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Des hommes et des bêtes…en revues

- Modifié le 13/07/2016 par Amandine

La question de la place de l’animal dans notre société actuelle est vivace et très quotidiennement réinterrogée par nos rites, coutumes, fêtes tels que la Corrida ou les ferias mettant en lumière des bêtes pourchassées, blessées, tuées continuant ainsi à faire vivre les traditions. Ce traitement qui peut paraître inhumain aux yeux d’un grand nombre questionne par la même les droits des animaux et les limites que l’être humain peut invoquer pour s’octroyer l’autorisation de tuer un animal. Peut-on continuer à mettre à mort un être vivant arguant (de) sa position inférieure, la parole et l’intelligence nous plaçant en haut de l’échelle alimentaire ? Peut-on dans le même ordre d’idées élever et abattre des milliers de bêtes dans des conditions que l’être humain ne pourrait accepter pour lui-même ?

La galerie de l
La galerie de l'Evolution (Museum National d'Histoire Naturelle) cc Flickr

Les droits des animaux

Traces

Lucille Boisseau-Sowinski revient longuement sur cette ambivalence dans laquelle se trouve l’homme à l’occasion d’un article, Les limites à l’évolution de la considération juridique de l’animal : la difficile conciliation des intérêts de l’homme et de ceux des animaux, Lucille Boisseau-Sowinski, Tracés 2015/2, n° HS-15, pages 199-221 : Protéger l’animal en lui reconnaissant une place à part entière et en le traitant avec empathie et la consommation de masse nous conduisant à le sous-estimer, voire à l’annihiler. Les droits des animaux peuvent s’appliquer seulement et seulement si nous les reconnaissons comme des êtres moraux. Mais ces mêmes droits ont des limites puisque « toute exploitation de l’animal par l’homme  ne peut être raisonnablement abolie à court ou moyen terme » .
Il serait par conséquent essentiel de penser la protection animale en gardant cette assise.
Mais malgré des voix antagonistes et vindicatives, l’animal conserve aujourd’hui son statut de maillon alimentaire.

La production de masse au mépris de la condition animale

Dans le n°14/2004 de Ruralia , Jocelyne Porcher explique avec précision que, par facilité et dans une recherche toujours plus importante de productivité, l’animal est devenu bête et l’homme un simple producteur. Au fil des décennies, l’image de l’animal d’élevage en tant qu’individu trouvant sa place dans des sociétés animales et des sociétés humaines faisant lien, a dérivé vers celle d’une simple chose s’inscrivant dans une masse indifférenciée. Détruire le caractère vivant de l’animal permet à l’homme d’en faire une simple machine à exploiter, transformer, rentabiliser. C’est l’essence même de la zootechnie où la « potentialité affective » de l’animal est de trop.

Prémices d’une nouvelle idéologie

Esprit 2010_6

Pour autant, des chercheurs et/ou philosophes tels que Dominique Lestel insistent sur le fait qu’il faut remettre l’humain à sa place d’animal particulier en pensant la similarité de l’homme et de l’animal et en se détachant de l’histoire philosophique et intellectuelle qui distinguait l’espèce humaine supérieure des espèces inférieures. C’est tout un système de pensées à réécrire en s’appuyant sur des termes nouveaux tirés de l’éthologie et de la philosophie comparée qui démontrent que certaines caractéristiques que l’on pensait propres à l’homme se retrouvent sous des formes différentes chez d’autres espèces. L’homme devant l’animal : observer une autre intelligence,  Esprit, 2010/6, pages 116-132

Le lien affectif : de la vie à la mort

Ces fameux caractères propres à chaque espèce et plus spécifiquement aux animaux domestiqués nous poussent paradoxalement à partager nos existences allant parfois jusqu’à placer l’animal à égalité avec son maître ; on le nomme malgré tout maître gardant toujours à l’esprit le rapport dominant-dominé qui s’est très vite installé entre les espèces.

Cette relation forte, pleine de richesses, bouge les frontières de l’animalité. L’animal est un compagnon de tous les instants. Il soutient le handicap (chiens d’aveugle), il soigne (équithérapie), il soulage (soins de fin de vie).

Dominique Pralong, infirmière spécialisée en soins palliatifs apporte un éclairage sur cet élément non négligeable et bénéfique  que représente  l’animal de compagnie dans l’accompagnement de fin de vie. La relation homme-animal : un lien jusqu’au bout de la vie, Infokara, 2004/1, vol.19, pages 9-12.

INFOKARA

Ce lien affectif qui fait tant défaut dans la production de masse réapparaît dans la cohabitation quotidienne homme/animal au sein même de la maison qui s’inscrit comme un lieu de vie partagé. Lorsque la vieillesse puis la mort se font jour, l’animal reste présent, donnant à voir « un lien d’attachement inconditionnel et persistant qui répond à un besoin fondamental c’est-à-dire le besoin d’amour.  »

Ainsi,  l’animal et l’humain restent intrinsèquement liés de par une besoin vital de l’homme, celui de se nourrir . Mais cette relation est  aussi et surtout marquée par  la recherche d’un attachement prenant en compte l’animal non comme une « chose » dénuée d’émotions mais comme un être vivant que l’on se doit de respecter en le considérant comme notre égal.
Beaucoup de chemin reste à faire pour trouver ce juste équilibre mais, malgré tout, nombreux sont ceux qui souhaitent l’emprunter dans un souci très prégnant de dignité.

 

Cet article fait parti du dossier Des hommes et des bêtes.

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