Les animaux font leur cinéma

- Modifié le 04/07/2016 par Bibliothèque municipale de Lyon

Cinéma et animaux font depuis longtemps bon ménage. Films documentaires, fictions, la production de cinéma animalier est abondante et plaît à un très large public. Mais comment concevoir un film avec des acteurs principaux si particuliers ?

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Dès sa naissance, le cinéma rencontre la science, autant pour satisfaire les besoins des chercheurs que pour le plaisir du grand public, friand d’éruptions volcaniques ou d’explorations subaquatiques. Grâce aux performances techniques des caméras, le cinéma rend visible ce qui est lointain et difficilement accessible. Tourner avec des acteurs à écailles, à plumes et à sang froid n’est pas chose aisée. Pour les filmer, les réalisateurs, souvent biologistes de formation, rivalisent de patience et d’ingéniosité. D’Etienne Jules Marey à Claude Nuridsany et Marie Pérennou, les auteurs de Microcosmos, en passant évidemment par Jean Painlevé, le cinéma animalier est celui dont la production est la plus abondante. C’est aussi là que la demande demeure la plus forte.

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1-« Le cinéma ce n’est pas sérieux ! »

- Painlevé soixante ans de cinéma scientifique

2- Comment font-ils pour les filmer ?

- Petits arrangements avec les animaux …

- …ou comment créer l’illusion d’une nature sauvage

- Formation des réalisateurs animaliers

3- Influence de la télévision

4- Janvier 2010 : embarquement pour un voyage unique ?
)]

1-« Le cinéma ce n’est pas sérieux ! »

Science et images animées entretiennent des relations intimes. Leur aventure commence dès 1880, lorsque Etienne-Jules Marey enregistre au moyen d’un fusil photographique la marche d’une poule ou d’un cheval.
Images qu’il est possible de voir dans :
Incunables du cinéma scientifique.

En 1895, année de naissance du cinéma, Louis Lumière filme des poissons rouges. Au début du siècle, d’audacieux scientifiques emboitent le pas : Lucien Bull met au point la cinématographie à grande vitesse pour filmer le vol d’une mouche à mille cinq cent images par seconde.

[actu]Jean Painlevé, soixante ans de cinéma scientifique[actu]

Dans les années 20, c’est incontestablement Jean Painlevé (1902-1989) qui en France sort le cinéma scientifique des « cercles de la science » pour en faire un spectacle grand public.
Cinéaste passionné par la mer et les eaux, Jean Painlevé filme d’abord les mollusques et les crustacés.
Son premier film L’œuf d’épinoche : de la fécondation à l’éclosion (1925) est une communication à l’Académie des sciences… Un académicien se léve en déclarant : « Le cinéma ce n’est pas sérieux ! ».
Commence alors une carrière où Jean Painlevé dut faire face à la fois au monde scientifique et au milieu cinématographique. Mais à parcourir sa longue filmographie, qui prend parfois des allures de poèmes à la Prévert, on comprend que la partie a été gagnée. Jean Painlevé réalisera près de deux cent films.
Les différentes compilations de ses films sont empruntables dans de nombreuses bibliothèques.

A voir : Jean Painlevé au fil de ses films

A lire : Painlevé, le cinéma au cœur de la vie

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Presses universitaires de Rennes

Painlevé classe ses films en deux grandes catégories : les films de recherche et les films de vulgarisation. Les premiers sont très courts et sans commentaire. Les seconds connaissent une diffusion à l’extérieur du monde scientifique.
En 1934, il réalise L’hippocampe son plus grand succès public. Le stupéfiant poisson-cheval fut porté en broches, en boucles d’oreilles, brodé sur les pullovers, comme un signe de ralliement ou d’appartenance. Painlevé, s’attardant sur ce poisson mâle qui prend en charge les tout-jeunes dans sa poche ventrale, démontrait par là que le partage social du travail entre hommes et femmes n’a pas de fondements biologiques. Et l’on parlait dans le métro de ces bousculades dans la répartition des tâches.

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Odile Jacob

A lire le chapitre XVII « Regards sous-marins » de l’ouvrage La fabrique du regard
Curieusement, Painlevé, pourtant possesseur d’une caméra placée dans un caisson étanche, ne fait pas de cinéma sous-marin en scaphandre.

Il faut attendre que des aventuriers comme Jacques-Yves Cousteau s’y risquent. Grâce à la mise au point d’un matériel sophistiqué (projecteurs puissants, caméras adaptées au milieu) et à ses prouesses physiques, on doit en effet au commandant Cousteau, en 1953, le premier grand événement cinématographique dans ce domaine : Le monde du silence.
Sorti en salle en 1955, il reçoit de nombreux prix dont la Palme d’or du festival de Cannes en 1956 et un Oscar en 1957. Plusieurs scènes du film (dont une pêche à la dynamite et un massacre de requins à coups de hache) déconcertent le spectateur d’aujourd’hui qui connaît le commandant Cousteau comme une icône de la protection de l’environnement. C’est le premier long métrage sur la vie sous-marine en couleurs et il contribue à la popularité de Cousteau ainsi que des équipements de plongée qu’il a mis au point.

