A redécouvrir

Albert Marcoeur présente (1989)

- Modifié le 17/07/2017 par Département Musique

« Albert Marcœur est un musicien et chanteur français inclassable, né le 12 décembre 1947, à Dijon. »

C’est par cette définition imparable que commence l’article Wikipédia consacré à cet artiste aussi souterrain que persistant, auteur de 11 albums depuis 1974.

Marcoeur s’inscrit au cœur de cette « chanson expérimentale » apparue dans l’effervescence créatrice des années 1970.
Cette scène, documentée par l’ouvrage de Maxime Delcourt « Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire », (et abordée par un article du webzine l’Influx) s’est emparée des esthétiques musicales du free-jazz, du rock –notamment progressif, du folk et et des musiques du monde, pour refondre la chanson dans un creuset inédit, foutoir libertaire en absurdie, poétique et engagé.

A contrario de certains de ses cousins en chanson (du moins dans les années 1970) comme Brigitte Fontaine ou Jacques Higelin, Marcoeur n’a jamais connu les trompettes de la renommée. Fâché depuis longtemps avec l’industrie du disque, il autoproduit (et distribue) les albums qu’il ouvrage et cisèle depuis 40 ans.

Et puis, il faut avouer que rendre compte de la création de Marcoeur n’est pas chose aisée. Musique et textes sont l’objet d’un même soin minutieux.
Ses chansons se présentent souvent comme des saynètes ou des comptines pour adulte, où la forme couplet-refrain est accessoire. Marcoeur y fait preuve d’un sens de l’observation aiguisé, où l’absurde fait loi -et réciproquement-, entre métaphysique drôlatique des objets et vertiges existentiels, un nulle part où Boby Lapointe, Samuel Beckett et lui-même pourraient se rencontrer.

Côté musique, c’est le bric-à-brac virtuose d’une « prog-song » qui l’a souvent fait comparer à Franck Zappa ou Captain Beefheart, et suscité l’admiration de Robert Wyatt ou Jim O’Rourke. Marcoeur fait son de tout bois, accompagné de nombreux musiciens : vents, percussions, objets, sons d’ambiance, samples… accidentent ou savonnent le terrain miné des mots, et prennent parfois tout l’espace dans d’étonnants instrumentaux.

L’étonnant justement réside peut-être dans cet alliage de sophistication et de naïveté, de fraîcheur étrange, drôle et inquiétante, ce ton d’enfant qui se raconte une histoire, une fantaisie qui serait à la fois jubilatoire et instable, à cheval sur son orchestre subtil et déglingué.
(Où l’on ne peut s’empêcher de penser que ce petit malin de Katerine a voulu apprendre tout Marcoeur).

Oui, pas évident de raconter l’art de raconter du bonhomme. Aussi sautons sans vergogne sur ce coffret 2 CD paru en 1989, sobrement intitulé Albert Marcoeur présente (étiqueté tout simplement Electronic, Jazz-Rock, Avantgarde, Experimental sur Discogs) , et qui rassemble ses 4 premiers albums :

 

Albert Marcoeur s’est dernièrement associé avec le Quatuor Béla, ensemble formé à Lyon, pour sortir un tout nouvel enregistrement Si oui, oui, sinon, non. La musique s’y trouve plus soyeuse, et les textes alignent toujours de pertinentes dingueries.
Où l’on découvre les valises à roulettes dans toute leur abomination :

Où la BM de Lyon recèle le CD susmentionné Albert Marcoeur présente

Où l’on apprend qu’ Albert Marcoeur aime beaucoup Deerhoof mais n’a pas de téléphone portable

Où Marcoeur cache ses disques

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *