe de presse »), dans leur format original. La présence des magazines originaux mettait l’accent sur les choix formels de mise en page, et replaçait les photographies dans le contexte social et politique de l’époque.

DVD

Fur : portrait imaginaire de Diane Arbus, réal. de Steven Shainberg, Éd. Metropolitan filmexport.
Steven Shainberg dresse ici un portrait imaginaire de Diane Arbus. Il ne faut donc pas s’attendre dans ce film à une description réaliste des épisodes d’une vie, mais comme dans son précédent long métrage, La Secrétaire, à une mise en œuvre, sur le mode du conte ou du rêve, de scènes fantasmées. Les deux films adoptent la même construction : une courte séquence inaugurale qui intrigue, suivie d’un flash-back par lequel s’installe la narration de l’histoire, vécue et transformée dans l’imaginaire par les personnages. Les deux films reposent aussi sur une trame semblable, consistant à suivre le cheminement intérieur de l’héroïne, son accomplissement et son épanouissement personnel au fil des relations de travail et de la vie amoureuse. Pour Fur, le réalisateur s’intéresse au passage de quelques semaines où Diane Arbus, lassée d’une vie conventionnelle d’épouse modèle et d’assistante professionnelle de son mari, se laisse attirer par l’inconnu. Elle surmonte sa peur de l’étranger et de l’étrange pour vivre une situation hors norme, conforme à ce qu’elle recherche dans son for intérieur. Le travail du réalisateur sur la musique, le son postsynchronisé, les ambiances, le cadrage des visages, rend parfaitement l’atmosphère onirique de l’univers mental des personnages. En outre, l’inscription des films dans une problématique fétichiste ou sadomasochiste, jamais graveleuse ni racoleuse, distillée sous forme d’indices multiples à découvrir, leur ajoute des notes divertissantes de jeu et d’humour.

 

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