Depuis, les grandes expéditions scientifiques, notamment celles de l’Ifremer, rapportent des documentaires saisissants comme La face cachée de la Terre (1988). L’apport du cinéma sous-marin est conséquent. Il touche de nombreuses disciplines scientifiques : biologie, physiologie, géologie, éthologie.

Histoire de l’illustration naturaliste

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Delachaux et Niestlé

 

L’histoire des illustrations naturalistes permet de suivre l’évolution des mentalités et des connaissances sur la nature. L’ouvrage présente celles des premiers livres imprimés, l’origine des représentations du monde préhistorique comme des mondes sous-marins, la carrière des grands illustrateurs, les débuts de la photographie animalière et du film documentaire.

2- Comment font-ils pour les filmer ?

[actu]Petits arrangements avec les animaux …[actu]

Comment l’animal est-il filmé ? En plein air ou dans un lieu clos ? Dans son milieu naturel, en laboratoire ou dans un studio ? A quelle distance ? A quelle vitesse ?
Voilà quelques questions que doit se poser le spectateur averti comme le conseille cette fiche du Centre national de documentation pédagogique.

Dans le numéro 315 (mai 2007) du magazine Ca m’intéresse, un dossier intitulé « Mais comment font-ils pour les filmer ? » donne quelques exemples de techniques des opérateurs animaliers : affûts spectaculaires, caméras inédites, technologies pointues, machineries gigantesques, ruses biologiques ou système D.

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TFM distribution

En décembre 2007 sortait le dernier film de Laurent Charbonnier, Les animaux amoureux. Pour ce film il a fabriqué une caméra en bois destinée à être installée sur le site où il a repéré les sangliers. Petit à petit, ils se sont familiarisés avec l’objet, s’en sont approchés chaque jour davantage jusqu’à l’ignorer. Quelques semaines plus tard, il a placé une véritable caméra et les a filmés depuis un affût. Ainsi a-t-il pu obtenir des images très rapprochées des bêtes. « Je suis à l’écoute de la nature, explique-t-il. Il s’y passe toujours quelque chose. Je filme à son rythme, pas au mien, sans interférer. »

Utiliser une caméra déguisée est assez courant. Pour « Le lion, en direct de la savane » du réalisateur britannique John Downer (Le clan des lions), une caméra a été fabriquée spécialement. Planquée dans une fausse pierre montée sur des roues téléguidées, elle a permis d’approcher les lionceaux sans leur faire peur. Puis elle a été transformée en… bouse pour filmer les éléphants lors du tournage de « Dans l’intimité des éléphants ».

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Arte

Il est bien loin le temps des pionniers du documentaire animalier évoqué par Michel Viotte dans Caméras sauvages. Les réalisateurs attendaient alors patiemment pendant des heures dans la brousse africaine l’apparition des animaux.

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Bacfilms

Sur le tournage du Peuple migrateur, des étudiants et des vétérinaires ont vécu jour et nuit avec les oiseaux. Toujours vêtus de la même couleur pour être reconnus, et équipés de sifflets pour communiquer, ils les ont habitués au matériel cinématographique. Le caméraman ne suivait plus les oiseaux mais les oiseaux suivaient la caméra qu’ils ne lâchaient plus d’une aile car, habitués à l’homme dès leur sortie de l’œuf ils avaient fait un transfert de paternité. Arte a diffusé récemment une série de reportages à propos du tournage de ce film.

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On line USA

Certains vont encore plus loin, en faisant jouer des animaux dressés. Bart, dressé par Doug Seus, est l’un des ours les célèbres du cinéma. Il a joué trente-cinq films dont L’ours de Jean-Jacques Annaud.

[actu]…ou comment créer l’illusion d’une nature sauvage[actu]

En effet, le spectateur ne doit pas s’imaginer voir toujours des animaux filmés en pleine liberté.
Par exemple, dans La planète blanche, vous avez sans doute été ému par cette maman ourse faisant un gros câlin à son petit. Censée se passer dans leur caverne, cette scène a été tournée dans un zoo et n’a même pas été réalisée par l’équipe du film ! Il s’agit d’un stock shot, une séquence achetée ici à la chaîne de télévision britannique BBC, le premier producteur mondial de documentaires qui est doté d’une gigantesque banque d’images et de séquences. De nombreuses réalisations y ont souvent recours. Certains y voient un trucage.

 

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TFM distribution

Pour réussir à filmer l’intérieur d’une termitière assaillie par une armée de fourmis magnans, Philippe Calderon, le réalisateur de la Citadelle assiégée
a créé une réplique en studio : « Les techniciens ont fait construire des morceaux de termitière par les insectes eux-mêmes ! Le tout a été aspergé de phéromones. » Les termites se sont appropriés cette demeure. Le plateau ressemblait à un gigantesque laboratoire ! ». Le point fort de cette fiction animalière, conçue comme un véritable film d’aventure, est sans doute l’utilisation du boroscope, outil révolutionnaire dans l’image macro. Les animaux apparaissent énormes et donnent l’impression d’évoluer dans un grand canyon alors qu’ils courent dans une crevasse de quelques centimètres de large.

Pour Microcosmos, Claude Nuridsany et Marie Pérennou ont fait « jouer » les insectes dans un studio !

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Bac films


A l’abri du vent et des perturbations, coccinelles et autres scarabées ont ainsi pu évoluer librement. Pour limiter la présence humaine et offrir des plans spectaculaires, un robot unique au monde a été fabriqué. Equipé d’une caméra téléguidée montée sur rails, il a permis de réaliser d’inoubliables séquences comme la rencontre torride entre deux escargots. Les réalisateurs ont choisi les petites bêtes les plus extraverties. Un véritable casting !

[actu]Formations des réalisateurs animaliers[actu]

L’institut francophone de cinéma animalier de Ménigoute
propose trois formations depuis 2004. Trois diplômes sont délivrés : master 1 Techniques et méthodes de réalisation du film documentaire animalier, master 2 Réalisation de documentaire animalier, diplôme universitaire Photographie animalière et reportage nature.

Les formations mises en œuvre à l’IFFCAM s’inscrivent dans la filière documentaire de création proposée par l’Université de Poitiers UFR Sciences Humaines et Arts. Elles sont accessibles en formation initiale ou en formation continue.

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Centre Georges Pompidou

 

A voir ou à revoir :

3- Influence de la télévision

Les premières émissions sur la nature apparaissent dès le début de la télévision.
L’histoire des émissions sur la nature à la télévision française est marquée par deux programmes aux génériques célèbres : La vie des animaux produite par Frédéric Rossif et de 1952 à 1966, et Les animaux du monde que lance François de La Grange en 1969 et qui sera poursuivie après sa mort par sa femme Maryse de La Grange.
La grande-Bretagne possède la plus importante strucuture de production de documentaires au monde. Tout a commencé avec Desmond Hawkins (1908-1999) qui produit en 1946 pour la BBC le premier programme de radio consacré à l’histoire naturelle : The Naturalist (1946), bientôt suivi par Bird Song of the Month (1947), Out of the Doors (1948) et Birds in Britain (1951). C’est cette production radiophonique qui entraîne la création d’un service dédié : la BBC Natural History Unit produit chaque année une centaine d’heures de programmes pour la télévision et une cinquantaine pour la radio.

Ce genre est-il en voie de disparition en France ? Le collectif RENARD – Réalisateurs animaliers refusant de disparaître- donne l‘alarme : « Toutes les grandes chaînes hertziennes ont supprimé leurs budgets de production de documentaires animaliers. Les productions hexagonales sont réduites à la portion congrue, évincées par les achats à l’étranger, principalement à la BBC et à National Geographic. Ces documentaires, livrés clefs en main, présentent le principal avantage d’être beaucoup moins onéreux que les productions françaises. »

 

4- Janvier 2010 : embarquement pour un voyage unique ?

Les succès planétaires de « La marche de l’empereur » (récompensé par l’Oscar du meilleur documentaire en 2006), « Le peuple migrateur » et « Microcosmos » ont permis au documentaire animalier de franchir les portes des cinémas alors qu’il s’imposait déjà sur les chaînes de télévision du monde entier et que le public est plus que jamais
en demande.
Il faut souligner que les documentaires visant un vaste public ne sont pas toujours très ambitieux en ce qui concerne la dimension scientifique de leur écriture ou de leur commentaire. Les films des studios Disney ou Le Peuple migrateur sont bâtis sur un dispositif similaire : offrir les images les plus spectaculaires possible et les accompagner d’une musique élaborée. En définitive, il s’agit d’abord de divertir et non d’instruire.

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Seuil

Océans, le film qui sortira le 27 janvier en salles est annoncé comme une invitation au rêve, une promesse d’aventure. Après avoir survolé à tire-d’aile le monde, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud plongent au coeur des océans, filent avec les dauphins, fusent avec les thons, dansent avec les baleines, jouent avec les otaries. Les réalisateurs et leur équipe ont parcouru les océans du monde entier, d’un pôle à l’autre, explorant l’immensité d’une goutte d’eau ou côtoyant la géante baleine bleue, pour mieux témoigner de la diversité et de la beauté de la vie marine, mais aussi de sa fragilité. Embarquement pour un voyage unique ? Voilà en tout cas ce que nous promettent la bande-annonce et le site.

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